Deux naturalistes vus de dos comptent des oiseaux à la longue-vue depuis une plateforme en bois au bord d’un marais de Camargue.

En France, une espèce évaluée sur six est menacée, et les deux compteurs officiels divergent

17 367 espèces évaluées, 2 903 menacées, 189 disparues : les chiffres de la Liste rouge française circulent sans leur dénominateur. On le publie, groupe par groupe, et on montre pourquoi deux compteurs publics ne donnent pas le même pourcentage.

Sommaire
  1. En bref
  2. Un compteur qui classe ce qu’il a pu examiner
  3. Deux compteurs officiels, deux dénominateurs
  4. Les groupes ne sont pas logés à la même enseigne
  5. L’outre-mer, l’autre moitié du sujet
  6. Seize ans de mesure, et ce que la France pèse dans le compteur mondial
  7. Questions courantes

Décryptage

Publié le 25 août 2026 · Mis à jour le 19 septembre 2026 à 13h40

17 367 espèces ont été évaluées en France par le Comité français de l’UICN, sauf que ce total ne couvre qu’une part du vivant présent sur le territoire. Sur ce total, métropole et outre-mer confondus, 2 903 espèces sont classées menacées et 189 ont disparu de France, selon le bilan de seize ans de la Liste rouge nationale publié le 29 février 2024.

Selon nos calculs, cela revient à une espèce évaluée sur six classée menacée en France. Le chiffre circule d’ordinaire sous forme de pourcentage nu, sans que personne précise sur quoi il est calculé. Or c’est là que se joue la lecture de l’état de la nature française : le dénominateur.

En bref

  • 17 367 espèces évaluées en France, 2 903 menacées et 189 disparues, au bilan des seize ans de la Liste rouge nationale (29 février 2024).
  • Deux compteurs publics coexistent et n’affichent pas le même total d’espèces évaluées : 17 367 côté Comité français de l’UICN, 13 842 sur la fiche de l’Office français de la biodiversité.
  • « Évaluée » ne signifie pas « existante » : la Liste rouge classe les espèces qu’elle a pu examiner, groupe par groupe.
  • Les taux de menace varient fortement selon les groupes : 32 % des oiseaux nicheurs de métropole, 14 % des mammifères.
  • 2 565 espèces menacées au niveau mondial sont présentes sur le territoire français, métropole et outre-mer comprises.

Un compteur qui classe ce qu’il a pu examiner

La Liste rouge des espèces menacées en France est un travail partenarial piloté par l’Office français de la biodiversité, le Muséum national d’Histoire naturelle et le Comité français de l’UICN. Elle mobilise 32 organisations partenaires et plus de 500 experts, et range chaque espèce dans l’une des onze catégories de la méthode internationale : EX, EW, RE, CR, EN, VU, NT, LC, DD, NA, NE. Le classement s’appuie sur la taille des populations, leur évolution dans le temps, les aires de répartition et les menaces identifiées, selon la fiche de l’OFB.

Trois de ces onze catégories expliquent l’essentiel des malentendus. DD signale une espèce dont les données sont insuffisantes pour trancher. NA désigne une espèce non applicable au périmètre évalué. NE, tout simplement, une espèce non évaluée. Une espèce absente du décompte des menacées n’est donc pas forcément en bonne santé : elle peut n’avoir jamais été passée au crible. Le même écart existe sur les protocoles de suivi, comme le montrent les comptages de chauves-souris qui ne couvrent qu’une partie des espèces françaises.

Deux compteurs officiels, deux dénominateurs

C’est le point que les reprises journalistiques escamotent presque toujours. Le bilan des seize ans du Comité français de l’UICN affiche 17 367 espèces évaluées, 2 903 menacées et 189 disparues. La fiche de l’OFB, elle, affiche 13 842 espèces évaluées, 2 430 menacées et 187 disparues, sur le même périmètre déclaré (Hexagone et outre-mer). Soit 3 525 espèces évaluées et 473 espèces menacées d’écart entre deux compteurs publics du même programme.

La conséquence est arithmétique. Rapportée au bilan de 2024, la part des espèces évaluées classées menacées ressort à 16,7 %. Rapportée à la fiche de l’OFB, qui ne date pas son instantané, elle ressort à 17,6 %. Un même sujet, deux pourcentages officiels, et un écart de près d’un point qui ne dit rien de l’état de la nature : il dit seulement combien d’espèces ont été passées en revue à la date de publication.

Trois compteurs publics, trois dénominateurs (part menacée calculée par Actu Alt Plus quand la source ne la publie pas).
CompteurEspèces évaluéesEspèces menacéesPart menacée
Liste rouge France, bilan 16 ans (Comité français de l’UICN, 29 février 2024)17 3672 90316,7 %
Liste rouge France, fiche OFB (sans date affichée)13 8422 43017,6 %
Liste rouge mondiale, version 2026.1175 90949 50528,1 %

Le troisième compteur du tableau n’est pas comparable aux deux premiers : la Liste rouge mondiale privilégie depuis longtemps les groupes déjà connus pour être en difficulté, ce qui gonfle mécaniquement sa part menacée. Retenir ce chiffre pour parler de la France serait une erreur de dénominateur de plus.

Les groupes ne sont pas logés à la même enseigne

Une fois le dénominateur posé, la moyenne nationale devient l’information la moins intéressante du dossier. Ce sont les écarts entre groupes taxonomiques qui portent le sens, et l’un d’eux surprend régulièrement.

Sur 100 espèces d’oiseaux nicheurs évaluées en France métropolitaine, combien sont classées menacées ?

32 espèces sur 100, soit près d’un tiers du groupe le plus observé du pays.

Le classement complet des groupes évalués en métropole, publié par le Comité français de l’UICN, s’étage de 14 % à 32 %.

Les oiseaux nicheurs sont le groupe métropolitain le plus touché des sept publiés, à 32 % d’espèces évaluées menacées, plus du double des mammifères. Limite : chaque taux est calculé sur les seules espèces évaluées du groupe, dont le nombre varie fortement d’un chapitre à l’autre.
Les oiseaux nicheurs sont le groupe métropolitain le plus touché des sept publiés, à 32 % d’espèces évaluées menacées, plus du double des mammifères. Limite : chaque taux est calculé sur les seules espèces évaluées du groupe, dont le nombre varie fortement d’un chapitre à l’autre.
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La lecture tient en une ligne : les oiseaux nicheurs, les crustacés d’eau douce et les reptiles sont au-dessus de la moyenne nationale, les mammifères et les orchidées en dessous. Les 19 % de poissons d’eau douce menacés rappellent au passage que les milieux aquatiques continentaux, moins photogéniques que les grands mammifères, concentrent une part notable du problème français.

Une botaniste de dos examine à la loupe une fougère endémique sur un sentier forestier humide de La Réunion.
À La Réunion, 41 % des espèces de flore évaluées sont classées menacées, contre 15 % des orchidées en métropole.

L’outre-mer, l’autre moitié du sujet

Les territoires ultramarins tirent le compteur national vers le haut, et de loin. À La Réunion, plus d’un tiers des espèces d’oiseaux sont menacées ou déjà disparues, et 41 % de la flore évaluée est classée menacée. À Mayotte, la flore atteint 43 %. En Martinique, 47 % des reptiles, 28 % des mollusques et 21 % des oiseaux sont menacés. En Guadeloupe, 15 % des fougères et des plantes à fleurs. En Guyane, 13 % des oiseaux et des poissons, 16 % des mammifères marins, selon la synthèse par territoire.

Ces taux dépassent, groupe pour groupe, la plupart des chiffres métropolitains. Ils s’expliquent par l’endémisme : une espèce présente sur une seule île n’a nulle part où se replier. C’est aussi ce qui rend l’outre-mer déterminant dans toute phrase commençant par « en France ».

Seize ans de mesure, et ce que la France pèse dans le compteur mondial

La Liste rouge nationale a été lancée en 2008. Seize années d’évaluations et d’analyses plus tard, l’inventaire couvre 17 367 espèces, chapitre par chapitre, groupe par groupe. C’est cette trajectoire, et non un pourcentage isolé, qui donne la mesure du sujet : le compteur français grandit encore, ce qui signifie que la part menacée qu’on lit aujourd’hui porte sur un échantillon en cours de constitution.

À l’échelle mondiale, la version 2026.1 de la Liste rouge classe 49 505 espèces menacées sur 175 909 étudiées. Le Comité français de l’UICN y situe la France parmi les dix pays hébergeant le plus grand nombre d’espèces menacées, avec 2 565 espèces menacées au niveau mondial présentes sur son territoire. Rapporté au total, cela place environ une espèce menacée sur dix-neuf recensées dans le monde sur le sol ou dans les eaux françaises, soit 5,2 %.

Tiroirs ouverts d’une collection d’histoire naturelle française, planches d’herbier et insectes épinglés alignés dans des meubles en bois.
Seize ans après son lancement en 2008, la Liste rouge nationale mobilise 32 organisations partenaires et plus de 500 experts.

Un compteur peut aussi reculer. Actu Alt Plus mesurait le 1er avril 2026 la remontée de la grue à couronne rouge, passée de 33 oiseaux en 1952 à 1 927 individus comptés en janvier 2025 avant de sortir de la liste des espèces menacées au Japon. La même métrique de statut, appliquée à la France, n’a pas encore produit d’équivalent à cette échelle. Elle le pourra, à condition que le dénominateur soit lu pour ce qu’il est : un état des lieux daté, pas un verdict définitif.

Questions courantes

« 2 903 espèces menacées », cela veut-il dire 2 903 espèces sur toute la faune et la flore françaises ?
Non. Ce nombre porte sur les 17 367 espèces que la Liste rouge nationale a évaluées en métropole et en outre-mer, pas sur l’ensemble des espèces présentes en France, dont beaucoup n’ont jamais été passées au crible.

Pourquoi l’OFB et le Comité français de l’UICN n’affichent-ils pas le même total ?
Les deux pages publient des instantanés différents du même programme : 13 842 espèces évaluées d’un côté, 17 367 de l’autre, soit 3 525 d’écart. La fiche de l’OFB ne date pas son décompte, ce qui empêche de dire précisément à quelle campagne d’évaluation il correspond.

Quel groupe est le plus touché en France métropolitaine ?
Parmi les groupes publiés, les oiseaux nicheurs arrivent en tête avec 32 % d’espèces menacées, devant les crustacés d’eau douce à 28 %, les reptiles à 24 % et les amphibiens à 23 %. Les mammifères sont à 14 %.

Que signifient les catégories DD, NA et NE ?
DD désigne une espèce dont les données sont insuffisantes pour trancher, NA une espèce non applicable au périmètre évalué, et NE une espèce non évaluée. Aucune des trois n’équivaut à une espèce en bonne santé.

Pourquoi les taux ultramarins sont-ils si élevés ?
Parce que ces territoires abritent de nombreuses espèces endémiques, présentes nulle part ailleurs. Une espèce cantonnée à une seule île ne dispose d’aucun territoire de repli, ce qui la rend beaucoup plus vulnérable qu’une espèce répandue sur un continent.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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Élise

« Élise » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Nature, Science & Planète : le vivant, le climat et les découvertes scientifiques, expliqués simplement et sans jargon.

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