
À 9,2 kilomètres du sommet, Kasia Niewiadoma-Phinney s’est dressée sur les pédales et n’a plus regardé derrière elle. Le Ventoux a fait le reste : la route se cabre, les arbres disparaissent, le caillou blanc renvoie la chaleur en pleine figure. Vendredi 7 août, la Polonaise a franchi seule la ligne à 1 912 mètres, avec 1 min 16 s d’avance sur Demi Vollering, et a pris le maillot jaune du Tour de France Femmes lors d’un solo de longue haleine.
Le général, lui, tient sur un fil : 15 secondes d’avance sur Vollering, 39 sur Marlen Reusser, dépossédée du jaune dans les lacets du haut. Une précision utile, parce que la confusion circule depuis vendredi soir : les 1 min 16 s et 1 min 42 s reprises un peu partout sont les écarts de l’étape, pas ceux du général. La page des classements officiels affiche les deux à la suite, et il est très facile de lire l’un pour l’autre.
Trois ascensions que personne n’avait regardées
Toute la semaine, on a annoncé une première. Sud Radio écrivait que le Tour de France Femmes « s’attaque pour la première fois de son histoire au Mont Ventoux ». C’est vrai, mot pour mot. Ça ne veut pas dire qu’aucune professionnelle n’avait gagné là-haut.
Nicole Cooke l’a fait en 2006, en jaune, sur la Grande Boucle Féminine Internationale, avec quatre minutes d’avance. Anna Kiesenhofer a gagné au sommet en 2016 sur le Tour de l’Ardèche, également avec quatre minutes. Marta Cavalli s’y est imposée en 2022 sur le Mont Ventoux Dénivelé Challenge. Ces trois courses sont recensées par les récits du peloton, et la page patrimoine du Tour le reconnaît noir sur blanc : « Ce n’est pas une première », les précédentes gagnantes ayant « pâti du manque de visibilité du cyclisme féminin ».
Trois victoires de professionnelles au sommet du Ventoux avant le 7 août 2026, étalées sur vingt ans depuis celle de Nicole Cooke : c’est ce que nous avons compilé dans les archives de ces trois épreuves. La montagne n’est donc pas la nouveauté. La caravane, les motos-caméras et les millions de personnes devant l’écran, si.

Pourquoi les cols mythiques arrivent si tard
Le calendrier féminin n’a pas boudé les grands cols : il n’a longtemps pas eu de course pour les accueillir. Un Tour de France féminin a roulé de 1984 à 1989 dans les roues du Tour masculin, puis l’organisation l’a lâché, jugé trop lourd sur le plan logistique. La Grande Boucle Féminine a survécu de 1992 à 2009 en quasi-clandestinité, avant de s’éteindre. Il a fallu attendre 2022, soit trente-trois ans après la dernière édition couplée, pour que l’épreuve renaisse sous le nom de Tour de France Femmes, avec huit jours de course.
Neuf jours en 2026 : c’est peu pour empiler les monuments. Chaque grand col ajouté prend la place d’autre chose, et l’épreuve les sort donc au compte-gouttes, un par édition. Le Tourmalet, l’Alpe d’Huez, la Madeleine, puis le Ventoux. Ce n’est pas un scénario, c’est une contrainte de format.
Ce que la montagne rapporte vraiment
Le retour sur investissement, lui, est déjà là. L’édition 2025 a réuni 25,7 millions de Français devant au moins une minute de course, soit 7,4 millions de plus qu’en 2024, pour une moyenne de 2,7 millions de téléspectateurs par étape et 31,6 % de part d’audience, selon le bilan des audiences de France Télévisions. Chez les 15-24 ans, l’audience a doublé en un an.
Les compteurs financiers, eux, montent moins vite. La gagnante du Tour Femmes 2026 touchera 50 000 €, inchangés depuis 2022, sur une dotation totale de 259 430 €, quand le vainqueur masculin encaisse 500 000 €. On objecte souvent la différence de durée : neuf jours contre vingt-quatre. En ramenant chaque prime à son jour de course, la gagnante touche 5 556 € par jour contre 20 833 € pour son homologue masculin, soit 3,7 fois moins une fois la durée neutralisée, selon nos calculs.
Le plancher salarial raconte la même chose en plus sec. L’UCI a gelé ses minima pour 2026 : une coureuse salariée en WorldTeam est garantie à 38 000 € contre 44 150 € chez les hommes, soit 86 % du plancher masculin, et le nouvel échelon ProTeam féminin plafonne à 22 000 €, à peine la moitié, d’après le détail des minima 2026. C’est ce décalage que nous décrivions déjà en suivant le cyclisme féminin dans l’ombre.
Depuis le Grand Départ de Lausanne, nous suivons cette édition étape après étape : le chrono de Dijon, le solo de Haugset, la victoire à Tournon de Kim Le Court. Le Ventoux referme cette série sur une image qui manquait au cyclisme féminin, pas sur une découverte. Dimanche, le Tour s’achève et le général se jouera sur 15 secondes. Le Géant de Provence, lui, ne bougera pas. Ce sont les chiffres qui l’entourent qui doivent encore grimper.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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