Vue d'artiste de la surface d'une super-Terre : une mer sombre, une cote rocheuse et une naine rouge basse sur l'horizon

Une super-Terre habitable à 25 années-lumière : la vraie nouvelle, c’est ces 90 % d’ensoleillement

On vous annonce une planète « habitable » presque tous les mois. Celle-ci, Gliese 3378b, mérite qu'on s'arrête : elle reçoit 90 % de l'énergie que la Terre reçoit du Soleil, et elle est posée pile sur une frontière qui décide de tout.

Sommaire
  1. En bref
  2. Ce que « 90 % d'ensoleillement » veut dire
  3. La révision qui a tout changé
  4. La nuance que tout le monde saute : la « cosmic shoreline »
  5. Habitable n'est pas habitée
  6. Questions courantes

Décryptage

Publié le 5 juillet 2026 · Mis à jour le 6 juillet 2026 à 16h02

Le chiffre qui devrait retenir votre attention n’est pas la distance, mais un pourcentage : 90 %. C’est la part du rayonnement que Gliese 3378b reçoit de son étoile, comparée à ce que la Terre reçoit du Soleil. Presque le même ensoleillement, donc, pour une planète rocheuse d’à peine deux fois et demie la masse de la Terre, nichée à 25 années-lumière dans la constellation de la Girafe. Nous entendons parler de mondes « habitables » à un rythme qui finit par tout aplatir. Celui-ci intrigue vraiment les astronomes, et pour une raison que la plupart des titres sautent : cette planète est posée exactement sur une frontière invisible qui décide si une atmosphère survit ou s’évapore.

En bref

  • Gliese 3378b reçoit 90 % du rayonnement que la Terre reçoit du Soleil : c’est ce chiffre, pas la distance, qui la place dans la zone habitable de son étoile.
  • Une révision de masse a tout changé : mesurée à 5,26 masses terrestres en 2024, elle est en réalité de 2,3 masses terrestres, ce qui la fait passer de mini-Neptune gazeuse à super-Terre rocheuse.
  • Elle se trouve pile sur la « cosmic shoreline », la frontière au-delà de laquelle le rayonnement de l’étoile arrache l’atmosphère. Habitable ne veut pas dire habitée.
  • À 25 années-lumière, c’est l’une de nos plus proches voisines : la Voie lactée fait 100 000 années-lumière de diamètre.

Ce que « 90 % d’ensoleillement » veut dire

Une planète est dite dans la « zone habitable » quand elle reçoit juste ce qu’il faut d’énergie de son étoile pour que de l’eau puisse rester liquide à sa surface. Trop près, elle bout ; trop loin, elle gèle. Gliese 3378b tombe presque au centre de cette bande tempérée : elle capte 90 % de l’énergie que nous recevons du Soleil. « Cette super-Terre reçoit environ 90 % du rayonnement de son étoile, comme la Terre en reçoit du Soleil, elle est donc en plein dans le point idéal », résume Paul Robertson, astronome à l’université de Californie à Irvine, dans le compte rendu de space.com. Voilà le vrai chiffre-clé, celui qui rend cette annonce différente des autres. Pas la proximité, qui frappe l’imagination mais ne dit rien de l’habitabilité : c’est cet équilibre énergétique presque terrestre qui compte.

La révision qui a tout changé

L’histoire de cette planète tient à un retournement discret. Repérée dès 2024 par des astronomes français avec le télescope Canada-France-Hawaï, à Mauna Kea, elle avait alors une masse estimée à 5,26 fois celle de la Terre. À ce poids, elle basculait dans la catégorie des mini-Neptune : un monde surtout gazeux, peu propice à la vie de surface. Une équipe américaine a repris l’objet avec deux instruments dédiés, le Habitable-zone Planet Finder au Texas et le spectromètre NEID en Arizona, et corrigé le tir. Vraie masse : 2,3 fois celle de la Terre. Et la période orbitale, mesurée à 25 jours, s’est révélée être de 21,45 jours, plaçant la planète plus près de son étoile qu’on ne le croyait, cette fois confortablement dans la zone habitable. Une super-Terre rocheuse, donc, là où l’on voyait une boule de gaz. C’est cette relecture, publiée dans une revue à comité de lecture, qui a fait basculer Gliese 3378b du statut de curiosité à celui de candidate sérieuse.

Une coupole d'observatoire ouverte la nuit, telescope pointe vers un ciel etoile
Deux instruments dédiés ont revu la masse de la planète : de mini-Neptune à super-Terre rocheuse.

Reste une précision qui compte pour nos repères. L’étoile hôte, Gliese 3378, est une naine rouge, une petite étoile froide et peu lumineuse. Or ces astres ne sont pas des cas isolés : « Environ 70 % des étoiles de notre galaxie sont des naines rouges, elles représentent le standard », rappelle Michael Endl, astronome à l’université du Texas à Austin. Comprendre les planètes autour de ces étoiles-là, c’est comprendre le type de monde le plus courant qui soit.

La nuance que tout le monde saute : la « cosmic shoreline »

Voici le cœur de l’affaire, et la raison pour laquelle il faut lire « habitable » avec prudence. Gliese 3378b est posée exactement sur ce que les chercheurs appellent la cosmic shoreline, littéralement le « rivage cosmique ». C’est une frontière : à l’intérieur, une planète a des chances de garder son enveloppe d’air ; au-delà, le rayonnement de l’étoile finit par arracher l’atmosphère et la disperser dans l’espace. Les naines rouges compliquent la donne, car elles crachent des bouffées de vent stellaire particulièrement agressives. La grande inconnue devient alors limpide : Gliese 3378b a-t-elle seulement une atmosphère ? Personne ne le sait encore.

Pour saisir l’enjeu, Paul Robertson propose une image que nous trouvons parlante. « Si vous réduisez la Terre à la taille d’une pomme, son atmosphère serait à peu près aussi épaisse que la peau de la pomme », explique-t-il. Cette fine pellicule suffit pourtant à maintenir la pression de surface nécessaire à l’eau liquide, à offrir un air respirable et un peu de protection contre les radiations. C’est tout ce qui sépare un monde vivable d’un caillou nu. Le précédent, nous l’avons dans notre propre système : Mars, qui a sans doute possédé une atmosphère comparable à celle de la Terre avant que le rayonnement solaire ne la détruise.

Distances des exoplanetes potentiellement habitables proches : Proxima b 4,2 annees-lumiere, Gliese 3378b 25, TRAPPIST-1 environ 40
Graphique Actu Alt Plus. Sources : sci.news et space.com, découverte de Gliese 3378b.
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Ce tableau des distances éclaire pourquoi cette découverte compte. À 25 années-lumière, Gliese 3378b se glisse entre Proxima b, notre plus proche voisine à 4,2 années-lumière, et le célèbre système TRAPPIST-1, distant d’une quarantaine d’années-lumière. Chaque monde tempéré plus proche est un candidat plus facile à ausculter le jour où nous aurons les instruments pour tester son air.

Habitable n’est pas habitée

C’est la distinction que ce genre d’annonce dilue trop souvent. « Habitable » décrit une position et une température compatibles avec l’eau liquide, à condition qu’une atmosphère soit là. « Habitée » supposerait des traces de vie, et nous en sommes très loin. Le problème pratique est têtu : Gliese 3378b ne transite pas, elle ne passe pas devant son étoile de notre point de vue. Or c’est justement en filtrant la lumière d’une étoile à travers l’atmosphère d’une planète qui passe devant que le télescope spatial James Webb parvient à sonder l’air d’autres mondes, comme ceux de TRAPPIST-1. Sans transit, cette méthode est inopérante ici.

Il faudra donc patienter. Selon space.com, le test de l’atmosphère de Gliese 3378b attend l’Habitable Worlds Observatory, un télescope que la NASA espère lancer dans les années 2040. D’ici là, la planète reste une promesse suspendue, ni confirmée ni écartée. « Le but ultime, ce sont les biosignatures, confie Michael Endl. Nous voulons vraiment savoir si nous sommes seuls dans l’univers. » Nous n’en sommes qu’à la reconnaissance du voisinage, à dresser la carte des mondes les plus proches, ceux qui seront les plus faciles à interroger. En France, la recherche d’exoplanètes reste un terrain de pointe, du télescope qui a repéré cette planète jusqu’aux travaux qui reconstituent la météo des exoplanètes. Et la moisson à venir sera massive : d’autres missions promettent de recenser des dizaines de milliers de mondes.

Le bord courbe d'une planete rocheuse vue de l'espace, cerne d'une fine couche atmospherique lumineuse
Une atmosphère aussi fine que la peau d’une pomme : c’est tout ce qui séparerait un monde vivable d’un caillou nu.

Ce qui rend Gliese 3378b passionnante, au fond, tient moins à une réponse qu’à une position. Elle est assez proche pour qu’on l’espionne bientôt, assez tempérée pour qu’on rêve d’eau liquide, et posée pile sur la ligne qui sépare un monde qui respire d’un caillou stérile. Nous ne saurons de quel côté du rivage elle penche que dans une quinzaine d’années. En attendant, gardons le bon chiffre en tête : ce ne sont pas les 25 années-lumière qui font l’exception, mais ces 90 % de lumière, presque les nôtres.

Questions courantes

Pourquoi Gliese 3378b est-elle jugée habitable ?
Parce qu’elle reçoit environ 90 % du rayonnement que la Terre reçoit du Soleil et se situe dans la zone habitable de son étoile, la bande où de l’eau liquide peut exister en surface, à condition qu’une atmosphère soit présente.

Qu’est-ce que la « cosmic shoreline » ?
C’est une frontière autour d’une étoile : en deçà, une planète peut conserver son atmosphère ; au-delà, le rayonnement stellaire finit par l’arracher. Gliese 3378b est posée pile sur cette limite, d’où l’incertitude sur son atmosphère.

Habitable veut-il dire qu’il y a de la vie ?
Non. « Habitable » décrit une position et une température compatibles avec l’eau liquide. « Habitée » supposerait des signes de vie, que nous ne pouvons pas encore rechercher sur cette planète.

Pourquoi ne peut-on pas encore analyser son atmosphère ?
Parce que la planète ne passe pas devant son étoile depuis la Terre. Sans ce transit, le télescope James Webb ne peut pas sonder son air. Le test attend l’Habitable Worlds Observatory, prévu dans les années 2040.

Quelle est sa masse et à quelle distance se trouve-t-elle ?
Sa masse a été révisée à 2,3 fois celle de la Terre, contre 5,26 estimées en 2024. Elle se trouve à 25 années-lumière, dans la constellation de la Girafe.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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« Élise » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Nature, Science & Planète : le vivant, le climat et les découvertes scientifiques, expliqués simplement et sans jargon.

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