Un fauteuil de soins vide et une potence de perfusion dans une salle d’hôpital de jour éclairée par une large fenêtre.

Tumeurs solides : deux perfusions de CAR-T font disparaître le cancer d’un enfant de 3 ans

Deux perfusions, plus aucune maladie détectable un an après : un hépatoblastome métastatique traité à Houston déplace la frontière des CAR-T. En France, les 5 852 patients traités par ces cellules relèvent tous, eux, d’un cancer du sang.

Mise en perspective

2 perfusions espacées de huit semaines ont fait disparaître l’hépatoblastome métastatique d’un enfant de 3 ans. Les équipes de Texas Children’s Hospital et du Baylor College of Medicine, à Houston, l’ont annoncé le 9 septembre 2026 : leurs cellules CAR-T dirigées contre le glypicane-3 ont effacé une tumeur du foie qui avait résisté à trois lignes de chimiothérapie, et l’enfant reste sans maladie décelable un an plus tard.

Les CAR-T soignent des cancers du sang. L’essai qui a produit ce résultat, baptisé CARE, les envoie ailleurs : contre une tumeur solide, chez un enfant, sans hospitalisation. C’est ce déplacement, plus que le mot « rémission », qui fait l’intérêt du cas.

Des mains gantées tiennent une poche scellée de suspension cellulaire sous une hotte de laboratoire.
Chaque dose est fabriquée à partir des lymphocytes du patient lui-même : il n’existe pas de lot prêt à l’emploi.

Le fait

L’enfant avait 3 ans et un hépatoblastome : ce cancer du foie de la petite enfance avait récidivé aux poumons après trois lignes de chimiothérapie. Ses propres lymphocytes T ont été prélevés, modifiés en laboratoire pour reconnaître le glypicane-3 (GPC3), une protéine que portent ces tumeurs, puis réinjectés en deux fois, détaille l’hôpital.

La première perfusion a produit une réponse partielle ; la seconde a fait disparaître toute maladie décelable. Un an plus tard, la régression complète tient. Ni toxicité limitant la dose, ni syndrome de relargage cytokinique, cette réaction inflammatoire qui impose d’ordinaire une surveillance rapprochée : les deux injections ont eu lieu en ambulatoire. « Ce cas démontre qu’une réponse complète durable dans une tumeur solide résistante à la chimiothérapie peut être obtenue entièrement en ambulatoire, sans toxicité systémique », déclare David Steffin, chef adjoint de la thérapie cellulaire et de la greffe de moelle osseuse à Texas Children’s et professeur associé de pédiatrie au Baylor College of Medicine. Le cas fait l’objet d’une correspondance au NEJM.

Notre regard

Le titre officiel de l’essai dit le pari en un mot : des lymphocytes « armés » d’interleukine-15 et d’interleukine-21. Les deux cytokines partent avec les cellules et les alimentent sur place, au lieu d’être administrées séparément dans l’organisme. Un interrupteur de sécurité complète le montage, une caspase 9 inductible qui permet de détruire les cellules injectées en cas de dérapage ; il n’a pas eu à servir.

Les auteurs insistent moins sur l’ampleur de la réponse que sur ce qu’elle a coûté à l’enfant. En France, l’encadrement de ces traitements est lourd : un arrêté du 28 juin 2024 les réserve aux établissements disposant d’une unité de greffe, d’une réanimation et de soins intensifs pédiatriques, de neurologues joignables et d’une IRM cérébrale sur site. Deux perfusions posées en ambulatoire relèvent d’un autre monde. Ces cellules sortent d’ailleurs de leur niche hématologique depuis deux ans : AAP chiffrait le 31 août 2026 entre 192 000 et 240 000 les personnes en France dont la polyarthrite rhumatoïde résiste au méthotrexate seul, à propos d’un essai CAR-T mené hors cancer.

La nuance

Un patient. CARE est un essai de phase 1 : 24 participants visés, de 1 à 21 ans, ouvert le 24 mai 2024 au Texas Children’s Hospital et toujours en recrutement. Une phase 1 mesure la tolérance et la dose, pas l’efficacité ; un cas y est un signal, pas une preuve.

Andras Heczey, investigateur principal à Seattle Children’s et professeur de pédiatrie à l’université de Washington, qui exerçait à Baylor et Texas Children’s au moment des travaux, le formule sans détour : le résultat « souligne la nécessité d’une évaluation plus poussée chez les patients porteurs de tumeurs solides GPC3+ ». La cible borne le périmètre, puisque ces cellules ne voient que les tumeurs qui expriment le glypicane-3. Et chaque dose est fabriquée à partir des lymphocytes du patient lui-même : il n’existe pas de lot prêt à l’emploi qu’on sortirait d’un congélateur.

À surveiller

Au 1er septembre 2025, les 5 852 patients traités par cellules CAR-T en France relevaient tous d’un cancer du sang : aucune tumeur solide ne figure parmi les indications autorisées. Le registre DESCAR-T les répartit sur six indications et six seulement : lymphome à grandes cellules B en troisième ligne et au-delà (40 %), en deuxième ligne (26 %), myélome (16 %), lymphome folliculaire, lymphome à cellules du manteau et leucémie aiguë lymphoblastique B (6 % chacun). Le compte tombe à 100 %, et il s’arrête au sang.

Les six indications CAR-T ouvertes en France, et elles seules : 5 852 patients traités au 1er septembre 2025, dans 41 centres autorisés (source : registre DESCAR-T).
IndicationPart des patients traités
Lymphome à grandes cellules B, 3e ligne et au-delà40 %
Lymphome à grandes cellules B, 2e ligne26 %
Myélome16 %
Lymphome folliculaire6 %
Lymphome à cellules du manteau6 %
Leucémie aiguë lymphoblastique B6 %
Total (toutes hématologiques, aucune tumeur solide)100 %

Pour une famille française, cela se traduit en une phrase : contre une tumeur solide, l’accès à ces cellules passe par un essai clinique, pas par une prescription. Les 41 centres autorisés savent poser une CAR-T ; ce qui manque, c’est l’indication.

Trois choses à guetter : la publication des autres participants de CARE, l’ouverture d’essais ciblant le glypicane-3 hors des États-Unis, et l’entrée des tumeurs solides dans les registres européens. AAP suivait déjà cette sortie de niche contre le glioblastome, encore au stade préclinique.

Si un hépatoblastome touche un enfant autour de vous, la question utile à poser à l’oncologue n’est pas « quand ce traitement arrivera-t-il ? », mais « existe-t-il un essai ouvert pour lui ? ». CARE figure au registre public des essais sous le numéro NCT04715191, avec ses critères d’inclusion en accès libre.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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