
Sommaire
Récit
Un écran cathodique, une nuit de 1996, une fenêtre de discussion qui se remplit. Mais pas de lignes de texte : des cases de bande dessinée. Vous tapez « j’aime bien ça », et votre personnage se désigne du doigt. Vous tapez une phrase énervée, et il croise les bras.
Ce logiciel s’appelait Microsoft Comic Chat. Le 16 juillet, trente ans après sa sortie, Microsoft en a publié le code source sur GitHub. Et avec lui l’acte de naissance de la police la plus moquée du web.
En bref
- Microsoft a ouvert le code de Comic Chat le 16 juillet 2026, dans une annonce signée Robert Standefer et Scott Hanselman sur le blog Open Source de Microsoft.
- Comic Sans a été dessinée par le typographe Vincent Connare en 1994 et a trouvé, selon Microsoft, « son premier vrai foyer » dans Comic Chat.
- Le logiciel a été livré avec Internet Explorer 3 en 1996, localisé en 24 langues et glissé dans Windows 98.
- Il ne se contentait pas d’afficher du texte : il interprétait les phrases pour choisir poses, expressions et découpage des cases.
Un chercheur, un dessinateur underground et une police
L’histoire commence en 1995, dans un laboratoire. David Kurlander, dit DJ, travaille au Virtual Worlds Group de Microsoft Research et se demande à quoi pourrait ressembler une conversation si on la donnait à voir autrement qu’en lignes qui défilent.
Le logiciel sort en 1996, écrit en Visual C++ 4.0 et MFC, embarqué avec Internet Explorer 3. Sous le capot, c’est un client IRC, dont le code est désormais consultable. À l’écran, c’est une planche de bande dessinée qui se dessine toute seule.

L’univers graphique, lui, ne vient pas de Redmond. Il est signé Jim Woodring, dessinateur indépendant reconnu, dont les personnages donnent au logiciel sa dégaine si particulière. La méthode de travail de l’équipe vaut le détour : on tendait à Woodring des transcriptions de vraies sessions de discussion, il les illustrait, et on regardait le résultat pour décider si l’idée tenait debout. Elle tenait.
Comment le logiciel lisait vos phrases
C’est le point que trente ans de moqueries typographiques ont recouvert. Comic Chat n’était pas un habillage rigolo posé sur IRC.
Le programme interprétait les indices contenus dans le texte pour choisir une pose, une expression du visage, un geste, et jusqu’à la mise en page des cases. Autrement dit, il prenait en temps réel des décisions éditoriales sur l’allure que devait avoir une conversation. En 1996. Kurlander, Tim Skelly et David Salesin ont présenté la technologie dans un article à SIGGRAPH ’96, la grande conférence d’images de synthèse, en la décrivant comme une expérience de construction et de mise en page automatiques d’illustrations.

Reprendre ce graphique
Réutilisez ce graphique librement sur votre site, en citant Actu Alt Plus. Copiez le code ci-dessous :
Entre le crayon de Connare et le carton de Windows 98, il s’est écoulé quatre ans. C’est court pour une police devenue un mème planétaire, et c’est long pour un logiciel que presque personne ne cite.
Vingt-quatre langues, Windows 98, puis le silence
La suite est une trajectoire d’objet industriel. Traduit en 24 langues, livré avec Windows 98, Comic Chat a été distribué à une échelle que ses créateurs n’avaient sans doute pas anticipée en griffonnant leurs premières planches.
Puis le web est devenu ce qu’il est. Les fenêtres de discussion se sont normalisées, IRC a reculé, et il n’est resté du logiciel qu’une rumeur et une police que l’on accuse de tous les crimes de mise en page. Nous avons raconté ailleurs comment les forums du web ont disparu de la même manière, sans qu’on les enterre vraiment.
Ce que Comic Chat annonçait sans le savoir
Regardez votre messagerie. Des avatars, des réactions, des autocollants, des expressions qui remplacent des phrases. Microsoft le dit lui-même dans son billet : beaucoup de ce que nous tenons pour acquis dans la communication en ligne peut faire remonter un peu de son esprit à des expériences comme celle-là.
Le code publié n’est d’ailleurs pas un vestige sous cloche. Microsoft a joint quelques tentatives de modernisation assistées par IA, qui font compiler ce C++ des années 1990 avec les outils Visual Studio d’aujourd’hui et le raccordent à des serveurs IRC modernes.

Reste la question posée en 1995, celle qui a tout déclenché : et si les salons de discussion ressemblaient à des bandes dessinées ? Elle est déraisonnable. Elle a été construite, expédiée, traduite vingt-quatre fois. On aimerait que le web se pose encore des questions aussi mal élevées.
Questions courantes
Comic Sans a-t-elle été créée pour Comic Chat ?
Non. Vincent Connare, typographe chez Microsoft, l’a dessinée en 1994, avant la sortie du logiciel. Microsoft écrit qu’elle a trouvé dans Comic Chat « son premier vrai foyer », son côté manuscrit s’accordant aux bulles de dialogue.
À quoi servait vraiment Comic Chat ?
C’était un client de discussion IRC. Sa particularité : il représentait les participants en personnages dessinés et transformait les échanges en cases de bande dessinée, avec bulles, poses et expressions choisies automatiquement d’après le texte tapé.
Que contient exactement le code publié ?
Les instantanés du code d’origine, écrit en Visual C++ 4.0 et MFC, accompagnés de tentatives de modernisation assistées par IA. Microsoft précise qu’il ne s’agit pas de rééditions abouties, mais d’exemples montrant que le logiciel peut encore tourner sur des machines actuelles.
Votre réaction :
Article créé en collaboration avec l’IA.
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