Ruines du château de Pierre-Percée sur son éperon rocheux boisé

À Pierre-Percée, une stèle inédite et la cendre de l’incendie de 1636 sortent de terre

Sur l'éperon du château lorrain, les archéologues de l'Inrap ont dégagé un fragment de stèle funéraire et la couche noire laissée par la prise du site en 1636.

Sommaire
  1. En bref
  2. Une ligne noire qui date une catastrophe
  3. Une stèle qui sort de l'anonymat
  4. Lire le sol pour rouvrir un château
  5. Questions courantes

Une fine pellicule noire sous les pierres écroulées, un fragment de dalle gravée qui n’avait jamais été vu, une faille de la roche transformée en porte oubliée. Sur l’éperon du château de Pierre-Percée, en Meurthe-et-Moselle, les archéologues de l’Inrap viennent de rouvrir une page que l’on croyait close depuis près de quatre siècles. Parmi les trouvailles annoncées le 22 juin, une couche charbonneuse signe l’incendie qui a emporté la forteresse en 1636, et un fragment de stèle funéraire, jusqu’ici inconnu du site, remonte enfin à la lumière.

En bref

  • Un fragment de stèle funéraire inédit a été mis au jour, peut-être issu de la chapelle disparue du château, selon l’Inrap.
  • Une couche de cendres scelle la trace de l’incendie de 1636, quand le château est pris lors de la guerre de Trente Ans.
  • La fouille, prescrite par la DRAC Grand Est, prépare la réouverture du site au public.
  • La grande tour-beffroi, haute de quatre niveaux, fut bâtie à la fin du XIIe siècle par les comtes de Salm.

On imagine volontiers l’archéologie comme une chasse au trésor. Elle ressemble davantage à une lecture. Chaque couche de terre est une ligne, chaque tesson une lettre, et le sol de Pierre-Percée raconte une histoire que les textes seuls ne pouvaient pas dire.

Une ligne noire qui date une catastrophe

Le détail le plus parlant tient en quelques centimètres. Sous la plupart des remblais de démolition repérés sur la plateforme du château, les fouilleurs ont identifié une couche charbonneuse. Pour un archéologue, cette ligne sombre est une date écrite à l’encre du feu.

Elle correspond, selon toute vraisemblance, à l’incendie qui suit la prise du château par les Suédois en 1636, en pleine guerre de Trente Ans. Au-dessus, la terre brune dite « de forêt » dit la suite : l’abandon, la végétation qui reprend ses droits, l’oubli. C’est tout le pouvoir d’une couche d’incendie. Elle fige un instant précis, scelle ce qui se trouvait dessous, et offre un repère chronologique d’une netteté rare.

Couche de cendres sombre dans une coupe stratigraphique de fouille
La couche charbonneuse scelle la trace de l’incendie de 1636. Vue d’illustration.

Derrière cette cendre, il y a une histoire de Lorraine déchirée. En 1635, le duc Bernard de Saxe-Weimar passe au service du roi de France, et ses troupes ravagent la région, comme le rappelle la Fédération des sociétés d’histoire d’Alsace. Pierre-Percée n’est qu’un point sur la carte d’un conflit européen, mais sa fin, ici, se touche du doigt.

Une stèle qui sort de l’anonymat

Au milieu des carreaux d’arbalète et des billes de plomb qui rappellent la vocation militaire du lieu, une pièce détonne. Les archéologues ont dégagé le fragment d’une stèle funéraire. Du jamais-vu sur ce site.

D’où vient-elle ? L’hypothèse avancée par l’Inrap est belle de sobriété : la stèle pourrait provenir de la chapelle du château, connue par les textes mais que personne n’avait encore localisée. Un fragment de pierre gravée, et soudain un édifice fantôme reprend une consistance. C’est exactement le genre de fil que les chercheurs aiment tirer, lentement, sans tordre les faits.

D’autres trouvailles complètent le tableau. Une faille géologique de la tour orientale, longtemps masquée par une protection métallique, révèle des entailles et des murs de soutènement qui plaident pour une poterne, c’est-à-dire une porte fortifiée secondaire. Côté sud, un mur jusqu’alors insoupçonné dessine peut-être un bâtiment des XIIIe et XIVe siècles, accroché à la falaise.

Fragment de stèle funéraire gravée dans la terre de fouille
Le fragment de stèle funéraire, inédit pour le site. Vue d’illustration.

Et le grand puits taillé dans la roche, en contrebas de la tour-beffroi ? Selon la tradition, c’est lui la fameuse « pierre percée » qui aurait donné son nom au lieu. Les fouilleurs y ont repéré une structure circulaire, possible vestige du support d’un treuil pour remonter les seaux.

Lire le sol pour rouvrir un château

Cette deuxième campagne, menée sous la responsabilité scientifique d’A. Lacaille et prescrite par la DRAC Grand Est, n’est pas un exercice gratuit. Elle accompagne le projet porté par la Communauté d’Agglomération de Saint-Dié-des-Vosges pour sécuriser les vestiges et rouvrir le site au public. Chaque sondage anticipe un belvédère, un garde-corps, un sentier d’accès. On fouille là où l’on va construire.

L’histoire du château ne s’arrête d’ailleurs pas en 1636. Des fragments métalliques, dont des morceaux d’obus, rattachent l’éperon à la Première Guerre mondiale et aux combats tout proches du col de la Chapelotte. Mille ans d’occupation se lisent dans quelques mètres de stratigraphie. Pour qui aime le patrimoine de proximité, c’est une leçon d’humilité et de patience que livre Pierre-Percée.

Reste cette image, qui résume tout. Une ligne noire dans la terre, à peine épaisse, et au-dessus la forêt qui a repris. Entre les deux, le silence de presque quatre siècles. La fouille n’a pas réveillé le château. Elle nous a seulement appris à le relire.

Questions courantes

Qu’a-t-on découvert au château de Pierre-Percée ?
Un fragment de stèle funéraire inédit, une poterne dans une faille rocheuse, un mur jusqu’alors inconnu côté sud, et une couche de cendres liée à l’incendie de 1636.

Pourquoi la couche de cendres est-elle importante ?
Elle scelle un instant précis. Cette trace d’incendie correspond à la prise du château par les Suédois en 1636 et offre aux archéologues un repère chronologique très net.

D’où viendrait la stèle funéraire ?
Selon l’Inrap, elle pourrait provenir de la chapelle du château, mentionnée par les textes mais jamais localisée sur le terrain.

Pourra-t-on visiter le site ?
C’est l’objectif. La fouille accompagne un projet de la Communauté d’Agglomération de Saint-Dié-des-Vosges visant à sécuriser puis rouvrir le château au public.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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