Manuscrit médiéval ouvert sur une table de conservation, pages de parchemin jauni et lettrines dorées, mains gantées en bord de cadre.

Un virus du mouton a laissé son ADN dans les pages d’un évangéliaire millénaire

L’ADN du virus de la clavelée a été retrouvé dans du parchemin médiéval, dont trois folios des évangiles de York. Sur dix-sept parchemins positifs dont l’espèce est identifiée, trois seulement sont en peau de mouton.

Vous feuilletez un évangéliaire vieux de mille ans et vous tenez sans le savoir l’archive d’une épidémie animale. Une équipe menée par l’University College Dublin a retrouvé l’ADN du virus de la clavelée, la variole du mouton, dans les pages des évangiles de York copiés à Canterbury autour de l’an 1000, et publie sa reconstitution le 2 septembre 2026 dans Science Advances.

Le principe change de matériau. L’ADN ancien des maladies se cherchait dans les os et les dents ; il se lit désormais sur la peau devenue support. « La récupération d’ADN ancien de pathogènes a complètement changé notre compréhension des maladies infectieuses du passé, et nous montrons ici que le parchemin aussi peut conserver l’ADN d’un pathogène animal », résume Louis L’Hôte, doctorant à l’UCD, cité par Archaeology Magazine.

Trois folios positifs dans les évangiles de York

Trois folios des évangiles de York portent la signature génétique du virus. Le Corpus Glossary de Corpus Christi College, à Cambridge, un ancien dictionnaire anglais, l’a livrée aussi, comme des épîtres de saint Paul copiées vers 700 et quatre folios d’un Speculum historiale associé à la controversée carte du Vinland, folio par folio. Les échantillons viennent de Grande-Bretagne, de France, d’Autriche et de la région du Rhin supérieur, et courent du début du VIIIe siècle au XIVe.

Les manuscrits où l’ADN du virus de la clavelée a été détecté. Source : étude University College Dublin, Science Advances, 2 septembre 2026.
ManuscritÉpoqueCe que l’ADN a livré
Épîtres de saint Paulvers 700positif
Corpus Glossary (Corpus Christi College, Cambridge)vers 800positif
Évangiles de YorkCanterbury, vers 990-10203 folios positifs
Speculum historiale (lié à la carte du Vinland)manuscrit médiéval4 folios positifs

Pour remonter plus haut que les bibliothèques, l’équipe a ajouté des dents de moutons de l’âge du bronze, exhumées à Myrzhik au Kazakhstan (1875-1645 av. J.-C.) et à Rublevo-VI en Russie (1336-1130 av. J.-C.). L’article reconstitue 3 500 ans d’évolution du virus ; la menace sur les troupeaux, elle, se lit sur plus de 3 700 ans.

Fragment de parchemin pâle posé dans une coupelle de laboratoire à côté d'un scalpel, appareils de séquençage flous à l'arrière-plan.
Des dents de moutons de l’âge du bronze ont permis de remonter au-delà des bibliothèques, jusqu’à plus de 3 700 ans.

Le virus du mouton se lit surtout sur des peaux de veau

Le support lui-même réserve la surprise. Sur les dix-sept parchemins positifs au virus de la clavelée dont l’espèce a été identifiée, trois seulement sont en peau de mouton, selon l’étude publiée le 2 septembre 2026 dans Science Advances ; la France, elle, reste indemne de cette maladie. Les quatorze autres, soit 82 %, sont en peau de veau ou de chèvre.

Deux explications tiennent la route selon les auteurs. Des infections inter-espèces, rares, ont pu se produire ; la contamination a aussi pu se faire à l’atelier, les peaux trempant ensemble dans des bains d’eau et de chaux, alors que le virus survit longtemps hors de l’animal, notamment dans les croûtes qui tombent. Autre écart avec la variole humaine : « contrairement au virus de la variole, le génome de la clavelée est resté très stable ces derniers millénaires », note Louis L’Hôte.

Ce que les rayonnages français gardent peut-être

La conséquence dépasse le manuscrit. « Il est possible que des archives et des bibliothèques du monde entier contiennent aussi les traces génétiques d’épidémies animales du passé », avance Louis L’Hôte. L’échantillon de l’étude contient déjà des parchemins venus de France ; ce que gardent les fonds médiévaux de la Bibliothèque nationale de France ou des Archives nationales reste à lire.

L’enjeu n’est pas que d’histoire. La clavelée est une maladie strictement animale, non transmissible à l’homme, que le ministère de l’Agriculture classe en catégorie A du droit européen, celle des maladies normalement absentes de l’Union et à éradiquer immédiatement. « La France est à ce jour indemne de cette maladie », indique sa foire aux questions mise à jour le 27 mai 2026, quand l’Espagne a connu des cas en 2022 et 2023 et que la Grèce en déclare encore. « Il y a actuellement un foyer de clavelée en Grèce, qui cause beaucoup de dégâts économiques », rappelle Louis L’Hôte.

AAP racontait le 2 août 2026 comment des momies chiliennes rouvraient le débat sur l’arrivée de la variole humaine en Amérique, et comment le même ADN ancien avait révélé deux ancêtres sans os dans notre génome. La clavelée y ajoute un support que personne n’interrogeait : la page.

« La fabrication du parchemin a longtemps passé pour un artisanat en voie de disparition, mais nous commençons à comprendre tout ce qu’elle a retenu du passé », conclut Kevin G. Daly, de l’école d’agriculture et de sciences de l’alimentation de l’UCD, dans un communiqué relayé par Phys.org.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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