Fragment de plaquette en terre cuite beige percé de quatre alvéoles circulaires à fond évasé, posé sur un fond neutre d’étude.

2 à 4 alvéoles, aucune certitude : l’objet gaulois de la Marne qui ressemble à un moule à monnaie

Une plaquette de terre cuite à alvéoles ramassée à Bussy-Lettrée (Marne) ressemble à un moule à flans monétaires. Sauf que les exemplaires les plus anciens de cette famille précèdent de 25 à 250 ans la généralisation du monnayage en Gaule, et que l’Inrap écrit ne pas avoir confirmé leur usage par analyse.

Un fragment de terre cuite percé d’alvéoles rondes dort dans les collections du musée d’Épernay. Ramassé sur le chantier de Bussy-Lettrée, dans la Marne, il porte par convention le nom de « lingotière », et l’archéologue de l’Inrap Bastien Dubuis a publié le 26 août 2026 une brève qui dit surtout ce qu’on ne sait pas de lui : à quoi il servait.

L’objet fait quelques centimètres et porte 2 à 4 alvéoles circulaires à fond évasé, en une ou plusieurs rangées. Il rappelle les grandes plaques à plusieurs dizaines d’alvéoles répandues sur le continent à la fin du second âge du Fer, dont l’usage « semble relatif à la production de monnaies frappées ». Sauf que certains exemplaires de cette petite série champenoise remontent au début ou au milieu du second âge du Fer, périodes où le monnayage « est inexistant ou encore peu répandu », écrit la brève de l’Inrap.

Deux hypothèses, et aucune analyse pour les départager

L’institut en formule deux, sans en privilégier aucune. La première : des « réceptacles destinés à produire de petites masses métalliques calibrées », autrement dit des moules à flans, ces palets de métal que l’on frappe ensuite pour en faire des monnaies. La seconde : « une fonction liée aux préparations médicinales (dosage de certains ingrédients ?) ». Le point d’interrogation figure dans le texte de Bastien Dubuis.

La ressemblance fait la force de la première hypothèse, et elle en fait aussi la faiblesse. Un atelier monétaire gaulois travaillait bien à partir de flans calibrés, comme le montre cette reconstitution filmée par un musée de la Somme.

Vidéo : Frappe de monnaies gauloises, reconstitution (Musée Alfred-Danicourt, Péronne)

La séquence montre le geste, pas l’objet de Bussy-Lettrée : rien n’établit à ce jour que les alvéoles de la plaquette champenoise aient jamais reçu du métal fondu. C’est exactement ce que l’analyse manquante devrait dire, en cherchant dans la terre cuite les résidus qu’un alliage chaud y aurait laissés.

Ce que la datation dit, et ce qu’elle ne dit pas

La brève ne donne aucune date absolue. Elle situe certains exemplaires « au début ou au milieu du second âge du Fer », soit une position dans une chronologie relative, tenue par le contexte de fouille et par la typologie du mobilier associé, pas par une mesure de laboratoire. L’Inrap fait courir cette période de 450 avant notre ère au changement d’ère.

Reste à savoir quand la monnaie frappée devient courante en Gaule. Sur ce point l’institut est net : « À partir du IIe siècle, les échanges connaissent une forte expansion », facilités par un monnayage qui se généralise dans toute la Gaule. Selon nos calculs, la fourchette de l’Inrap place donc les exemplaires les plus anciens 25 à 250 ans avant la généralisation du monnayage.

La fourchette donnée par l’Inrap, début ou milieu du second âge du Fer, place ces plaquettes 25 à 250 ans avant la généralisation du monnayage en Gaule. Limite : l’institut indique une phase, pas une date absolue, et le repère « milieu » est le point médian de la période 450 av. n. è. / changement d’ère, calculé par AAP.
La fourchette donnée par l’Inrap, début ou milieu du second âge du Fer, place ces plaquettes 25 à 250 ans avant la généralisation du monnayage en Gaule. Limite : l’institut indique une phase, pas une date absolue, et le repère « milieu » est le point médian de la période 450 av. n. è. / changement d’ère, calculé par AAP.
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L’amplitude est ici l’information : selon que la plaquette tombe au début ou au milieu de la période, elle devance la monnaie généralisée d’un quart de siècle ou de deux siècles et demi. Deux ordres de grandeur, deux histoires différentes.

Repères chronologiques de l’âge du Fer gaulois, en années avant notre ère (Inrap ; point médian et écarts calculés par AAP)
RepèreDateAvance sur la généralisation du monnayage
Début du second âge du Fer450 av. n. è.250 ans
Milieu du second âge du Fer (point médian)225 av. n. è.25 ans
Monnayage généralisé dans toute la Gauleà partir du IIe siècle av. n. è.référence

Ces repères ne datent pas le fragment de Bussy-Lettrée lui-même : la brève n’en publie ni la phase précise ni le contexte stratigraphique, et parle d’une famille d’objets, pas d’une pièce isolée.

Série AAP : nous mesurions le 25 juillet 2026, sur le sanctuaire gaulois d’Allonnes (Sarthe), qu’une monnaie sur trois avait été mutilée avant d’être déposée. Là, on savait ce qu’était l’objet sans comprendre pourquoi on l’abîmait ; ici, on ignore jusqu’à sa fonction.

De la Champagne à la Bourgogne, sous trois noms

Ces plaquettes ne sont pas une curiosité isolée de la Marne. On les rencontre « en Champagne comme en Bourgogne », et les fouilleurs les appellent tour à tour « lingotières », « doigtiers » ou « mouilles-doigts » : trois noms pour trois usages supposés, qui disent bien l’embarras. Le fragment photographié par V. Riquier est conservé au Musée du vin de Champagne et d’Archéologie régionale, à Épernay.

Chantier de fouille préventive sur un sol crayeux de plaine champenoise, avec fosses circulaires dégagées et grille de piquets.
Ces plaquettes à alvéoles se rencontrent en Champagne comme en Bourgogne, sans que leur usage soit tranché.

Les petits objets de fouille ne livrent pas tous leur usage aussi vite que les dés à jouer romains de Grand, dans les Vosges. Pesons et fusaïoles se lisent d’un coup d’œil et tracent l’activité textile ; les plaquettes à alvéoles, elles, résistent depuis des décennies de fouilles.

La brève appartient aux « Brèves gauloises » de la saison gauloise de l’Inrap, dixième saison scientifique et culturelle de l’institut, ouverte en mars 2026 et consacrée à l’âge du Fer.

Sur le fragment de Bussy-Lettrée (Marne), l’Inrap écrit le 26 août 2026 que l’hypothèse du moule à flans n’est « pas encore confirmée par analyse physico-chimique », alors que les exemplaires les plus anciens de cette famille précèdent de 25 à 250 ans la généralisation du monnayage en Gaule. Cette analyse n’a pas été faite, et rien dans la brève n’indique qu’elle soit programmée.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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