
Sommaire
- En bref
- 222, 108,7 et 77,5 : trois comptes, trois questions
- 95 milliards de valeur ajoutée, dont 42 pour l'hébergement
- 1,5 million de salariés : l'autre unité de compte
- 760 euros par visiteur : le calcul que personne ne pose
- 20,1 milliards : ce qui reste vraiment dans la caisse
- Ce que ces comptes ne disent pas
- Questions courantes
Panorama
En bref
- 108,7 milliards d’euros : c’est le produit intérieur brut direct du tourisme français, soit 3,8 % du PIB. Millésime des données : 2023. Date de publication par l’Insee : 3 décembre 2025.
- Trois montants circulent sous le même mot « tourisme » et ne mesurent pas la même chose : 222 milliards de consommation touristique intérieure (2025), 108,7 milliards de PIB direct (2023), 77,5 milliards de recettes internationales (2025).
- 1,5 million d’emplois salariés dépendent du tourisme, soit 7,4 % de l’emploi salarié total, plus 276 000 non-salariés (données 2022).
- Selon nos calculs, un touriste international laisse 760 euros en France contre 1 392 euros en Espagne : l’écart pèse 64,4 milliards d’euros par an.
- Les Français financent le gros du système : 77,5 milliards sur 222, soit 35 % de la consommation touristique seulement, viennent de l’étranger (nos calculs).
108,7 milliards d’euros. On brandit ce chiffre chaque été comme une médaille, et presque personne ne dit ce qu’il compte. Ni de quand il date. L’Insee l’a publié le 3 décembre 2025, dans Insee Focus 369, et il porte sur l’année 2023. Deux ans d’écart : ce n’est pas ce que le tourisme rapporte aujourd’hui à la France, c’est ce qu’il lui rapportait avant-hier. La nuance a l’air pointilleuse. Elle change pourtant toutes les phrases que l’on construit avec.
Car dans le même paragraphe de journal, on lit souvent 222 milliards, 108,7 milliards et 77,5 milliards. Trois nombres, un seul mot. Ils viennent de trois comptabilités différentes, tenues par trois institutions différentes, et ils répondent à trois questions différentes. Remettre chacun à sa place, c’est l’objet de ce panorama. Sur la régulation des flux, les quotas et les taxes de séjour, nous avons publié à part.
222, 108,7 et 77,5 : trois comptes, trois questions
Le premier, la consommation touristique intérieure, additionne tout ce que les visiteurs dépensent sur le territoire : nuitées, restaurants, carburant, péages, souvenirs, forfaits de ski. La Direction générale des entreprises l’estime à 222 milliards d’euros pour 2025 dans son bilan touristique 2025, publié le 19 février 2026. Attention au réflexe : une dépense n’est pas une richesse produite. Dans ces 222 milliards, il y a de la TVA, des marchandises importées, du carburant raffiné ailleurs.
Le deuxième, le PIB direct du tourisme, retranche justement tout cela. C’est le travail du compte satellite du tourisme, tenu par l’Insee : 108,7 milliards d’euros en 2023, dont 95 milliards de valeur ajoutée directe. Le troisième, les recettes internationales, ne retient qu’une chose : ce que des non-résidents ont payé en France. C’est une ligne d’exportation de la balance des paiements, tenue par la Banque de France, reprise par la DGE : 77,5 milliards d’euros en 2025, en hausse de 9 %.
Mis côte à côte, avec leur millésime et leur producteur, ces trois comptes cessent d’être interchangeables.
| Agrégat | Montant | Année des données | Producteur | Ce qu’il mesure |
|---|---|---|---|---|
| Consommation touristique intérieure | 222 Md€ | 2025 | DGE | Toutes les dépenses des visiteurs, français et étrangers, sur le territoire |
| PIB direct du tourisme | 108,7 Md€ | 2023 | Insee, compte satellite | La richesse effectivement produite, soit 3,8 % du PIB national |
| Valeur ajoutée directe | 95,0 Md€ | 2023 | Insee | 3,7 % de la valeur ajoutée de l’économie, dont 42,1 Md€ d’hébergement |
| Recettes internationales « voyages » | 77,5 Md€ | 2025 | Banque de France, via la DGE | La seule part payée par des visiteurs non résidents |
| Dépenses des Français à l’étranger | 57,4 Md€ | 2025 | Banque de France, via la DGE | Le débit de la même ligne, à retrancher des recettes |
95 milliards de valeur ajoutée, dont 42 pour l’hébergement
Descendons d’un cran. La valeur ajoutée directe du tourisme, celle qui rémunère des salaires et des marges, atteint 95 milliards d’euros en 2023, soit 3,7 % de la valeur ajoutée de toute l’économie française. Elle a progressé de 7,6 % entre 2022 et 2023. Et elle est très concentrée : l’hébergement à lui seul pèse 42,1 milliards, c’est-à-dire 44,3 % du total. Autrement dit, quand on parle d’économie du tourisme en France, on parle d’abord de lits.
Le rattrapage post-Covid est presque achevé, sans être tout à fait bouclé. La part du tourisme dans le PIB était de 3,9 % en 2019, elle est tombée à 3,0 % en 2021, elle est remontée à 3,8 % en 2023. Un dixième de point manque encore. Rapporté au PIB français, ce dixième ne relève pas du détail comptable, mais il ne fait pas non plus une crise.

1,5 million de salariés : l’autre unité de compte
Les milliards ne se voient pas. Les emplois, si. Dans sa synthèse sur le tourisme, l’Insee comptait en 2022 quelque 1,5 million d’emplois salariés liés au tourisme, soit 7,4 % de l’emploi salarié total, auxquels s’ajoutent 276 000 emplois non salariés, 6,9 % de l’emploi marchand non salarié. Un salarié sur treize, donc, travaille pour des visiteurs. C’est plus que ce que pèse le tourisme dans le PIB, et ce décalage dit quelque chose : le secteur emploie beaucoup pour la richesse qu’il produit.
Cette main-d’œuvre est aussi la plus exposée aux à-coups de la saison. Une fermeture de plage, un incendie, un col fermé, et ce sont des contrats qui sautent. C’est exactement ce que raconte le cas d’Étretat, où 1 400 habitants encaissent 1,2 million de visiteurs.
760 euros par visiteur : le calcul que personne ne pose
Voici le point où le récit national se fissure. Le communiqué du ministère de l’Économie du 19 février 2026 présente la France comme « le pays le plus visité du monde », avec 102 millions de touristes internationaux en 2025. Le classement porte sur des têtes, pas sur des euros, et nous avions déjà détaillé le classement des arrivées. Reste à faire la division que les communiqués ne font pas d’un pays à l’autre.
Combien un touriste international laisse-t-il en moyenne en France, sur l’ensemble de son séjour ?
760 € en 2025, soit près de deux fois moins qu’en Espagne.
Le calcul tient en une ligne, et le voici en entier. France : 77,5 milliards d’euros de recettes divisés par 102 millions de touristes internationaux, soit 760 euros par visiteur. Espagne : 134,712 milliards d’euros de dépenses des touristes étrangers, chiffre publié le 3 février 2026 par le ministère espagnol, divisés par 96,8 millions de touristes, soit 1 392 euros par visiteur. L’écart atteint 632 euros par tête. Multiplié par les 102 millions de visiteurs reçus par la France, il représente 64,4 milliards d’euros de recettes annuelles, selon nos calculs. Pour prendre la mesure de ce trou : il vaut 59 % du PIB direct du tourisme français.
Le graphique ci-dessous met les deux moyennes face à face.

Reprendre ce graphique
Réutilisez ce graphique librement sur votre site, en citant Actu Alt Plus. Copiez le code ci-dessous :
Un troisième point de repère, à manier avec des gants. En 2024, dernière année complète publiée par l’administration américaine du commerce, les visiteurs internationaux ont dépensé 253,9 milliards de dollars aux États-Unis pour 72 390 321 arrivées, soit 3 507 dollars par visiteur selon nos calculs. Le rapport est de un à quatre avec la France, mais le périmètre américain est plus large : il inclut les billets des compagnies américaines, les séjours d’études et les soins médicaux. On ne compare donc pas deux thermomètres identiques.
| Pays | Recettes internationales | Visiteurs internationaux | Par visiteur (nos calculs) | Année |
|---|---|---|---|---|
| France | 77,5 Md€ | 102 millions | 760 € | 2025 |
| Espagne | 134,7 Md€ | 96,8 millions | 1 392 € | 2025 |
| États-Unis | 253,9 Md$ (périmètre élargi) | 72,4 millions | 3 507 $ | 2024 |
La raison de l’écart franco-espagnol n’est pas un mystère : la France est un pays de passage autant qu’un pays de séjour. Beaucoup de visiteurs la traversent pour aller ailleurs, et les séjours y sont plus courts que sur les côtes espagnoles. Recevoir plus de monde et encaisser moins par tête n’est pas une contradiction, c’est une géographie.

20,1 milliards : ce qui reste vraiment dans la caisse
Encore faut-il retrancher ce que nous dépensons de notre côté. Les Français ont laissé 57,4 milliards d’euros à l’étranger en 2025, en hausse de 4 %. Le solde net de la ligne « voyages » de la balance des paiements s’établit donc à 20,1 milliards d’euros. C’est un excédent réel, précieux pour le commerce extérieur français, et c’est aussi trois fois et demie moins que le montant brut que l’on cite d’ordinaire.
Dernier repère, celui qui remet tout le monde à sa place : sur les 222 milliards d’euros dépensés en France par les visiteurs en 2025, 77,5 milliards viennent de l’étranger. Soit 35 %, selon nos calculs. Les deux tiers restants sont l’affaire des Français en vacances en France. Le tourisme français est d’abord un marché intérieur, et les 743 millions de nuitées enregistrées en 2025 sont massivement les nôtres.
Ce que ces comptes ne disent pas
Trois limites méritent d’être posées noir sur blanc. D’abord le décalage temporel : le compte satellite de l’Insee publie 2023 en décembre 2025, quand la balance des paiements livre 2025 en février 2026. Comparer les deux dans la même phrase, c’est mélanger deux photos prises à deux ans d’intervalle. Ensuite le périmètre : le PIB direct du tourisme ne compte que les activités au contact du visiteur, il ignore les fournisseurs en amont. Enfin la moyenne : 760 euros par visiteur écrase un touriste japonais de dix nuits et un automobiliste belge qui s’arrête déjeuner.
Reste l’essentiel, et il est solide. Le tourisme produit 3,8 % de la richesse française et occupe 7,4 % des salariés. C’est beaucoup, ce n’est pas une rente, et cela ne suffit pas à faire de la France la championne du monde des recettes touristiques. Elle est championne des entrées.
Questions courantes
Le tourisme rapporte-t-il vraiment 108,7 milliards d’euros à la France ?
C’est le produit intérieur brut direct du tourisme mesuré par l’Insee pour l’année 2023 et publié le 3 décembre 2025. Il ne doit pas être confondu avec les 222 milliards de consommation touristique intérieure, qui additionnent des dépenses et non de la richesse produite.
Les touristes étrangers font-ils vivre le tourisme français ?
Pas majoritairement. Sur 222 milliards d’euros dépensés en France en 2025, 77,5 milliards proviennent de visiteurs non résidents, soit environ 35 % selon nos calculs. Les deux tiers restants sont dépensés par des Français en vacances en France.
Pourquoi la France encaisse-t-elle moins que l’Espagne alors qu’elle reçoit plus de monde ?
Parce que les séjours y sont plus courts et qu’une partie des visiteurs ne fait que traverser le pays. En 2025, la France a compté 102 millions de touristes internationaux pour 77,5 milliards d’euros de recettes, l’Espagne 96,8 millions pour 134,7 milliards.
Combien d’emplois dépendent du tourisme en France ?
En 2022, dernière année publiée par l’Insee, 1,5 million d’emplois salariés relevaient du tourisme, soit 7,4 % de l’emploi salarié total, auxquels s’ajoutent 276 000 emplois non salariés.
Que reste-t-il une fois déduites les vacances des Français à l’étranger ?
Les 77,5 milliards d’euros encaissés en 2025 sont amputés des 57,4 milliards dépensés par les Français hors de France. Le solde net de la ligne voyages s’établit à 20,1 milliards d’euros.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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