Goutte d'eau sur un tissu imperméable traversée par un faisceau de lumière ultraviolette bleutée

Polluants « éternels » : une piste de labo pour vraiment casser les PFAS

Des chercheurs danois ont identifié ce qui détruit les PFAS sous lumière intense. Une avancée de laboratoire, encore lente, mais qui éclaire le verrou chimique de ces polluants partout autour de nous.

Sommaire
  1. En bref
  2. Pourquoi ces polluants résistent à tout
  3. Ce que cela change, et ce que cela ne change pas encore
  4. La France a déjà serré la vis sur les PFAS
  5. Questions courantes

Ils sont dans la poêle qui n’accroche pas, dans la veste qui repousse la pluie, dans l’emballage du fast-food et, beaucoup plus gênant, dans l’eau du robinet d’un certain nombre de communes. Les PFAS, ces composés surnommés polluants « éternels », ont un défaut majeur : on sait les filtrer, mais on ne sait quasiment pas les détruire. Une équipe de l’université d’Aarhus, au Danemark, vient de mettre le doigt sur le mécanisme qui les fait enfin céder sous une lumière très intense. Disons-le tout de suite pour ne rien survendre : c’est une piste de laboratoire, encore lente, pas une station d’épuration pour demain matin.

En bref

  • Des chercheurs d’Aarhus ont montré que ce sont surtout des radicaux d’hydrogène, libérés de l’eau par une lumière UV intense, qui cassent les molécules de PFAS (étude publiée dans Environmental Science & Technology).
  • La réaction marche le mieux sous des UV de longueur d’onde inférieure à 300 nanomètres, en arrachant les atomes de fluor un à un.
  • En France, depuis le 1er janvier 2026, cosmétiques, textiles d’habillement, chaussures et farts contenant des PFAS sont interdits à la vente.
  • L’eau du robinet doit respecter une limite de 0,1 microgramme par litre pour la somme de 20 PFAS, contrôle obligatoire depuis janvier 2026.
Poêle antiadhésive, veste imperméable et emballage en carton posés sur une table neutre
Poêle, vêtement déperlant, emballage : les PFAS sont logés dans des objets ordinaires.

Pourquoi ces polluants résistent à tout

Pour comprendre l’exploit, il faut regarder ce qui rend les PFAS si coriaces. Ces substances per et polyfluoroalkylées, fabriquées depuis les années 1940, reposent sur une liaison chimique parmi les plus solides que la chimie organique connaisse : le lien entre un atome de carbone et un atome de fluor. C’est précisément cette robustesse qui les rend utiles dans l’industrie, et c’est elle qui les rend presque indestructibles dans la nature. Résultat, ils s’accumulent dans l’eau, les sols, la faune et notre propre organisme, où ils peuvent rester des décennies. L’université d’Aarhus rappelle d’ailleurs que la plupart des technologies actuelles ne font que déplacer le problème : on capte les PFAS dans un filtre, puis on les retrouve ailleurs.

Le travail de l’équipe, mené par le professeur Zongsu Wei et publié dans la revue Environmental Science & Technology, change l’éclairage sur ce verrou. Jusqu’ici, on attribuait la dégradation des PFAS sous lumière à d’autres particules réactives. Les chercheurs montrent que le rôle central revient à des radicaux d’hydrogène, des fragments très réactifs arrachés aux molécules d’eau quand on les expose à un rayonnement ultraviolet puissant. Ce sont eux qui attaquent les PFAS et leur retirent leurs atomes de fluor, un par un, jusqu’à les casser en morceaux moins persistants. Savoir précisément quel acteur fait le travail, c’est pouvoir concevoir des procédés calibrés pour lui, plutôt que d’avancer à l’aveugle.

Ce que cela change, et ce que cela ne change pas encore

Tempérons l’enthousiasme, car les auteurs le font eux-mêmes. La réaction reste lente, et elle produit au passage des composés intermédiaires dont il faudra s’assurer qu’ils ne sont pas, eux aussi, problématiques. Autrement dit, nous tenons une clé de compréhension, pas une solution prête à brancher sur le réseau d’eau potable. Mais la valeur d’un tel résultat est réelle : viser la destruction complète des molécules plutôt que leur simple capture, et le faire sans ajouter d’autres produits chimiques, est exactement la direction que cherche le secteur du traitement de l’eau. C’est le genre de brique fondamentale qui, additionnée à d’autres, finit par déboucher sur une technologie de terrain.

Pendant que les laboratoires creusent le « comment détruire », les pouvoirs publics, eux, ont tranché le « comment éviter ». La France a franchi un cap depuis le début de l’année.

Verre d'eau claire qui se remplit au robinet d'une cuisine
Au robinet, l’eau de consommation est désormais surveillée pour ses PFAS.

La France a déjà serré la vis sur les PFAS

Depuis le 1er janvier 2026, en application de la loi du 27 février 2025, il est interdit de fabriquer, d’importer et de vendre en France des produits cosmétiques, des farts de ski, des vêtements, des chaussures et des agents imperméabilisants contenant des PFAS. Les poêles et casseroles ont, eux, échappé à cette première vague après un amendement parlementaire, et le textile basculera plus largement dans l’interdit en 2030. Le ministère de l’Économie détaille le calendrier de cette interdiction progressive.

Le robinet est lui aussi davantage surveillé. En transposant une directive européenne, la France impose depuis janvier 2026 un contrôle sanitaire des PFAS dans l’eau de consommation, avec une limite de qualité fixée à 0,1 microgramme par litre pour la somme de vingt de ces substances. À l’échelle de l’Union, la directive de 2020 laisse aux États le choix entre ce seuil et un paramètre plus large, « PFAS total », fixé à 0,5 microgramme par litre, que la France n’a pas retenu. Voici comment se rangent ces repères chiffrés.

Seuils PFAS dans l'eau potable : 0,1 microgramme par litre pour la somme de 20 PFAS retenu en France, 0,5 pour le paramètre PFAS total de l'option européenne
Graphique Actu Alt Plus. Sources : directive UE 2020/2184, transposition française.
Reprendre ce graphique

Réutilisez ce graphique librement sur votre site, en citant Actu Alt Plus. Copiez le code ci-dessous :

Ces seuils paraissent minuscules, et c’est volontaire : on parle de fractions de microgramme par litre, car ces molécules s’accumulent au fil des années. Entre une recherche qui apprend tout juste à les casser et une réglementation qui apprend à les éviter, le combat contre les polluants éternels se joue désormais sur les deux fronts à la fois. Reste une question que ni le labo ni la loi n’effacent d’un coup : que faire des quantités déjà répandues, dans les sols et les nappes, par quatre-vingts ans de chimie ? La réponse, elle, prendra sans doute beaucoup plus de temps que prévu.

Questions courantes

Que sont exactement les PFAS ?
Une grande famille de composés chimiques de synthèse utilisés depuis les années 1940 pour leurs propriétés antiadhésives et imperméabilisantes. On les surnomme polluants « éternels » parce qu’ils se dégradent très lentement et s’accumulent dans l’eau, les sols et le corps humain.

Pourquoi sont-ils si difficiles à détruire ?
À cause de la liaison entre le carbone et le fluor, l’une des plus solides de la chimie. La casser est le principal défi, et la plupart des technologies se contentent aujourd’hui de filtrer les PFAS sans les éliminer.

L’étude d’Aarhus est-elle une solution prête à l’emploi ?
Non. Elle identifie le mécanisme clé, les radicaux d’hydrogène générés par UV intense, mais la réaction reste lente et produit des composés intermédiaires. C’est une avancée de compréhension, pas encore une technologie de terrain.

Que dit la loi française sur les PFAS ?
Depuis le 1er janvier 2026, la vente de cosmétiques, textiles d’habillement, chaussures et farts contenant des PFAS est interdite. L’eau du robinet doit respecter une limite de 0,1 microgramme par litre pour la somme de 20 PFAS.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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« Élise » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Nature, Science & Planète : le vivant, le climat et les découvertes scientifiques, expliqués simplement et sans jargon.

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