Techniciens en combinaison intégrale blanche et masque, autour d’une sonde planétaire recouverte de film doré dans une salle blanche d’assemblage.

Un microbe rapporté de l’espace appartiendrait à qui ? Le traité de 1967 ne le dit pas

Trois chercheurs en affaires internationales ont publié le 1er septembre 2026 une analyse du vide juridique qui entourerait la découverte d’un micro-organisme extraterrestre. Vérification faite, le traité de 1967 dit bien ce qu’ils en disent, mais leur parallèle avec le traité de Budapest ne tient pas tel quel.

Mise en perspective

Avril 2030, orbite de Jupiter : la sonde américaine Europa Clipper commencera à survoler une lune couverte de glace pour établir si elle réunit les conditions d’un milieu habitable. Trois chercheurs en affaires internationales ont publié le 1er septembre 2026 une analyse qui pose la question d’après : si une mission rapportait un jour un micro-organisme qui ne vient pas de la Terre, aucun texte en vigueur ne dit à qui il appartiendrait.

La tribune est signée par Margaret Kosal et Dayana Alagirova, du Georgia Institute of Technology, et par Karryl Kim Sagun Trajano, de la Nanyang Technological University de Singapour. Leur texte a paru dans The Conversation avant d’être repris par l’agence UPI : c’est une analyse d’experts, pas un article évalué par les pairs ni une position officielle d’agence spatiale. Ils ne décrivent pas une découverte : ils décrivent le vide qui l’accueillerait.

Le traité de l’espace, que la France a ratifié le 19 juin 1970, aura 62 ans quand Europa Clipper atteindra Jupiter en avril 2030, et aucun de ses articles ne dit à qui appartiendrait un micro-organisme rapporté d’ailleurs. Selon nos calculs, l’écart se creuse encore avec la sonde européenne JUICE : 63 ans de droit inchangé au moment de son arrivée annoncée pour juillet 2031.

Salle de conférence internationale vide, rangées incurvées de pupitres en bois clair avec micros et cabines d’interprétation vitrées au fond.
Le dernier texte multilatéral sur l’espace est entré en vigueur en octobre 1967 : rien n’a été négocié depuis sur la propriété d’un organisme extraterrestre.

Reste à savoir ce que ce traité contient vraiment, ce qu’il laisse de côté et jusqu’où trois universitaires peuvent aller sans sortir de leur rôle.

Le fait

Le seul cadre juridique du dossier est court et il est ancien. L’Assemblée générale des Nations unies l’a adopté par la résolution 2222 (XXI) en 1966, il a été ouvert à la signature en janvier 1967 et est entré en vigueur en octobre de la même année, indique la fiche de l’UNOOSA, qui en résume les principes : usage pacifique, responsabilité des États pour les activités de leurs entreprises, interdiction de la contamination nuisible. Deux autres principes de la même liste pèsent ici : l’exploration et l’usage de l’espace se font dans l’intérêt de tous les pays et relèvent de l’apanage de l’humanité tout entière, et chaque État répond des activités spatiales menées depuis son territoire, y compris par des entreprises privées.

Deux articles portent tout le poids de la question. L’article II interdit toute appropriation nationale de l’espace et des corps célestes, par proclamation de souveraineté comme par utilisation ou occupation ; l’article IX demande aux États d’éviter une contamination nuisible et de se consulter avant une activité susceptible de gêner l’exploration pacifique des autres, dans le recueil onusien des traités. Les trois auteurs relèvent que ni l’un ni l’autre ne traite de la propriété d’un organisme extraterrestre, des risques de biosécurité, ni de qui pourrait l’exploiter, le conserver ou le détruire.

Notre regard

Les auteurs se gardent de prédire et posent trois issues possibles. Coopérative : les États s’entendent pour encadrer la recherche, partager les données et protéger la planète. Compétitive : ils cherchent la supériorité technologique et tentent de monopoliser l’accès aux micro-organismes. Isolationniste : ils coupent leur participation à la coopération internationale par crainte biosécuritaire.

Le rapport de forces s’est déjà déplacé vers les acteurs privés. Environ 60 % des satellites en orbite terrestre appartiennent à Starlink, filiale de SpaceX, entreprise qui a déjà choisi de bloquer sélectivement l’accès à son service, écrivent les trois chercheurs : celui qui tient le tuyau tient aussi la donnée. Le texte de 1967 a été déposé auprès de trois gouvernements dépositaires, aujourd’hui la Fédération de Russie, le Royaume-Uni et les États-Unis : il a été écrit pour un monde d’États, pas pour un opérateur privé détenant la majorité des satellites en orbite. Le précédent le plus concret est déjà derrière nous, puisqu’il a fallu quatre ans pour corriger l’attribution d’un étage de fusée retrouvé en cratère sur la Lune.

La nuance

Un argument du texte demande une correction. Les auteurs opposent au vide spatial le traité de Budapest, présenté comme interdisant de revendiquer la propriété d’un microbe naturel présent sur Terre. Le résumé qu’en donne l’OMPI dit autre chose : conclu en 1977, ce traité organise la reconnaissance internationale du dépôt de micro-organismes aux seules fins de la procédure de brevet, un dépôt auprès d’une autorité internationale valant devant les offices de tous les États contractants. Il en recensait 53 au 24 février 2026 et ne tranche pas la propriété d’un microbe sauvage : le parallèle éclaire l’absence de règle spatiale, il ne prouve pas qu’une règle terrestre équivalente existe.

Deuxième réserve, aucune des deux sondes en vol ne part chercher de la vie. La NASA assigne à Europa Clipper de déterminer si Europe réunit des conditions propices à la vie et annonce 49 survols rapprochés de la lune, sur sa fiche de mission ; l’ESA décrit pour JUICE une caractérisation de Ganymède, Callisto et Europe comme objets planétaires et habitats possibles.

Le seul élément matériel versé au dossier est un composé chimique, pas un organisme. Les échantillons d’astéroïde rapportés par la sonde japonaise Hayabusa2 ont livré de l’uracile, l’une des briques de l’ARN, rappellent les auteurs. Le risque inverse, lui, est documenté depuis longtemps : une mission emporte ses propres bactéries, et la NASA sait qu’elle ne peut pas stériliser un astronaute.

À surveiller

Deux échéances sont posées et elles ne bougeront pas de sitôt. Europa Clipper, lancée le 14 octobre 2024, doit encore parcourir une partie des 2,9 milliards de kilomètres de son trajet et atteindre Jupiter en avril 2030 ; JUICE, lancée le 14 avril 2023, y arrivera en juillet 2031 d’après la page de mission de l’ESA. Les auteurs citent aussi Encelade, lune de Saturne, parmi les cibles des missions futures de détection de vie.

La France applique déjà ce cadre en droit interne. Elle a ratifié le traité le 19 juin 1970, selon le dossier législatif du Sénat, et sa loi relative aux opérations spatiales de juin 2008 transpose ces engagements en droit interne : le CNES contrôle la conformité technique des demandes, et plus de 150 autorisations de systèmes en orbite ont été délivrées depuis. Aucun de ces textes ne dit ce qu’il faudrait faire d’un échantillon vivant.

Ramenées à une même échelle, les durées du dossier se lisent d’un coup d’œil.

Le seul cadre juridique applicable tourne depuis près de 59 ans, quand les deux sondes en route mettront moins de neuf ans à rejoindre Jupiter. Durées en années décimales, calculées à partir des dates annoncées par l’UNOOSA, la NASA et l’ESA et arrêtées au 2 septembre 2026 pour le traité ; le traité de Budapest est compté depuis sa conclusion en 1977, seule date donnée par l’OMPI.
Le seul cadre juridique applicable tourne depuis près de 59 ans, quand les deux sondes en route mettront moins de neuf ans à rejoindre Jupiter. Durées en années décimales, calculées à partir des dates annoncées par l’UNOOSA, la NASA et l’ESA et arrêtées au 2 septembre 2026 pour le traité ; le traité de Budapest est compté depuis sa conclusion en 1977, seule date donnée par l’OMPI.
Reprendre ce graphique ou citer ce chiffre

Citez ce chiffre en mentionnant Actu Alt Plus :

Ou réutilisez ce graphique librement sur votre site, attribution incluse :

La lecture du graphique tient dans un rapport simple : le cadre juridique tourne depuis plus de sept fois la durée du plus long des deux voyages en cours.

Le calendrier, lui, est déjà écrit. D’ici l’arrivée des deux sondes autour de Jupiter, les trois chercheurs plaident pour que les décideurs jouent les scénarios comme on joue une manœuvre militaire, plutôt que de miser sur une prédiction unique, une méthode qu’ils rapprochent du wargaming pratiqué par les états-majors.

Votre réaction :

Article créé en collaboration avec l’IA.

Les plus lus

  1. 1Taratata 600 : la date d’enregistrement et celle de diffusionTaratata 600 : la date d’enregistrement et celle de diffusion
  2. 2Résultat du Super Loto du 18 septembre : 13 millions gagnésRésultat du Super Loto du 18 septembre : 13 millions gagnés
  3. 3Steam Frame, 72 heures pour acheter après le tirage au sortSteam Frame, 72 heures pour acheter après le tirage au sort
  4. 4Nouveau félin : le tilcayo, premier chat décrit depuis un siècleNouveau félin : le tilcayo, premier chat décrit depuis un siècle
  5. 5Résultats des évaluations nationales 2026, dès le 21 septembreRésultats des évaluations nationales 2026, dès le 21 septembre

Nos dossiers

Recevez notre sélection dans votre boîte mail

Le meilleur d’Actu Alt Plus : décryptages, chiffres et panoramas. Désinscription en 1 clic, zéro spam.

Avatar illustré de Malik, voix éditoriale d'Actu Alt Plus
Malik

« Malik » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Monde & Pop Monde : l’actualité internationale reliée à la France, avec ce qu’elle change ici.

Articles: 272