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Essai visuel
Publié le 26 août 2026 · Mis à jour le 19 septembre 2026 à 13h40
On croyait qu’il faudrait un télescope spatial de plus pour photographier une autre Terre, sauf qu’une équipe du Goddard Space Flight Center de la NASA propose l’inverse.
Dans une Perspective publiée le 27 février 2026 dans Nature Astronomy, elle décrit un occulteur de 99 mètres de diamètre posté sur une orbite terrestre elliptique à quelque 175 000 kilomètres, dont l’ombre servirait aux très grands télescopes en construction au sol. Le rapport à vaincre tient en un chiffre : en lumière visible, une planète comme la Terre est environ un milliard de fois moins lumineuse que son étoile.
D’où l’occulteur : il faut éteindre l’étoile avant que sa lumière n’entre dans l’instrument, faute de quoi son éblouissement noie le point de la planète bien avant qu’un traitement d’image puisse le récupérer. On accepte donc d’envoyer une pièce de métal à mi-chemin de la Lune pour produire une zone d’ombre de quelques dizaines de mètres.
Ce qui est en chantier, ce qui n’est que sur le papier
Le miroir de 39 mètres de l’ELT est en chantier au Chili pour une première lumière scientifique annoncée fin 2030, quand l’occulteur de 99 mètres censé lui faire de l’ombre en est resté à une étude de phase I sélectionnée par la NASA en 2022.
Le chantier, lui, existe

Les deux objets ne sont pas au même stade, et la nuance porte tout le sujet. La fiche technique du télescope décrit un miroir primaire de 39 mètres formé de 798 segments, sur le Cerro Armazones, à 3 046 mètres d’altitude dans le désert d’Atacama. L’ESO qui le construit est une organisation intergouvernementale fondée en 1962 et soutenue par seize États membres, dont la France.
Le concept, lui, n’a jamais volé
L’occulteur n’existe nulle part. La fiche du concept, baptisé HOEE et porté par John Mather au Goddard, le range en phase I du programme NIAC, millésime 2022, c’est-à-dire au stade de l’étude conceptuelle. Mather y écrit que « this starshade is not constructible with today’s designs », et fixe pour objectif de diviser sa masse par plus de dix.
Pourquoi 48 pétales plutôt qu’un disque
Un disque plein ne produirait pas une ombre assez noire. La NASA explique que les pétales aux bords effilés « redirect the effects of diffraction » : la lumière de l’étoile se courbe autour du bord de l’écran et vient reformer un halo parasite au centre. La découpe en fleur écarte ce halo de la zone où le télescope regarde.
Les cotes du concept sont détaillées dans une présentation parue le 24 août 2026 : 48 pétales de 24,5 mètres chacun, autour d’un disque central de 50 mètres. Bord à bord, cela fait bien les 99 mètres que donne le résumé du papier.
99 mètres d’écran pour 39 mètres de miroir

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Cette largeur n’a rien d’arbitraire, elle se lit par rapport au miroir qu’elle protège. Selon nos calculs, l’ombrelle serait 2,5 fois plus large que le primaire de l’ELT. Et cette géométrie doit tenir à distance : l’écran ne vole pas à côté du télescope, il vole à 175 000 kilomètres de lui.
Le reste des dimensions tient dans un tableau, avec le statut de chaque chiffre.
| Élément | Valeur annoncée | Source |
|---|---|---|
| Diamètre total de l’occulteur | 99 m | Nature Astronomy, 27/02/2026 |
| Disque central | 50 m | Présentation du 24/08/2026 |
| Pétales | 48, de 24,5 m chacun | Présentation du 24/08/2026 |
| Distance de vol | environ 175 000 km, orbite terrestre elliptique | Présentation du 24/08/2026 |
| Précision de repositionnement | 6 m | Présentation du 24/08/2026 |
| Masse au lancement visée | moins de 1 500 kg | Présentation du 24/08/2026 |
| Coût évoqué | de l’ordre du milliard de dollars | Présentation du 24/08/2026 |
| Miroir primaire de l’ELT | 39 m, 798 segments, à 3 046 m d’altitude | ESO, fiche technique de l’ELT |
| Statut du financement de l’occulteur | étude NIAC de phase I (2022) ; demande de phase B déposée, espérée en 2027 | NASA et présentation du 24/08/2026 |
Recaler l’ombre à 6 mètres près

Deux lignes du tableau méritent qu’on s’y arrête. La première est la précision de repositionnement : 6 mètres, obtenus par des microtuyères que la présentation décrit alimentées à l’hydrogène chaud, avec une propulsion chimique pour le maintien à poste et une propulsion électrique solaire pour changer de cible.
La seconde est la distance de vol. Environ 175 000 kilomètres, soit moins de la moitié du trajet Terre-Lune : l’ombre doit se former au-dessus de l’atmosphère, là où rien ne la brouille encore.
L’atmosphère reste dans le chemin
Placer l’ombre en amont de l’air ne suffit pas. Le résumé du papier le dit sans détour : « The starshade forms a deep shadow above Earth’s atmosphere », mais la turbulence atmosphérique impose ensuite une compensation par optique adaptative pour ramener les images à la limite de diffraction du télescope.
C’est la raison pour laquelle le concept vise des instruments au sol déjà équipés pour cela. Les auteurs modélisent les performances de l’ELT, du Thirty Meter Telescope et du Giant Magellan Telescope autour d’un même occulteur partagé, sur la bande 300 à 1 000 nanomètres.
Ce qu’on irait y chercher
L’objectif annoncé n’est pas de compter des planètes mais d’en lire la lumière. L’analyse détaillée porte sur la mesure des spectres en lumière réfléchie d’un analogue du Système solaire, de Vénus à Saturne, autour d’une étoile de type solaire, avec les signatures moléculaires de l’oxygène et de l’eau.
Les systèmes visés se situent à moins d’une vingtaine d’années-lumière. Là où le télescope Roman ratisse en masse, l’imagerie directe travaille sur quelques cibles proches et en tire un spectre. C’est dans cette lumière réfléchie que se lisent les signatures de l’oxygène et de l’eau.
Série AAP
Nous suivions déjà ce compte : le 24 juillet 2026, une centaine de planètes photographiées sur plus de 6 400 confirmées. L’occulteur vise exactement celles qu’aucune de ces images n’atteint : des planètes de la taille de la Terre, autour d’étoiles comparables au Soleil.
Ce qui décidera de la suite
Rien n’est décidé et rien n’est financé au-delà de l’étude. L’équipe a déposé une demande de financement NIAC de phase B qu’elle espère obtenir d’ici 2027, pour un objet dont le coût est évoqué de l’ordre du milliard de dollars et la masse au lancement visée sous les 1 500 kilogrammes.
Le calendrier de l’occulteur est en outre suspendu à celui du sol : sans première lumière scientifique de l’ELT fin 2030, une ombre parfaitement taillée n’a rien à éclairer. C’est la faiblesse assumée d’un concept hybride, et aussi son économie : il se greffe sur des miroirs que quelqu’un d’autre paye déjà.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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