
Mise en perspective
100 francs suisses par coureuse, 107 euros au taux du jour : voilà la facture d’un arrêt au bord de la route pour Demi Vollering, Juliette Berthet et Célia Géry. Leur infraction, actée par les commissaires de la 7e étape du Tour de France Femmes : une pause pipi jugée « inconvenante », parce que prise dans un lieu visible du public.
La sanction a fait le tour des réseaux samedi. Avant de crier à l’absurde, posons les faits, le règlement, et un calcul que personne n’a fait.
Le fait
Vendredi 7 août, la 7e étape du Tour de France Femmes se conclut au sommet du Ventoux. Dans le communiqué du jury relayé par franceinfo samedi 8 août, trois coureuses de FDJ United-Suez (la Néerlandaise Demi Vollering et les Françaises Juliette Berthet et Célia Géry) écopent de 100 francs suisses d’amende chacune pour « comportement inconvenant » : elles se sont soulagées dans un endroit visible du public pendant la course.
Le cadre existe noir sur blanc : l’article 2.12.007 du règlement UCI sanctionne le fait de se dénuder ou d’uriner en public en course, avec un barème de 100 à 200 francs suisses en WorldTour féminin. Rien d’isolé non plus dans le rapport du jury ce jour-là : cinq coureuses et cinq directeurs sportifs y sont aussi épinglés pour des bidons collants. La pause pipi n’est qu’une ligne dans une grille appliquée mécaniquement.
Notre regard
Mettons des ordres de grandeur sur ces 100 francs. Nous avons converti l’amende au taux de référence BCE du 7 août (1 franc suisse = 1,0699 euro) : 107 euros par coureuse. La grille des primes du Tour Femmes 2026 fixe la victoire d’étape à 4 000 euros : selon nos calculs, l’amende représente donc 2,7 % d’une prime de victoire d’étape (107 divisé par 4 000), et les trois sanctions cumulées, 321 euros, en pèsent 8 %. Pour situer l’écosystème dans lequel tombe cette retenue : la dotation totale de l’épreuve atteint 259 430 euros, moins que les 500 000 euros promis au seul vainqueur du Tour masculin.

Le vrai sujet n’est pas le montant, c’est la mécanique. En course, le règlement ne prévoit ni zone d’arrêt ni moment neutralisé pour un besoin naturel. Cycling Weekly le détaille : un homme s’arrête quelques secondes, voire se soulage en roulant ; une femme doit poser le vélo et baisser une combinaison entière, un geste plus long, plus exposé, sous des caméras qui ne coupent jamais et le long de routes bordées de spectateurs. La convention tacite du peloton (on s’arrête quand la course se calme, loin du public) supposait des courses avec des temps morts. Elles n’en ont plus.
Et s’arrêter coûte cher : sur la Vuelta 2023, rappelle le même média, Vollering avait perdu 1 minute et 4 secondes après une pause nature exploitée par la concurrence, puis la course pour 9 secondes. Posez-vous la question dans ces termes : où, exactement, ces trois coureuses auraient-elles dû s’arrêter vendredi ? Le texte qui les sanctionne ne le dit nulle part.
La nuance
Pas de procès d’intention à l’UCI. L’article 2.12.007 vaut pour tout le monde, et il est appliqué : en juillet, sur la 17e étape du Tour masculin, Hugo Page (Cofidis) a été sanctionné de 500 francs suisses pour le même motif. Rapportée aux 11 000 euros d’une prime d’étape masculine, sa facture (535 euros) pèse même 4,9 % : proportionnellement plus lourd que les 2,7 % des coureuses, toujours selon nos calculs. Une coureuse citée par Cycling Weekly s’étonnait d’ailleurs moins de l’amende que de sa rareté, vu le nombre d’arrêts ce jour-là.
La règle est donc unisexe et les barèmes assumés. Ce que montre la comparaison, c’est autre chose : à sanction égale, la contrainte ne l’est pas. Un coureur repart en quelques secondes ; une coureuse s’expose, se chronomètre et se fait filmer. Le règlement traite un symptôme. Il ne dit rien de la cause.
À surveiller
Le Tour s’achève ce dimanche 9 août, et trois dossiers restent ouverts. La parole de FDJ United-Suez et de ses coureuses, d’abord : ni l’équipe ni les intéressées ne s’étaient exprimées publiquement dans les dépêches de samedi. Une clarification de l’UCI, ensuite : le règlement interdit l’arrêt visible mais ne désigne aucun endroit autorisé, un vide que Cycling Weekly pointe explicitement. Les organisateurs, enfin : des zones d’arrêt signalées sur le parcours, placées hors caméras, coûteraient moins cher qu’une polémique par édition, sur une épreuve dont nous suivions l’agenda complet ici.
Le peloton féminin remplit le Ventoux et les bords de route. Reste à construire la course autour de celles qui la font. À commencer par un endroit où s’arrêter.
Votre réaction :
Article créé en collaboration avec l’IA.
Les plus lus
- 1
8 337 spectateurs par match : la Ligue 2 rouvre les stades treize jours avant la Ligue 1 - 2
2 millions d’acres brûlés : l’Oregon bat son record d’incendies avec deux mois de saison à venir - 3
20 £ pour entrer au Royaume-Uni : l’ETA obligatoire, où la demander sans se faire piéger - 4
88 km seule devant : le pari fou de Haugset qui rafle le jaune - 5
600 euros, ETA, quotas : votre guide pour voyager sans mauvaise surprise
Nos dossiers
- France494
- Santé211
- Science207
- Prévention200
- Culture185
- Consommation181
- Biodiversité173
- IA149
Recevez notre sélection dans votre boîte mail
Le meilleur d’Actu Alt Plus : décryptages, chiffres et panoramas. Désinscription en 1 clic, zéro spam.

