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On les écrase d’un pied distrait quand ils s’aventurent sur le carrelage de la cave. Pourtant, ces petites bestioles à multiples pattes étaient déjà là quand la Terre n’avait ni arbres, ni feuilles, ni le moindre os à montrer. Une nouvelle reconstitution de leur arbre généalogique, publiée dans la revue Current Biology, fait remonter l’origine des mille-pattes à environ 460 millions d’années, soit 35 millions d’années avant le plus vieux fossile connu de leur groupe. À cette échelle, le chiffre n’est pas un détail d’érudit : il fait des mille-pattes les pionniers oubliés de la conquête des terres, 80 millions d’années avant le premier vertébré à poser une patte sur la terre ferme.
En bref
- L’étude situe l’origine des mille-pattes à 460 millions d’années, soit 35 Ma avant leur plus vieux fossile et 80 Ma avant les vertébrés terrestres.
- Leurs fameuses défenses chimiques ne seraient apparues que vers 260 Ma, bien après l’animal lui-même.
- Plus de 14 000 espèces sont décrites, mais les chercheurs en soupçonnent des dizaines de milliers encore inconnues.
- La méthode : comparer des centaines de gènes sur 82 espèces vivantes, calées sur 29 fossiles.
Pourquoi 460 millions d’années, ce n’est pas rien
Le chiffre redessine la chronologie de la vie sur terre. L’équipe internationale menée par des chercheurs de Virginia Tech a daté l’apparition des mille-pattes à 460 millions d’années environ. Or les plus vieux fossiles attribués au groupe sont 35 millions d’années plus jeunes. L’animal a donc existé bien avant de laisser une trace lisible dans la roche.
Le contraste avec notre propre lignée est saisissant. Les premiers vertébrés à quitter l’eau pour la terre ne le feront que 80 millions d’années plus tard. À l’époque où les mille-pattes prennent pied, le décor est presque vide : pas de forêts, pas de fleurs, pas de plantes à graines. Juste des mousses en décomposition et une boue primordiale à la surface du globe.

Ce décalage de 460 à 380 millions d’années raconte une histoire que l’on résume rarement : la terre ferme a d’abord été colonisée par de très petits animaux discrets, pas par les héros à colonne vertébrale dont on peuple nos musées.
Des nettoyeurs avant l’heure des forêts
Loin d’être des figurants, ces premiers mille-pattes faisaient déjà tourner l’écosystème. Ils étaient des détritivores, autrement dit des recycleurs de matière morte, et le restent aujourd’hui. En broyant les débris végétaux, ils renvoient les nutriments dans le sol et entretiennent sa fertilité.
Sur une planète encore sans plantes à racines, ce rôle de décomposeur a compté. En digérant la matière organique qui s’accumulait, les mille-pattes ont contribué à préparer un sol viable, celui sur lequel les plantes, puis les animaux, finiront par s’installer. Les chercheurs parlent d’ingénieurs d’écosystème, et le terme n’a rien d’exagéré pour des bêtes qui travaillaient le substrat avant l’invention de la feuille.
Cette fonction n’a rien d’une curiosité ancienne. Aujourd’hui encore, les mille-pattes comptent parmi les détritivores les plus utiles du sol, ces recycleurs sans lesquels la litière des forêts s’accumulerait sans se transformer. Leur discrétion fait qu’on les remarque à peine, alors qu’ils tournent en continu sous nos pieds.

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Cette frise remet les pendules à l’heure. Quand on aligne les grandes étapes, on voit que l’animal a précédé de très loin son arme la plus connue, et que les vertébrés arrivent en retardataires sur une terre déjà occupée.
Les premières usines chimiques du vivant
Les mille-pattes sont célèbres pour une autre raison : leurs défenses chimiques. Beaucoup sécrètent des composés répulsifs, parfois à base de cyanure, qui collent aux doigts une odeur tenace et découragent les prédateurs. Le nouvel arbre généalogique permet de dater cette innovation : elle serait apparue il y a environ 260 millions d’années.
Le détail compte, car il dissocie deux histoires que l’on confond souvent. L’animal existe depuis 460 millions d’années, mais son arsenal chimique n’a suivi que 200 millions d’années plus tard. Comme le résume la présentation de l’étude, ces petites usines à substances actives ont d’abord été de simples recycleurs avant de devenir chimistes. De quoi nourrir l’intérêt des laboratoires pour ces molécules naturelles.
Comment on retrouve un animal qui n’a pas laissé de trace
Reconstituer une histoire vieille de presque un demi-milliard d’années tient de l’enquête. L’équipe a comparé des centaines de gènes sur 82 espèces de mille-pattes vivantes, puis a calé cet arbre sur 29 fossiles servant de repères temporels. Croiser l’ADN d’aujourd’hui et la pierre d’hier permet d’estimer l’âge de branches qui n’ont laissé aucun squelette.
Restait deux groupes fantômes, connus depuis plus d’un siècle mais jamais séquencés faute d’individus frais. Il a fallu aller les chercher sur le terrain, au Mexique et aux îles Canaries, pour compléter enfin la généalogie. Dix personnes ont mis une semaine à débusquer un seul spécimen de dix millimètres, d’abord pris pour un minuscule ver blanc.
Le travail a aussi corrigé de vieilles certitudes. L’un de ces groupes, longtemps tenu pour un ordre à part, s’est en réalité révélé niché au sein d’une lignée déjà connue, tandis que l’autre a enfin trouvé sa place à côté de ses plus proches parents. C’est la patience de ce genre d’enquête qui rend possible une datation aussi reculée : sans ces deux pièces manquantes, l’arbre restait incomplet.

La prochaine fois qu’un de ces animaux traverse le sol de votre cave ou s’enroule sous un pot du jardin, l’envie de l’écraser sera peut-être un peu moins forte. Vous avez devant vous le descendant d’une lignée qui foulait déjà la terre quand elle n’était qu’une croûte nue, et dont on n’a encore identifié qu’une fraction des espèces.
Questions courantes
De quand date l’apparition des mille-pattes ?
L’étude publiée dans Current Biology situe leur origine à environ 460 millions d’années, soit 35 millions d’années avant le plus vieux fossile connu du groupe et 80 millions d’années avant les premiers vertébrés terrestres.
Quand les mille-pattes ont-ils développé leurs défenses chimiques ?
Vers 260 millions d’années seulement, d’après la datation issue de ce nouvel arbre généalogique. L’animal existait donc bien avant son arsenal chimique à base de composés répulsifs, parfois cyanurés.
Combien existe-t-il d’espèces de mille-pattes ?
Plus de 14 000 espèces sont décrites à ce jour, mais les chercheurs estiment que des dizaines de milliers d’autres restent à découvrir, y compris près de chez nous.
Comment a-t-on daté un animal sans fossile aussi ancien ?
En comparant des centaines de gènes sur 82 espèces vivantes, puis en calant cet arbre sur 29 fossiles servant de repères temporels. La méthode estime l’âge de lignées qui n’ont laissé aucune trace directe.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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