
Des bombes de graff découpées et retournées, des planches de skate transformées en assises, des miroirs montés en boules à facettes : ce sont les matériaux qui composent les cinq colonnes de « Parades », inaugurées le 21 mai 2026 dans la cour de l’Arsenal, à la Casa Musicale de Perpignan. Derrière ces structures de plusieurs mètres de haut, il y a 150 apprentis du BTP, neuf mois de travail, et une conviction : ce que les ouvriers du bâtiment construisent mérite d’être vu.
Le projet est né d’une rencontre improbable entre le campus de Perpignan du BTP CFA Occitanie et l’artiste Grégory Cortès, connu sous le nom de Gzilépoc. Trois ans de négociation et de mise en place, deux ans pour que les emplois du temps et les pédagogies s’accordent, neuf mois de réalisation à partir de septembre 2025. Le résultat tient en cinq colonnes aux noms catalan et disco : Tranquillaigua, Night Fever, Ballant Si, Staying Alive et Taques y Taques.

Des rebuts qui deviennent architecture
Le travail de Grégory Cortès s’inspire d’une tradition ouvrière qu’on appelle la « perruque » : détourner les outils et les matériaux du travail à des fins artistiques, sans les gaspiller. Ici, des matériaux récupérés sur des chantiers ou issus de la culture urbaine ont été redessinés, assemblés, mis en tension verticale. « Quand on coupe les bombes de graff et qu’on les retourne, on se retrouve avec une feuille de couleur, et c’est passionnant », explique l’artiste dans Made In Perpignan.
Au départ, seuls les apprentis menuisiers devaient participer. Puis les plombiers ont rejoint le chantier, puis les maçons coffreurs, les électriciens, les métalliers, les carreleurs. Finalement, 150 apprentis de différentes filières ont mis la main à l’ouvrage, chacun apportant ses gestes techniques. Luc Jeanjean, formateur, a réalisé les modélisations numériques des socles. Ce qui avait commencé comme un projet marginal est devenu collectif.
La question du réemploi était centrale, et pas seulement esthétique. Elle est « parfois peu présente dans le cursus » des apprentis du bâtiment, note l’artiste. Le projet a donc eu une valeur pédagogique directe : donner à voir que les déchets d’un chantier ne sont pas forcément des déchets, et que la technicité du bâtiment peut croiser la réflexion plasticienne.

Deux jeunesses qui se regardaient en chien de fusil
La collaboration n’a pas été simple au départ. Aurélie Munoz, accompagnatrice socio-professionnelle du CFA, se souvient que « le oui a pris un certain temps ». Artiste et formateurs venaient de deux mondes très différents. « Un projet artistique, ce n’était pas dans notre ADN », reconnaît-elle. Il a fallu avancer lentement, trouver le terrain commun entre les exigences pédagogiques et la démarche plasticienne.
Ce qui a aussi facilité la rencontre, c’est que Grégory Cortès a montré son propre savoir-faire technique. Cela a « permis de casser des représentations », selon Aurélie Munoz. L’artiste n’était pas quelqu’un qui « touche l’art avec les yeux » : les colonnes ont été conçues pour qu’on puisse s’asseoir dessus, s’en servir comme rangement ou trouver un point d’ombre. Des structures utiles autant qu’elles sont belles.
Grégory Cortès le dit sans détour dans le reportage de Made In Perpignan : « Ils ne sont jamais nommés. Alors même qu’ils construisent notre paysage intime. Ce sont eux qui fabriquent nos niches, nos cavernes, nos petits palais personnels ou nos HLM. Cette collaboration n’est pas anodine. » Pour Aurélie Munoz, il y avait aussi un enjeu de rencontre sociale : faire se croiser la jeunesse de la Casa Musicale et celle du CFA, « deux jeunesses qui se connaissent peu ».
Les cinq colonnes sont exposées dans la grande cour minérale de l’Arsenal, traversée par les vents. Elles apportent la verticalité que Grégory Cortès voulait créer dans cet espace, un écho aux colonnes du cloître qui s’y trouvait autrefois. Pour ces apprentis qui construisent des murs toute la journée, elles ont aussi une autre signification : pour une fois, leur nom est attaché à ce qui reste.
En bref
Qu’est-ce que « Parades » ?
Cinq colonnes monumentales fabriquées avec des matériaux récupérés par 150 apprentis du BTP de Perpignan, avec le plasticien Grégory Cortès. Inaugurées le 21 mai 2026 à la Casa Musicale, dans la cour de l’Arsenal à Perpignan.
Qui est Grégory Cortès ?
Plasticien catalan connu sous le nom de Gzilépoc. Il travaille avec des matériaux recyclés et s’inspire de la tradition ouvrière de la « perruque », qui consiste à détourner les outils du travail à des fins artistiques.
Pourquoi avoir impliqué des apprentis du BTP ?
Le projet réunit la technicité du bâtiment et la démarche artistique. Il permet aussi aux apprentis d’aborder la question du réemploi, souvent absente de leur cursus, et de valoriser leur savoir-faire autrement.
Combien de temps a pris ce projet ?
Trois ans de montage du partenariat, et neuf mois de réalisation concrète, débutée en septembre 2025.
Quels matériaux ont été utilisés ?
Des bombes de peinture graff, des planches de skate, des miroirs et d’autres matériaux issus de la culture urbaine et de rebuts de chantiers.
Votre réaction :
Article créé en collaboration avec l’IA.
Les plus lus
- 1
Grève easyJet : un préavis sans aucune date, et une loi qui ne prévient les passagers que 24 heures avant - 2
L’Odyssée de Nolan en IMAX 70 mm : la seule salle de France est à Montpellier - 3
Musées gratuits le premier dimanche du mois : la règle et les pièges - 4
Conseillers numériques : le budget passe de 40 à 14 millions d’euros, et les démarches bloquent toujours - 5
600e de Taratata : ce que France 2 a rediffusé jeudi soir avait été tourné dix mois plus tôt
Nos dossiers
- France486
- Santé208
- Science207
- Prévention195
- Culture184
- Consommation178
- Biodiversité171
- IA149
Recevez notre sélection dans votre boîte mail
Le meilleur d’Actu Alt Plus : décryptages, chiffres et panoramas. Désinscription en 1 clic, zéro spam.

