
Mise en perspective
8 millions de visiteurs par an consultaient TheNumbers.com, la base que les journalistes, les chercheurs et les studios traitaient comme la référence absolue du box-office mondial. Le 5 mars 2026, le site s’est évanoui du web, sans un mot. Derrière ce seul cas, nous avons recensé toute une série d’archives indépendantes mises à genoux par la même marée de robots: la mémoire chiffrée du cinéma tient parfois à un serveur et à une poignée de passionnés.

Trois mois après la panne, le fondateur du site a raconté ce qui s’était joué en coulisses. Voici le fait, notre lecture, la nuance et ce qu’il faut surveiller.
Le fait
TheNumbers.com, lancé en 1997 par le mathématicien Bruce Nash, recensait début 2026 quelque 78 396 films, 178 375 sorties en salles et 236 176 professionnels, selon le récit détaillé du spécialiste des données du cinéma Stephen Follows. Le 5 mars 2026, ses serveurs se sont effondrés sous une charge de trafic automatisé. Le site est resté injoignable plus d’une semaine, avant de revenir à la mi-mars dans une version squelettique: chartes historiques, pages films et fameux Report Builder avaient disparu. À ce stade, à peine 10 % de son trafic venait encore d’humains. Le reste, ce sont des robots, moteurs de recherche, entraînement de modèles d’IA, puis, depuis fin 2025, des agents autonomes capables d’aspirer un site en boucle.
Notre lecture
Le sujet n’est pas un site en panne, mais notre dépendance à des bases privées et gratuites que personne ne remplace. TheNumbers servait de source de vérité à des marchés de prédiction et figurait même parmi les partenaires du Guinness des records. Or ce cas n’est pas isolé: nous avons compilé, derrière lui, une série d’archives frappées par la même vague, du site de réparation iFixit, touché par un million de requêtes en une journée, à la fondation open source GNOME, dont près de 97 % du trafic venait des robots. L’hébergeur de documentation Read the Docs a même vu un seul robot télécharger 73 téraoctets en un mois. À chaque fois, un bien commun numérique repose sur une petite équipe.
La nuance
Contrairement aux théories de sabotage qui ont fleuri sur les forums, le fondateur avance une explication plus prosaïque et plus troublante. Ses journaux de connexion montraient non seulement du pillage massif, mais aussi des tentatives ciblées de trouver des portes dérobées. Le mobile supposé tient en deux mots: marchés de prédiction. Sur des plateformes comme Polymarket, on parie chaque semaine sur les recettes du week-end, et TheNumbers sert d’arbitre officiel. Voir ses chiffres avant tout le monde, c’est connaître le résultat avant le coup de sifflet. Rien n’est prouvé, prévient Bruce Nash, mais l’hypothèse est devenue plausible dans un monde où forcer un site n’a jamais coûté aussi peu.
À surveiller
La question déborde largement Hollywood. Des plateformes comme Cloudflare tentent d’imposer un péage aux robots d’intelligence artificielle, avec un blocage par défaut annoncé pour la mi-septembre. En France, notre propre mémoire du box-office dépend d’acteurs comparables, du service privé CBO Box-Office aux relevés publics du CNC. La question, pour vous, tient en une phrase: quelle base de données consultée sans y penser manquerait-elle, demain, si elle s’éteignait un matin sans prévenir ?
Un chiffre, cité par Follows, dit tout du nouveau rapport de forces. Là où un moteur de recherche classique explore environ cinq pages pour chaque visiteur qu’il renvoie, certains robots d’IA en aspirent des milliers, parfois des dizaines de milliers, pour un seul lecteur ramené. L’échange qui faisait tenir le web ouvert n’existe tout simplement plus.
Bruce Nash a eu de la chance: son gagne-pain ne reposait pas sur le site public, mais sur la vente de données en gros, et l’entreprise a survécu. D’autres n’ont pas ce filet, comme cette firme textile allemande placée en liquidation après une seule cyberattaque.
Reste une évidence que cette panne rend brutale. Nous confions notre mémoire culturelle, du box-office aux audiences de la télévision, à des infrastructures que nous croyions éternelles et qui tiennent, en réalité, à un fil. Le jour où l’une d’elles se tait, c’est un pan entier de ce que nous savons du cinéma qui s’efface avec elle. Reste à savoir qui, demain, voudra encore entretenir ces bibliothèques invisibles, et à quel prix, dans un web où les robots lisent désormais bien plus qu’ils ne rapportent de lecteurs.
Votre réaction :
Article créé en collaboration avec l’IA.
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