Façade d'immeuble ancien dégradé avec une fenêtre éclairée au crépuscule

4,2 millions de mal-logés en France : le 31e rapport montre que la crise a changé de visage

Le rapport annuel sur l'état du mal-logement dresse un tableau où la rue n'est plus que la pointe visible. Derrière les sans-abri, des familles entières s'entassent ou s'effacent chez un proche.

Sommaire
  1. En bref
  2. Trois visages plutôt qu'un
  3. Une autre voie : le logement d'abord
  4. Questions courantes

Quatre millions deux cent mille personnes vivent mal logées en France. Le chiffre ouvre le 31e rapport sur l’état du mal-logement, publié le 3 février 2026 par la Fondation pour le logement des défavorisés (l’ancienne Fondation Abbé Pierre). Ce qui frappe à la lecture, ce n’est pas seulement l’ampleur, c’est le visage de la crise : la rue, soit 350 000 personnes sans domicile, n’est que la part la plus visible d’un mal-logement qui se joue de plus en plus à l’abri des regards, dans des logements trop petits, trop abîmés, ou chez quelqu’un d’autre.

En bref

  • 4,2 millions de personnes sont mal logées en France selon le 31e rapport, dont 350 000 sans domicile.
  • La première forme de mal-logement n’est pas la rue mais l’habitat dégradé, qui touche environ 2,2 millions de personnes.
  • À ces situations s’ajoutent 12,3 millions de personnes fragilisées par le logement : impayés, surpeuplement modéré, froid, taux d’effort excessif.
  • La Finlande a fait baisser son sans-abrisme d’environ 75 % depuis 2008 avec la méthode du logement d’abord.

Derrière ces millions, il y a des scènes que tout le monde connaît sans toujours les nommer. L’adulte de trente ans qui rentre dormir dans sa chambre d’ado faute de pouvoir louer. Le couple séparé dont l’un campe sur le canapé d’un ami, valise sous le lit. La mère et son enfant qui partagent une maison à dix, où il faut attendre son tour pour dormir parce que c’est trop petit ou trop bruyant. La Fondation a choisi de consacrer le cœur de son rapport à cette forme là, l’hébergement contraint chez un tiers, qu’elle qualifie de mal-logement invisible.

Petite chambre surpeuplée avec matelas au sol et affaires empilées
L’hébergement contraint chez un tiers a augmenté de 15 % entre 2013 et 2020.

Trois visages plutôt qu’un

Le mal-logement n’est pas un bloc. Le rapport le décompose en grandes familles, et l’ordre surprend. La plus nombreuse n’est pas celle des personnes à la rue mais celle de l’habitat dégradé, autour de 2,2 millions de personnes : logements sans confort minimal, humides, mal chauffés, parfois insalubres. Vient ensuite le manque d’espace, le surpeuplement, qui concerne près de 1,13 million de personnes, ces familles où les enfants n’ont pas de coin à eux. Enfin l’absence de logement personnel, environ un million de personnes, qui regroupe la rue, l’hébergement d’urgence, l’hôtel et les hébergements chez des proches.

Le graphique remet les proportions à l’endroit. Quand on pense mal-logement, on imagine d’abord la tente sous un pont ; le rapport rappelle que la réalité la plus massive, c’est l’appartement abîmé où l’on tient quand même, parce qu’on n’a pas le choix. Le sans-abrisme reste la pointe la plus dure d’un iceberg dont l’essentiel se vit portes closes.

Cette part invisible grossit. Toujours selon les chiffres de la Fondation tirés des enquêtes logement de l’Insee, 590 000 personnes étaient hébergées chez des proches faute de logement à elles en 2020, contre 513 000 en 2013, soit une hausse de 15 % en sept ans. Le moteur est connu : séparations plus fréquentes, familles monoparentales en hausse, emplois précaires, et une pauvreté qui ne reflue pas. L’Insee estimait qu’en 2023, 9,8 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté, soit 15,4 % de la population.

Les autres indicateurs vont dans le même sens, et certains glacent. En 2025, 35 % des Français déclaraient avoir eu froid dans leur logement, contre 30 % un an plus tôt. La même année, 912 personnes sont mortes à la rue, soit 16 % de plus qu’en 2023. Et fin août 2025, lors d’un décompte d’une seule nuit, plus de 2 000 enfants se sont retrouvés sans solution d’hébergement après un appel au 115, dont 171 bébés de moins d’un an. Ce sont ces chiffres, accumulés, qui font dire à la Fondation que la quasi-totalité des voyants du mal-logement clignotent rouge.

Une autre voie : le logement d’abord

Face à ce tableau, le rapport ne se contente pas de constater. Il insiste sur une approche qui a déjà fait ses preuves ailleurs, le logement d’abord, où l’on remet d’emblée un toit stable à une personne avant de traiter le reste, plutôt que de la faire passer par un parcours d’étapes en hébergement d’urgence. La référence, c’est la Finlande. Le pays a inversé sa courbe : selon les bilans annuels de l’agence publique du logement (ARA), le nombre de personnes en situation durable de sans-abrisme est passé d’environ 3 500 en 2008 à un millier autour de 2020, et le sans-abrisme global a reculé d’à peu près 75 % en quinze ans.

La comparaison a ses limites, et il faut le dire pour rester honnête : la Finlande compte cinq millions et demi d’habitants, son marché du logement et son parc social n’ont rien de comparable au nôtre, et les chiffres ne se transposent pas tels quels. Mais le principe, lui, voyage. En France, la Fondation rappelle que plus de 100 000 personnes sans domicile accèdent déjà à un logement chaque année via cette politique, et que les marges existent à l’échelle des communes, à quelques semaines des élections municipales de mars 2026.

Décomposition du mal-logement en France : habitat dégradé 2,2 millions, surpeuplement 1,13 million, absence de logement personnel 1 million
Graphique Actu Alt Plus. Source : Fondation pour le logement, 31e rapport sur l’état du mal-logement (2026).
Sans-abrisme : la France et le pari finlandais du logement d’abord
IndicateurFrance (31e rapport, 2026)Finlande (logement d’abord)
Personnes sans domicile350 000 en 2025recul d’environ 75 % depuis 2008
Sans-abrisme de longue duréeen hausse continuede ~3 500 (2008) à ~1 000 (vers 2020)
Logique dominanteparcours par paliers d’hébergementlogement stable d’abord, accompagnement ensuite
Sources : Fondation pour le logement, 31e rapport (2026) ; agence finlandaise du logement (ARA).
Une main tendant des clés vers une autre main au seuil d'un appartement clair
Le logement d’abord remet un toit stable avant tout accompagnement.

Le rapport pointe aussi un effet de seuil moins commenté. À ces 4,2 millions de mal-logés s’ajoutent 12,3 millions de personnes fragilisées par le logement : ménages en impayés, surpeuplement modéré, froid l’hiver, charge financière qui dévore le budget. Autrement dit, le mal-logement n’est pas une frontière nette entre ceux qui souffrent et les autres. C’est une pente, sur laquelle beaucoup plus de foyers qu’on ne le croit se tiennent en équilibre, à un accident de la vie près.

Reste cette image qui colle après la lecture : celle de Haviva, six ans, citée dans le rapport, qui dit qu’on est souvent fatigué quand on est dix dans la maison, parce que c’est trop petit ou trop bruyant pour dormir. Le mal-logement, ce ne sont pas que des courbes. C’est une enfant qui n’arrive pas à fermer l’œil, et un pays assez riche pour faire autrement.

Questions courantes

Combien de personnes sont mal logées en France ?
Le 31e rapport de la Fondation pour le logement chiffre à 4,2 millions le nombre de personnes mal logées, dont 350 000 sans domicile en 2025.

Le mal-logement, c’est seulement la rue ?
Non. La forme la plus répandue est l’habitat dégradé, autour de 2,2 millions de personnes, devant le surpeuplement (environ 1,13 million) et l’absence de logement personnel (environ un million), qui inclut la rue.

Qu’est-ce que l’hébergement contraint chez un tiers ?
C’est le fait de vivre chez un proche faute de logement à soi. En 2020, 590 000 personnes étaient dans ce cas, contre 513 000 en 2013, une hausse de 15 % en sept ans.

Combien de personnes sont fragilisées par le logement ?
En plus des 4,2 millions de mal-logés, le rapport compte 12,3 millions de personnes fragilisées : impayés, surpeuplement modéré, précarité énergétique, taux d’effort excessif.

La méthode du logement d’abord fonctionne-t-elle ?
En Finlande, où elle est appliquée depuis 2008, le sans-abrisme a reculé d’environ 75 %. La France l’a adoptée partiellement, avec plus de 100 000 accès au logement par an pour des personnes sans domicile.

Votre réaction :

Article créé en collaboration avec l’IA.

Les plus lus

  1. 18 337 spectateurs par match : la Ligue 2 rouvre les stades treize jours avant la Ligue 18 337 spectateurs par match : la Ligue 2 rouvre les stades treize jours avant la Ligue 1
  2. 22 millions d’acres brûlés : l’Oregon bat son record d’incendies avec deux mois de saison à venir2 millions d’acres brûlés : l’Oregon bat son record d’incendies avec deux mois de saison à venir
  3. 336 792 à 19 694 : Hollywood ne tourne presque plus à Los Angeles36 792 à 19 694 : Hollywood ne tourne presque plus à Los Angeles
  4. 4600 euros, ETA, quotas : votre guide pour voyager sans mauvaise surprise600 euros, ETA, quotas : votre guide pour voyager sans mauvaise surprise
  5. 588 km seule devant : le pari fou de Haugset qui rafle le jaune88 km seule devant : le pari fou de Haugset qui rafle le jaune

Nos dossiers

Recevez notre sélection dans votre boîte mail

Le meilleur d’Actu Alt Plus : décryptages, chiffres et panoramas. Désinscription en 1 clic, zéro spam.

Avatar illustré de Clara, voix éditoriale d'Actu Alt Plus
Clara

« Clara » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour les Histoires humaines : récits incarnés, attention aux personnes, initiatives locales et solidarités souvent invisibles.

Articles: 321