Plan de travail de cuisine avec filets de saumon crus, bocal de haricots blancs, pomme, jeunes pousses et planche à découper, aucune personne dans le cadre.

4,91 dollars la portion : le ministre américain de la Santé cuisine, la presse recompte

Le HHS a lancé fin juillet une série de cuisine animée par son secrétaire, avec des repas annoncés sous les 5 dollars la portion. Le Washington Post a refait les courses et trouvé 18,36 dollars. Nous rapportons les deux chiffres au budget alimentaire réel, puis au modèle français.

Le plan de travail est celui d’une cuisine de studio : du saumon sauvage d’Alaska, des haricots blancs, une pomme. En bas de l’image, un bandeau affiche le prix du plat, 4,91 dollars la portion.

C’est la recette inaugurale de The Real Food Show, la série de cuisine en ligne que le ministère américain de la Santé (HHS) a annoncée le 30 juillet et que son secrétaire, Robert F. Kennedy Jr., anime lui-même (communiqué du HHS). Les épisodes sont publiés sur YouTube et relayés par une page du ministère, la mise en ligne datant du 31 juillet (selon Tubefilter). Chaque numéro associe un chef à une recette censée traduire en assiettes les repères nutritionnels fédéraux révisés en janvier. Le premier reçoit le chef Andrew Gruel autour de croquettes de saumon et d’une salade pomme, haricots blancs et jeunes pousses ; le chef Robert Irvine est annoncé pour la suite (chefs annoncés). L’objectif affiché : des repas à moins de 5 dollars la portion, « quand c’est possible ».

« Une solution de riche à un problème de pauvre »

Une semaine plus tard, la chroniqueuse du Washington Post Monica Hesse a publié une charge dont le titre résume l’argument : l’émission serait une solution de riche à un problème de pauvre. Sa méthode : refaire les courses de la recette dans un supermarché en ligne du Maryland. Total du panier, 73,46 dollars, soit environ 18,36 dollars la portion, près de quatre fois le prix affiché à l’écran (le détail du panier). L’écart vient d’une convention de calcul : le décompte à l’écran ne retient que la fraction d’ingrédient utilisée, quelques centimes d’oignon rouge ou de moutarde, quand le client repart avec le pot entier.

Reste à savoir à quel budget on compare. Le programme d’aide alimentaire SNAP versera en moyenne 188 dollars par personne et par mois sur l’exercice 2026, estime le CBPP. En divisant ce montant par 30,4 jours puis par trois repas, selon nos calculs, un bénéficiaire dispose d’environ 2,06 dollars par repas : la portion à 4,91 dollars affichée dans l’émission vaut donc 2,4 fois ce budget, et les 18,36 dollars du panier recomposé par le Washington Post, 8,9 fois.

L’argument a ses limites, et il faut les poser. Le ministère écrit « quand c’est possible », pas « toujours » ; compter les ingrédients au prorata est la norme dans l’édition de recettes, qui suppose un placard déjà garni ; et l’émission ne prétend pas remplacer une politique sociale. Un contrepoint circule d’ailleurs dans la couverture du lancement : plus de la moitié des hommes et près de trois quarts des femmes cuisinent déjà régulièrement chez eux, selon une étude de 2023, ce qui affaiblit l’idée d’un art perdu. Ce que le calcul de la chroniqueuse déplace, ce n’est pas la valeur de la cuisine maison : c’est la question de savoir qui porte le coût du « mieux manger », le foyer ou l’offre. Le même partage traverse les 239 procès recensés contre les géants de l’agroalimentaire.

Ligne de self d'une cantine scolaire vide, comptoir en inox, plateaux empilés et vitrine réfrigérée garnie de salades et de fruits, sans personne.
Côté français, l’obligation ne pèse pas sur le mangeur mais sur l’acheteur public : 29,4 % des cantines déclarantes atteignent le double seuil EGalim.

Chez nous, la question est posée à l’envers

La France a choisi l’autre bout de la chaîne : plutôt qu’apprendre à cuisiner au consommateur, elle contraint l’offre et la commande publique. La loi EGalim impose depuis 2022 aux cantines 50 % de produits durables et de qualité, dont 20 % de bio. Le bilan officiel publié en 2025 sur les achats 2024 recense 33 797 cantines déclarantes (40 % des sites), avec 29,5 % d’achats durables et 11,8 % de bio ; 29,4 % des établissements atteignent le double objectif. Autrement dit, nous avons calculé l’envers du taux : 70,6 % des cantines déclarantes n’y sont pas. Côté étiquetage, le Nutri-Score reste volontaire, même si l’Assemblée nationale a voté le 7 novembre 2025 des amendements le rendant obligatoire sur les emballages, contre l’avis du gouvernement et sans l’accord du Sénat. Les mêmes travaux parlementaires lient cette bataille à l’encadrement de la publicité alimentaire visant les enfants et les adolescents.

Mis côte à côte, les deux dispositifs ne visent pas la même cible, et c’est tout le débat.

Deux façons de viser la même assiette : l’injonction individuelle et la régulation de l’offre.
LevierÉtats-Unis, The Real Food ShowFrance, EGalim et Nutri-Score
OutilSérie de cuisine en ligne animée par le ministreSeuils d’achat imposés aux cantines, étiquetage nutritionnel
CibleLe foyer, dans sa cuisineL’offre et la commande publique
Chiffre affichéMoins de 5 dollars la portion (4,91 à l’écran)50 % de produits durables, dont 20 % de bio
Ce que mesure le contrôle18,36 dollars la portion au panier réel (Washington Post, 6 août)29,4 % des cantines déclarantes au double objectif (achats 2024)
Statut juridiqueIncitatif, aucune obligationObligation légale depuis 2022 ; Nutri-Score encore volontaire

Les deux approches butent d’ailleurs sur le même terrain : l’écart entre la règle affichée et l’assiette servie. Une portion à 4,91 dollars qui en coûte 18 et un seuil de 50 % que deux tiers des cantines n’atteignent pas racontent la même chose. Reste une différence de nature : l’une demande au mangeur de mieux faire, l’autre au fournisseur. Quand vous regardez une émission de cuisine ministérielle, la vraie question n’est pas de savoir si la recette est bonne. C’est de savoir qui est censé changer.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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