
Le chiffre
Publié le 5 juillet 2026 · Mis à jour le 6 juillet 2026 à 16h01
À Marcetelli, minuscule commune de la province de Rieti, on ne voit presque plus les toits. Les arbres ont tout gagné : ils couvrent aujourd’hui 94 % du territoire du village. Cette image, un rapport italien vient d’en faire un symbole national. Pour la première fois depuis le Moyen Âge, la forêt italienne s’étend désormais sur une surface supérieure aux terres agricoles.
94%du sol boisé à Marcetelli (Rieti)
Le chiffre a été révélé cette semaine par un rapport de l’Union nationale des communes et entités de montagne (UNCEM). Les forêts recouvrent aujourd’hui près de 60 000 miles carrés de la péninsule, soit environ 155 000 kilomètres carrés, concentrés surtout dans les reliefs. Le jalon, lui, était atteint depuis 2020 : personne ne l’avait encore mis en mots.

Nous avons l’habitude d’associer la forêt qui gagne à une bonne nouvelle, et à Marcetelli, elle en est une. Les arbres y stockent le carbone, filtrent l’eau et l’air, retiennent les sols contre l’érosion. Le rapport chiffre même le service rendu : pour obtenir la même chose avec des solutions industrielles, il faudrait dépenser près de 9,5 millions de dollars. La nature, elle, le fait sans facture.
Une reforestation qui vient d’un abandon
Mais ces forêts ne sont pas sorties de nulle part. Elles poussent là où des familles cultivaient et faisaient paître leurs bêtes. Depuis vingt ans, les jeunes des campagnes de montagne partent vers les grandes villes ; les terres marginales sont délaissées, les petits bourgs se vident, parfois après des siècles d’habitation continue. L’Italie du Nord et du Sud héberge trois quarts de sa surface boisée dans ses régions montagneuses, où ne vivent que 13,5 % des habitants. Le vert avance parce que les hommes reculent. Le mouvement n’est pas à sens unique pour autant : depuis 2021, 932 communes italiennes ont retrouvé un solde migratoire positif, et beaucoup se trouvent justement dans des zones très boisées, comme si le désir de vivre près de la nature commençait à ramener du monde.
Forêt italienne 1re surface
Terres agricoles 2e surface
Surfaces comparées, rapport UNCEM (jalon atteint en 2020, révélé en 2026). Limite : une forêt qui gagne ne garantit ni sa santé ni la vitalité des villages qu’elle recouvre.
Le paradoxe est là, entier. Cette poussée forestière offre de vrais refuges à des espèces vulnérables, comme l’ours brun marsicain, qui ne survit plus que dans les Apennins centraux. Elle ouvre aussi des perspectives d’écotourisme et de sylviculture douce. Mais elle reste le symptôme d’un dépeuplement rural, pas d’un projet écologique choisi. Et une forêt livrée à elle-même n’est pas forcément une forêt en bonne santé : l’été 2025 a vu près de 94 000 hectares partir en fumée en Italie, presque le double de 2024.

Le mouvement n’a rien d’exclusivement italien. Ailleurs en Europe, la nature reprend du terrain selon les mêmes logiques. En France aussi, la forêt s’étend sur le long terme, portée en partie par la déprise des campagnes les plus difficiles à exploiter. Chez nos voisins comme chez nous, la même leçon se lit sous les branches : quand les arbres reprennent du terrain, c’est souvent qu’une manière d’habiter la montagne est en train de disparaître. Reste à savoir ce que l’on veut faire de ces forêts neuves, avant que le silence des villages ne devienne définitif.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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