Une fibre optique diffuse une lumière bleue au-dessus d’une boîte de culture où flottent des algues vertes, dans un laboratoire plongé dans la pénombre.

3 lauréats du Nobel de médecine 2026 pour l’optogénétique, qui a rendu en partie la vue à un aveugle

Karl Deisseroth, Peter Hegemann et Georg Nagel reçoivent le Nobel de médecine 2026 pour l’optogénétique. En France, la méthode a déjà rendu une vision partielle à un patient, mais le traitement reste à l’essai.

Sommaire
  1. Une algue qui nage vers la lumière
  2. Ce que la découverte a déjà changé pour un patient
  3. Où en est le traitement
  4. Un nom sur la liste depuis 2019

Vos souvenirs et vos émotions passent par des neurones que les chercheurs savent allumer à la lumière bleue chez l’animal. Cette méthode, baptisée optogénétique, vaut le prix Nobel de physiologie ou médecine 2026 à Karl Deisseroth (Howard Hughes Medical Institute et université Stanford, États-Unis), Peter Hegemann (université Humboldt de Berlin) et Georg Nagel (université de Würzburg). Le prix salue « leurs découvertes sur les canaux ioniques activés par la lumière et l’optogénétique », selon le communiqué officiel. L’Assemblée Nobel de l’Institut Karolinska l’a annoncé le 5 octobre 2026 à Solna, près de Stockholm, à 11 h 30 heure de Paris, en ouverture du calendrier des annonces Nobel.

Pour un patient français, la retombée la plus concrète se joue dans l’œil. Au 29 septembre 2026, GS030, le traitement d’optogénétique de la société française GenSight Biologics, en était encore à la phase 1/2 des essais cliniques.

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Une algue qui nage vers la lumière

Peter Hegemann voulait comprendre comment Chlamydomonas, une algue faite d’une seule cellule, trouve la lumière. Au début des années 2000, avec Georg Nagel, il identifie à sa surface la channelrhodopsine. Éclairée en bleu, cette protéine ouvre un canal. Des ions chargés entrent dans la cellule et créent une impulsion électrique. Toute cellule qui reçoit la protéine devient sensible à la lumière.

La publication de référence paraît dans la revue PNAS en novembre 2003, signée notamment par Nagel, Hegemann et Ernst Bamberg. Le principe ressemble à celui d’un éclairage d’escalier à détecteur : un signal lumineux, et le courant passe.

Karl Deisseroth fait le pas suivant. Il introduit le gène de la protéine dans des neurones de rat, puis déclenche un signal nerveux en les éclairant. Le résultat paraît en août 2005 dans Nature Neuroscience, avec Edward Boyden, Feng Zhang, Ernst Bamberg et Georg Nagel. Deux ans plus tard, l’interrupteur fonctionne dans le cerveau de souris vivantes.

Jalons de l’optogénétique
AnnéeÉtapeQui
2003Channelrhodopsine décrite dans PNASNagel, Hegemann, Bamberg
2005Neurones de rat activés par la lumière (Nature Neuroscience)Boyden, Zhang, Bamberg, Nagel, Deisseroth
2007Interrupteur actif chez la souris vivanteDeisseroth
2021Vision partielle chez un patient aveugle (Nature Medicine)Sahel, Roska
2026Nobel de physiologie ou médecineDeisseroth, Hegemann, Nagel

« L’optogénétique offre la possibilité de cartographier le cerveau d’une manière dont on ne pouvait autrefois que rêver. »

Per Svenningsson, président du comité Nobel de physiologie ou médecine (traduction)

Depuis, les laboratoires s’en servent pour relier des circuits de neurones précis à des souvenirs, des émotions et des comportements. Le comité cite les troubles neurologiques et psychiatriques parmi les terrains d’étude. Il mentionne aussi des tentatives cliniques pour rendre la vue à des personnes malvoyantes.

Ce que la découverte a déjà changé pour un patient

Ces tentatives ont un visage français : en mai 2021, José-Alain Sahel, de l’Institut de la Vision à Paris, et Botond Roska publient dans Nature Medicine le cas d’un homme aveugle atteint d’une rétinite pigmentaire avancée. Il avait 58 ans, précise l’association Retina France.

Le traitement associe deux pièces : une injection dans l’œil apporte le gène de ChrimsonR, une protéine sensible à la lumière ambrée, aux cellules encore vivantes de la rétine. Des lunettes équipées d’une caméra projettent ensuite sur la rétine des impulsions lumineuses qui traduisent la scène. Avec ces lunettes, le patient a perçu, localisé, compté et touché des objets. Sans elles, rien.

En février 2020, il annonce avoir vu les bandes blanches d’un passage piéton, raconte le journal du CNRS. Un carnet, des agrafes, un verre d’eau ont suivi. Les auteurs y voient le premier cas publié de récupération fonctionnelle partielle après une thérapie optogénétique, chez un seul patient.

Où en est le traitement

Le produit testé, GS030, est développé par GenSight Biologics dans l’essai PIONEER, mené au Royaume-Uni, en France et aux États-Unis. En février 2023, l’entreprise faisait état de neuf patients traités à trois doses croissantes, avec des effets indésirables oculaires légers ou modérés. Une inflammation de l’œil touchait 70 % d’entre eux et s’est résorbée sans séquelle. À la dose la plus forte, des patients qui percevaient à peine la lumière parvenaient à localiser et compter des objets.

Le rapport semestriel de GenSight, publié le 29 septembre 2026, classe toujours GS030 en phase 1/2. Concrètement, aucune ordonnance ne donne accès à ce traitement : seuls les essais cliniques le proposent, aux patients que retiennent les équipes investigatrices. Le 15 septembre 2026, José-Alain Sahel et Botond Roska se sont vu décerner le prix António Champalimaud, doté d’un million d’euros, pour ces thérapies.

Un nom sur la liste depuis 2019

Le 24 septembre 2019, Clarivate rangeait déjà Karl Deisseroth parmi ses chercheurs « de classe Nobel », aux côtés d’Ernst Bamberg et de Gero Miesenböck. La citation évoquait déjà la restauration de la vision. Sept ans ont passé avant le prix, près de la médiane de huit ans relevée pour les pronostics Clarivate devenus Nobel entre 2021 et 2025. Hegemann et Nagel ne figuraient pas sur cette liste de 2019.

La chaîne YouTube officielle Nobel Prize a diffusé l’annonce, reprise en Europe par des médias comme la radio-télévision suisse SRF.

Vidéo : annonce du prix Nobel de physiologie ou médecine 2026, chaîne Nobel Prize (YouTube)

Le prix 2026 est doté de 12 millions de couronnes suédoises, partagés à parts égales entre les trois lauréats. La part de chacun dépasse 353 000 euros. Le calendrier se poursuit avec le Nobel de physique, le 6 octobre 2026 à partir de 11 h 45, heure de Paris.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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