![]()
Sur la butte de Saint-Georges-de-Didonne, à l’entrée de l’estuaire de la Gironde, un terrain nu attend ses logements sociaux et porte un nom que plus personne n’interroge : Le Châta. Dessous, l’Inrap a fouillé 6 475 m² et dégagé les douves du château de Didonne, dont il ne subsiste rien d’autre, écrit l’institut dans son communiqué du 18 août 2026, que « le toponyme Le Châta et, surtout, un réseau de douves imposantes ».
Un bâtiment entier peut donc s’effacer d’un village sans laisser de ruine, sans pan de mur, sans tour tronquée. Celui de Didonne tenait pourtant l’entrée de l’estuaire : les textes attestent son existence dès le XIe siècle et son rôle stratégique pendant la guerre de Cent Ans. Le sol, lui, n’a gardé que le vide qu’il occupait.
Ce que la fouille a mesuré, et ce qu’elle suppose
Les dimensions relevées sont celles d’une place forte. La douve interne fait près de 15 m de large pour une profondeur d’au moins 6,50 m. Son escarpe porte un talus enroché large d’au moins 10 m, maintenu par un enrochement en escalier sur toute sa hauteur, au moins 5 m.
La réserve méthodologique tient en quatre mots. Cette profondeur est établie « par rapport à un pied de courtine supposé » : la courtine a disparu, sa position est restituée, le chiffre est donc un minimum adossé à une hypothèse. La datation suit la même prudence, l’Inrap plaçant la construction « au plus tard au XIIe siècle », une borne et non une date.
Pourquoi le château s’est effacé, en revanche, aucune source ne le dit. Le communiqué décrit ce qui sort de terre et s’arrête là : pas de démolition datée, pas d’incendie, pas d’abandon documenté. La seconde douve, elle, se laisse lire sans commentaire.

Reprendre ce graphique ou citer ce chiffre
Citez ce chiffre en mentionnant Actu Alt Plus :
Ou réutilisez ce graphique librement sur votre site, attribution incluse :
Le fossé externe affiche la même largeur que l’interne pour 2,70 m de fond seulement. L’un portait la défense, l’autre balisait l’emprise du pôle seigneurial.
Une fouille commencée en 2013, reprise treize ans plus tard
Le chantier de cet été a un antécédent. La fiche de site de l’Inrap indique qu’un diagnostic a couvert 16 000 m² en 2012, qu’une première fouille de 3 000 m² s’est tenue du 9 avril au 11 juin 2013 sous la même responsable scientifique, Catherine Vacher, et qu’une seconde phase était alors annoncée sur le reste de l’emprise.
Selon nos calculs, les deux campagnes s’additionnent. Le château disparu de Didonne aura livré 9 475 m² fouillés en deux campagnes séparées de treize ans, 3 000 m² en 2013 et 6 475 m² annoncés par l’Inrap le 18 août 2026, sur les 16 000 m² diagnostiqués en 2012. Soit 59 % de l’emprise repérée au départ, répartie sur deux fiches que rien ne relie.
Entre les deux, l’aménageur a changé (Vilogia en 2013, la SA Noalis en 2026), le programme non : un lotissement d’abord, des logements sociaux ensuite. Le calendrier d’un château médiéval est ici celui d’un permis de construire.

Le village qui vivait au pied de la forteresse sort avec elle. Les archéologues ont enregistré des silos destinés aux récoltes, des trous de poteau signalant des constructions en bois, un réseau de fossés et au moins deux puits. Une partie de la butte de Didonne était occupée dès la période carolingienne.
Ce qu’il en restera quand les immeubles seront là
Rien ne sera conservé sur place. La fouille intervient « en amont de l’aménagement de logements sociaux » : le terrain revient à l’aménageur une fois les relevés terminés, et le site poursuivra son existence en plans, en photogrammétries et en caisses de mobilier. La conservation passe par l’enregistrement, pas par le sol.
C’est le régime ordinaire de l’archéologie française, celle qui ne choisit pas ses terrains. L’institut a réalisé 1 874 diagnostics pour 215 fouilles en 2023 selon ses chiffres clés, soit une fouille pour près de neuf sondages : l’essentiel du métier consiste à vérifier des parcelles où il n’y aura rien. Didonne appartient au reste, comme un menhir retourné devant public ou les sépultures sous une cour d’école à Dijon.
Reste le nom. Le Châta aura duré plus longtemps que les maçonneries qu’il désignait, et il figurera encore sur le cadastre quand les immeubles seront livrés.
Les 29 et 30 août, de 10 h à 12 h et de 14 h à 16 h, l’Inrap a ouvert le chantier aux visiteurs. Ce sont les dernières personnes à avoir vu le château de Didonne, c’est-à-dire son creux.
Votre réaction :
Article créé en collaboration avec l’IA.
Les plus lus
- 1
Taratata 600 : la date d’enregistrement et celle de diffusion - 2
Mondiaux de cyclisme : le maillot arc-en-ciel rapporte 8 000 euros, moins qu’une étape du Tour - 3
Prix du roman Fnac 2026 : « C’était ça ou mourir » lauréat - 4
Résultats des évaluations nationales 2026, dès le 21 septembre - 5
Résultat du Super Loto du 18 septembre : 13 millions gagnés
Nos dossiers
- France395
- Science272
- Culture193
- Consommation173
- Patrimoine165
- Santé publique164
- IA162
- Sport159
Recevez notre sélection dans votre boîte mail
Le meilleur d’Actu Alt Plus : décryptages, chiffres et panoramas. Désinscription en 1 clic, zéro spam.

