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Sommaire
Récit
Vous devez accrocher deux vaisseaux de pays rivaux : lequel acceptera d’être la « femelle » ? Aucun, ont tranché les ingénieurs américains et soviétiques du programme Apollo-Soyouz.
Le 17 juillet 1975, Apollo et Soyouz se sont amarrés en orbite grâce à un mécanisme androgyne à trois pétales, conçu en commun par des ingénieurs américains et soviétiques. Chaque moitié pouvait saisir l’autre ou se laisser saisir. Le National Air and Space Museum conserve une maquette du module qui le portait : 3,15 mètres de long, en fibre de verre et contreplaqué.
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En bref
- Le 17 juillet 1975, un module adaptateur lancé avec Apollo sert de sas entre les deux vaisseaux.
- Côté soviétique, Vladimir Syromiatnikov dirigeait les ingénieurs de l’amarrage.
- Le choix mêlait contrainte technique et diplomatie de la détente.
- Sa capture rigide survit dans la norme d’amarrage des partenaires de l’ISS.
Une sonde, un cône et un partenaire passif
Avant 1975, chaque camp amarrait ses vaisseaux par pénétration. Les Soviétiques utilisaient le « shtyr’-konus », une tige qui s’enfonce dans un cône. Les Américains volaient avec un dispositif semblable, la sonde et le réceptacle. L’historien Andrew Jenks résume le problème dans un article du Journal of Russian American Studies (2021) : ces systèmes supposaient la pénétration d’un vaisseau par l’autre, donc un partenaire actif et un partenaire passif.
Pour une mission commune, ce schéma posait deux soucis. Le premier était politique, selon Jenks : il fallait qu’une superpuissance accepte le rôle passif. Le second était pratique : Caldwell Johnson, ingénieur de la NASA, reprochait à la sonde d’occuper « le passage même que vous voulez ouvrir ».
« Neutre, l’un ou l’autre »
Johnson a donc esquissé le cahier des charges d’un système qu’on pourrait saisir des deux côtés. Son explication, citée par Jenks, tient en deux phrases : « On ne pouvait pas amarrer deux vaisseaux mâles, ni deux vaisseaux femelles. Alors on voulait quelque chose de neutre, l’un ou l’autre. »
Les Soviétiques étaient arrivés avec la même idée. L’équipe de Syromiatnikov travaillait déjà sur un « agrégat d’amarrage périphérique androgyne », connu en anglais sous le sigle APAS. Dans ses mémoires, l’ingénieur rapporte une plaisanterie de Johnson : aucun des deux pays ne voulait jouer un rôle féminin dans l’espace devant le monde entier. « Qui sait, il y avait peut-être quelque chose de vrai là-dedans », ajoute-t-il.
Selon la mission, un côté tend son anneau de guidage et attrape, l’autre attend, puis les rôles peuvent s’inverser. Jenks parle d’« une étreinte dans l’espace ». Les deux pays avaient convenu en 1971 de cette jonction, et une maquette des deux vaisseaux amarrés a été exposée au Salon du Bourget de 1973, à égale distance des pavillons américain et soviétique.
La paternité a fait grincer : les Soviétiques revendiquaient l’idée. Johnson a soutenu leur revendication, au risque d’être accusé à Houston d’avoir cédé aux Soviétiques. Consolation côté NASA : les verrous de l’APAS reprenaient le dessin américain.
Deux amarrages et une secousse
Les deux vaisseaux ont décollé le 15 juillet 1975. Le module d’amarrage voyageait avec Apollo. Il servait aussi de sas, car les deux cabines ne respiraient pas le même air. Apollo volait en oxygène pur à environ un tiers de la pression au niveau de la mer, Soyouz en mélange oxygène-azote, à une pression proche de celle du sol, abaissée pour la mission.
Deux jours plus tard, Thomas Stafford annonce « Contact ! ». Alexeï Leonov répond, selon le récit de la NASA : « Capture ! Soyouz et Apollo se serrent la main. » La poignée de main entre Stafford et Leonov suit.
Le 19 juillet, les équipages se séparent puis se raccrochent. Cette fois, c’est le mécanisme de Soyouz qui est actif et celui d’Apollo qui attend. Côté soviétique, on sent alors deux secousses franches : l’équipage américain a allumé par erreur ses propulseurs latéraux. Le partenaire passif était devenu actif sans prévenir. Le module, lui, est largué le 23 juillet, la veille du retour d’Apollo.
De Mir à l’ISS, une lignée de pétales
Le mécanisme de 1975 a eu une descendance directe. Un rapport technique de la NASA publié en 2011 en retrace la filiation, de la station Mir aux discussions sur une norme commune. Cette histoire prolonge celle des grandes étapes de l’exploration spatiale.
| Programme | Système | Ce qui change |
|---|---|---|
| Apollo-Soyouz (1975) | Mécanisme androgyne à trois pétales | Pétales tournés vers l’extérieur, chaque moitié active ou passive |
| Station Mir (assemblée dès 1986) | Un seul port APAS, le reste en sonde et cône | Port réservé à la navette américaine |
| Navette et Mir | APAS-89 | Pétales tournés vers l’intérieur, passage libre dès l’amarrage |
| Navette et ISS | APAS sur l’orbiteur et sur les adaptateurs PMA | Interface d’amarrage de la navette jusqu’à son retrait |
| Norme IDSS (2010) | Capture rigide héritée de l’APAS | Capture souple issue du système américain LIDS |
La norme internationale d’amarrage, l’IDSS, est née d’un compromis trouvé en 2010 entre la NASA et ses partenaires de l’ISS : Roscosmos, l’ESA, l’agence canadienne et la JAXA. L’objectif affiché était de permettre des sauvetages d’équipage entre vaisseaux différents. Les ports ne choisissent toujours pas de sexe. Pour son vaisseau commercial, Boeing avait opté dès 2011 pour le NASA Docking System, la version américaine de cette norme.
Questions courantes
Qui était Vladimir Syromiatnikov ?
Né en 1933 à Arkhangelsk, il a dirigé côté soviétique la conception des systèmes d’amarrage. Il a raconté cette aventure dans un livre de souvenirs traduit en anglais sous le titre 100 Stories About Docking.
Peut-on voir le module d’amarrage d’Apollo-Soyouz au musée ?
Le National Air and Space Museum possède une maquette de 2 012 kilos, transférée par la NASA. Elle n’est pas exposée actuellement : elle est en réserve ou prêtée.
Les vaisseaux chinois utilisent-ils un système androgyne ?
Oui. Selon le rapport technique de la NASA de 2011, l’APAS chinois est un clone de l’APAS russe.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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