Champignon atomique géant au-dessus d'une côte arctique enneigée, un bombardier minuscule s'éloignant à l'horizon

Tsar Bomba : pourquoi l’URSS a bridé de moitié sa bombe de 100 mégatonnes

Le 30 octobre 1961, l'URSS a fait exploser à 50 mégatonnes une bombe conçue pour 100. Ses concepteurs avaient remplacé une enveloppe d'uranium par du plomb, ce qui a divisé par 34 environ la part de fission, celle qui produit les retombées.

97 % de l’énergie de la Tsar Bomba venait de la fusion, et les ingénieurs soviétiques l’avaient voulu ainsi. Le 30 octobre 1961, au-dessus de la Nouvelle-Zemble, l’URSS fait exploser à 50 mégatonnes une bombe conçue pour en libérer 100. Elle a bridé son engin de moitié pour une raison simple : à pleine puissance, il aurait arrosé la planète de retombées radioactives.

L’engin pèse environ 27 tonnes pour 8 mètres de long et 2,1 mètres de diamètre. Un Tu-95 modifié le largue à 10 500 mètres. Un parachute freine sa chute pour laisser à l’équipage le temps de s’éloigner. La bombe explose à 11 h 32, heure de Moscou, à 4 000 mètres au-dessus du polygone de la baie de Mitiouchikha, selon la fiche détaillée du Nuclear Weapon Archive. Aux commandes, le major Andreï Dournovtsev sera promu lieutenant-colonel après l’essai.

Du plomb à la place de l’uranium

Une bombe H fonctionne par étages. Une explosion de fission déclenche la fusion d’un combustible léger, qui libère à son tour un flot de neutrons. D’ordinaire, une enveloppe d’uranium 238 entoure ce combustible. Frappée par ces neutrons, elle entre elle aussi en fission et double la puissance. C’est elle qui fabrique l’essentiel des retombées : la fission laisse derrière elle des éléments radioactifs, la fusion beaucoup moins.

À pleine charge, la conception prévoyait moitié fusion, moitié fission. Les concepteurs, dont Andreï Sakharov, remplacent l’uranium par du plomb, qui ne fissionne pas. La puissance tombe de moitié. Le 30 octobre 1961, la Tsar Bomba a libéré 50 mégatonnes, dont 1,5 seulement issues de la fission : 97 % de son énergie venait de la fusion.

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La version à 100 mégatonnes en aurait tiré environ 51,5 de la fission. Soit à peu près 34 fois plus d’énergie de fission, celle qui fabrique les retombées.

  • Fission, bombe testée (enveloppe de plomb) 1,5 Mt
  • Fission, version de 100 Mt (enveloppe d’uranium) 51,5 Mt
Le plomb a divisé par 34 environ l’énergie de fission, la part qui retombe en poussières radioactives.

L’archive qualifie l’engin d’arme « la plus propre » jamais testée. Le mot fait sourire, s’agissant de la plus grosse explosion jamais provoquée par l’homme. Il désigne pourtant un gain mesurable. Tirée à 100 mégatonnes, la bombe aurait accru de 25 % toutes les retombées de fission accumulées dans le monde depuis l’invention de la bombe atomique. Un seul tir aurait ajouté le quart de seize ans d’essais.

Cinquante mégatonnes, ou cinquante-sept ?

Les premières estimations américaines donnaient 57 mégatonnes. Le chiffre circule encore, et certaines chronologies affichent même 58 mégatonnes. Depuis 1991, toutes les sources russes retiennent 50 mégatonnes. Un écart de 14 % n’a rien d’extravagant : les estimations sérieuses de la bombe d’Hiroshima varient elles-mêmes de 12 à 16 kilotonnes.

Même ramenée à 50, la Tsar Bomba reste hors d’échelle. Sa puissance équivaut à environ 1 570 fois celle des bombes d’Hiroshima et de Nagasaki réunies, selon l’Atomic Heritage Foundation. Le champignon monte à 64 kilomètres, environ sept fois l’Everest. Le flash se voit à 1 000 kilomètres malgré les nuages. Des vitres se brisent jusqu’à 900 kilomètres.

Ces images ont longtemps dormi dans les coffres. Le 20 août 2020, Rosatom a mis en ligne un film de 40 minutes jusque-là classé secret (Vice). Il marquait les 75 ans de l’industrie nucléaire russe. Ses 30 premières minutes ont le ton des actualités soviétiques.

Vidéo : Reuters

Deux ans plus tard, le ciel se ferme

En 1963, les États-Unis, l’URSS et le Royaume-Uni signent le traité d’interdiction partielle des essais. Il bannit les explosions dans l’atmosphère, dans l’espace et sous l’eau, rappelle l’Office of the Historian du département d’État américain. Les inquiétudes sur les retombées avaient pesé dans la négociation. Le texte ne soldait pas pour autant tout l’héritage atomique de l’époque, à l’image des fûts radioactifs de l’Atlantique.

La France a suivi son propre calendrier. Entre 1966 et 1974, 46 essais atmosphériques ont eu lieu au-dessus des atolls de Moruroa et de Fangataufa, en Polynésie française (expertise collective de l’Inserm, février 2021). Les essais sont ensuite passés sous terre : 147 tirs jusqu’en 1996.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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