
Sommaire
Décryptage
Extraire un gramme d’or propre tient longtemps de la contradiction : derrière le métal se cachent presque toujours du cyanure pour le détacher de la roche, et de l’arsenic qui reste sur les bras. Sauf qu’un procédé mis au point au Québec vient de ramener la part toxique des résidus de 7 % à 0,17 % dans une série d’essais, tout en isolant l’arsenic sous forme de verre inerte. Pendant ce temps, à l’autre bout de la chaîne, l’orpaillage illégal de Guyane déverse encore près de 13 tonnes de mercure par an dans les rivières. Un même métal, deux mondes.
En bref
- Dans les essais de Freegold, le procédé québécois a isolé 98 % de l’arsenic en verre inerte et fait tomber la part toxique des résidus de 7 % à 0,17 %, quand l’orpaillage guyanais rejette environ 13 tonnes de mercure par an.
- L’extraction se passe de cyanure : hypochlorite et hypobromite de sodium, à température ambiante, en 2 heures contre 36 pour la cyanuration classique, en boucle fermée.
- Le concentré obtenu récupère 95 % de l’or et part directement à la fonderie, sur le gisement de Golden Summit, en Alaska.
- En Guyane, environ 4,3 tonnes d’or illégal ont été extraites en 2024 ; il faut 1,3 kg de mercure par kilo d’or, et plus de 1 800 km de cours d’eau sont déjà contaminés.
Un extracteur d’or qui se passe de cyanure
Le point de départ est une entreprise chimique québécoise, Dundee Sustainable Technologies, qui a industrialisé une façon de détacher l’or sans le poison habituel. Son procédé de lixiviation emploie de l’hypochlorite et de l’hypobromite de sodium, deux cousins de l’eau de Javel, à pression et température ambiantes.
Concrètement, là où la cyanuration en cuve (la lixiviation, c’est-à-dire le lessivage chimique du minerai) demande environ 36 heures, ce circuit dissout l’or en 2 heures. Le tout fonctionne en boucle fermée : les réactifs sont recyclés à l’intérieur du circuit au lieu d’être rejetés.
Ce détail change la conception même d’une mine. Sans cyanure, on peut se passer des bassins de résidus, ces lacs artificiels qui stockent et traitent lentement les effluents et que la moindre crue, un séisme ou un glissement de terrain peut faire déborder.
Ce n’est pas un détail de coût. En Amérique du Nord, l’obtention des permis environnementaux d’une mine prend en moyenne de 8 à 20 ans, le temps d’évaluer les risques pour l’air, les bassins-versants et la faune. Alléger la charge toxique en amont, c’est aussi désamorcer une partie de ces contrôles, et donc du temps et de l’argent.

L’arsenic transformé en verre
L’autre poison des mines d’or, c’est l’arsenic, souvent piégé dans le même minerai. La brique brevetée de Dundee, baptisée GlassLock, s’attaque précisément à lui.
Le principe est net : mélangé à de la silice, du verre recyclé et de l’hématite, l’arsenic est vitrifié, autrement dit figé dans un verre stable et insoluble. Sous cette forme, il ne se dissout plus dans l’eau et peut être retiré puis stocké sans relâcher sa toxicité.
Les chiffres viennent d’un test mené par la société Freegold Ventures sur son projet Golden Summit, en Alaska, l’un des plus gros gisements d’or non exploités des Amériques, avec environ 30 millions d’onces. Le procédé y a récupéré 95 % de l’or, isolé 98 % de l’arsenic en verre inerte, et ramené la toxicité des résidus de 7 % à 0,17 %.

Reprendre ce graphique
Réutilisez ce graphique librement sur votre site, en citant Actu Alt Plus. Copiez le code ci-dessous :
Le tableau ci-dessous résume ce que gagne, sur le papier, un minerai passé par ce circuit plutôt que par la cyanuration classique.
| Indicateur (essais Freegold et Dundee) | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Durée de contact, sans cyanure | 2 h (contre 36 h) | Dundee |
| Or récupéré | 95 % | Freegold |
| Arsenic isolé en verre inerte | 98 % | Freegold |
| Part toxique des résidus | 7 % puis 0,17 % | Freegold |
Ce que ça pèse face au mercure guyanais
Reste à savoir ce que cette chimie propre change là où la pollution de l’or fait le plus de dégâts. En France, ce terrain a un nom : la Guyane, où l’orpaillage illégal est devenu le premier vecteur de déforestation et de contamination du Plateau des Guyanes.
Le poison n’y est pas le cyanure mais le mercure, utilisé pour agglomérer les paillettes. Selon le WWF France, il faut environ 1,3 kg de mercure par kilo d’or, dont près de 30 % finissent dispersés dans l’air et l’eau. Sur une production illégale longtemps estimée autour de 10 tonnes d’or par an, cela représentait de l’ordre de 13 tonnes de mercure déversées chaque année.
Les traces sont durables. Jusqu’en 2015, le WWF estimait déjà à plus de 12 000 hectares la forêt détruite et à plus de 1 800 km les cours d’eau pollués par le mercure, qui se transforme dans l’eau en un composé neurotoxique. La production illégale a reflué, avec environ 4,3 tonnes d’or en 2024, mais le stock de contamination, lui, reste.
Face à cela, la réponse française se joue surtout sur le terrain. En 2024, un réseau de « gardiens du Haut-Maroni » a vu le jour, coordonné par le WWF Guyane avec l’appui de l’Office français de la biodiversité, pour suivre les écosystèmes abîmés et collecter des données là où l’État peine à se rendre.

Une piste industrielle, pas une baguette magique
Il faut être honnête sur la portée de l’innovation québécoise. Elle vise les mines industrielles, encadrées, qui cherchent à alléger cyanure et arsenic ; elle ne s’installera pas sur les sites clandestins d’un fleuve guyanais. Chez Freegold, le procédé en est encore au stade de la préfaisabilité, pas de la production de masse.
Son intérêt est ailleurs : montrer qu’une extraction sans cyanure, avec l’arsenic verrouillé dans du verre, n’est plus une hypothèse de laboratoire mais une option testée à l’échelle industrielle. C’est autant de bassins de résidus en moins à surveiller, et un argument de plus pour resserrer la réglementation partout où l’or se ramasse encore au prix de l’eau.
La vraie bataille guyanaise reste, elle, policière et diplomatique, sur des fleuves partagés avec le Suriname et le Brésil, plus que chimique. Mais chaque tonne d’or extraite proprement ailleurs déplace la norme : elle prouve que l’industrie peut faire sans cyanure, et rend d’autant moins défendable de continuer à faire avec le mercure.
Méthode et limites : les rendements (95 % d’or, 98 % d’arsenic, toxicité 7 % puis 0,17 %) proviennent d’essais métallurgiques de Freegold sur le gisement Golden Summit, en phase de préfaisabilité ; ils ne préjugent pas d’un rendement identique à pleine échelle. Les chiffres guyanais sont des estimations du WWF, l’orpaillage illégal échappant par nature à toute mesure exacte.
Questions courantes
Le cyanure est-il vraiment indispensable pour extraire l’or ?
Historiquement, la cyanuration reste la méthode dominante. Le procédé québécois montre qu’un oxydant plus doux, à base d’hypochlorite et d’hypobromite de sodium, peut le remplacer sur certains minerais, en 2 heures au lieu de 36.
Qu’est-ce que la vitrification de l’arsenic ?
C’est le fait de figer l’arsenic dans un verre stable et insoluble, mélangé à de la silice et du verre recyclé. Sous cette forme, il ne se dissout plus dans l’eau et devient plus facile à stocker.
Ce procédé résout-il l’orpaillage au mercure en Guyane ?
Non, pas directement. Il vise les mines industrielles ; les sites illégaux guyanais utilisent le mercure et échappent à ce type d’installation encadrée.
Pourquoi le mercure est-il si dangereux dans les rivières ?
Sous l’effet de l’acidité de l’eau, il se transforme en un composé neurotoxique qui s’accumule dans la chaîne alimentaire, jusqu’aux poissons consommés par les populations.
Combien d’or illégal sort de Guyane ?
Environ 4,3 tonnes en 2024, contre de l’ordre de 10 tonnes par an dans les années 2010, selon le WWF.
Le procédé est-il déjà déployé partout ?
Non. Il en est au stade de la préfaisabilité chez Freegold, sur le gisement Golden Summit en Alaska, tandis que Dundee industrialise la brique GlassLock.
Votre réaction :
Article créé en collaboration avec l’IA.
Les plus lus
- 1
Grève easyJet : un préavis sans aucune date, et une loi qui ne prévient les passagers que 24 heures avant - 2
L’Odyssée de Nolan en IMAX 70 mm : la seule salle de France est à Montpellier - 3
Musées gratuits le premier dimanche du mois : la règle et les pièges - 4
Conseillers numériques : le budget passe de 40 à 14 millions d’euros, et les démarches bloquent toujours - 5
600e de Taratata : ce que France 2 a rediffusé jeudi soir avait été tourné dix mois plus tôt
Nos dossiers
- France486
- Santé208
- Science207
- Prévention195
- Culture184
- Consommation178
- Biodiversité171
- IA149
Recevez notre sélection dans votre boîte mail
Le meilleur d’Actu Alt Plus : décryptages, chiffres et panoramas. Désinscription en 1 clic, zéro spam.

