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Un village d’Ille-et-Vilaine, le milieu des années 1970, une femme qui n’est pas d’ici et que tout le monde finit par adopter. Pendant une dizaine d’années, Madeleine de Sinéty y prend plus de 50 000 photographies : la mort du cochon, les moissons, les fêtes dans la salle des fêtes. Cette œuvre couleur, l’une des plus denses sur la France rurale qui s’efface, n’est montrée en entier qu’aujourd’hui. Le Jeu de Paume lui consacre, du 12 juin au 27 septembre 2026, la première rétrospective de toute sa carrière, quinze ans après sa disparition.
En bref
- Madeleine de Sinéty a réalisé plus de 50 000 clichés dans le seul village breton de Poilley en une dizaine d’années (source : Jeu de Paume).
- L’exposition Une vie est sa première rétrospective, du 12 juin au 27 septembre 2026 à Paris.
- De son vivant, son travail n’avait été montré que deux fois, à la BnF en 1996 et au Portland Museum of Art en 2011, et uniquement en noir et blanc.
- Son fonds compte plusieurs centaines de milliers d’images, en cours de donation à la Médiathèque du patrimoine et de la photographie.
Une aristocrate désargentée qui choisit le quotidien
Née en 1934 dans une famille aristocratique sans fortune de la vallée de la Loire, Madeleine de Sinéty étudie aux Arts décoratifs de Paris et devient dessinatrice de mode pour les magazines. À la fin des années 1960, elle rencontre un journaliste américain, Daniel Behrman, avec qui elle achète son premier appareil. La photographie devient vite son outil, direct et patient, pour regarder ce que personne ne photographie.
Ses premières images saisissent le vieux Montparnasse en train d’être démoli, les cafés ouvriers, les ateliers d’artistes. Puis viennent les derniers trains à vapeur et les petits métiers new-yorkais au petit matin. Déjà, une obsession se dessine : retenir les gestes et les lieux qui vont disparaître.

Cette attention aux mondes qui s’effacent rejoint un fil que l’on suit volontiers ici, celui de la mémoire par l’image.
Poilley, dix ans et 50 000 images
En 1972, un détour par Poilley change le cours de sa vie. Elle s’y installe, partage les travaux agricoles, se lie à une vingtaine de familles. Pendant une dizaine d’années, elle photographie de l’intérieur, en couleur comme en noir et blanc, un monde rural encore réglé sur le rythme des bêtes et des saisons. Le chiffre donne le vertige : plus de 50 000 clichés pour un seul village, selon le Jeu de Paume. Rien n’est posé ; tout repose sur une confiance lentement gagnée, jusqu’aux projections d’images qu’elle organise dans la salle des fêtes.
En 1985, elle suit son mari aux États-Unis et s’installe à Rangeley, dans le Maine. Là encore, elle devient la photographe attitrée d’une communauté soudée : mariages, remises de diplômes, sorties scolaires. Le même geste, des deux côtés de l’Atlantique, sans commande ni magazine.
Pourquoi cette œuvre a mis si longtemps à émerger
De son vivant, Madeleine de Sinéty n’expose que deux fois : à la Bibliothèque nationale de France en 1996, puis au Portland Museum of Art en 2011. Dans les deux cas, seul son noir et blanc est montré. Sa photographie couleur, le cœur battant de son travail, reste dans les boîtes. Travail solitaire, hors des circuits, sans publication : l’invisibilité tient autant à son tempérament qu’au regard de l’époque sur la ruralité et sur les femmes artistes.
La redécouverte s’amorce après sa mort. En 2020, le centre d’art GwinZegal lui consacre une exposition et un livre, Un village, autour de clichés couleur donnés au musée Niépce. Puis vient le tournant institutionnel : la donation de son fonds, plusieurs centaines de milliers d’images, à la Médiathèque du patrimoine et de la photographie. Le graphique ci-dessous retrace ce long cheminement vers la lumière.

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On le lit d’un coup d’œil : entre la première vitrine publique et la rétrospective complète, trente ans ont passé. Le commissariat est signé Jérôme Sother et Quentin Bajac, qui réunissent plusieurs séries inédites, complétées par des extraits du journal intime de la photographe. Le Jeu de Paume en donne un avant-goût dans cette présentation vidéo.
On y devine ce qui fait la force de l’ensemble : la couleur, longtemps tenue à l’écart.
Ce que sa redécouverte nous dit du regard
Au fond, cette rétrospective raconte deux choses à la fois. Une œuvre qui a fixé pour de bon un monde paysan aujourd’hui disparu, avec une tendresse que la presse culturelle souligne. Et un mécanisme : celui des artistes, souvent des femmes, dont l’importance ne se mesure que des décennies plus tard, quand les institutions rattrapent ce que le terrain savait déjà.

Reste l’essentiel, suspendu aux cimaises de la Concorde jusqu’à l’automne : des enfants dans une charrette de pommes, une fête de village un soir de 1974. Des vies que personne n’avait promis de raconter, et qui, soudain, ont une salle entière pour elles.
Questions courantes
Quand voir l’exposition Madeleine de Sinéty au Jeu de Paume ?
Du 12 juin au 27 septembre 2026, au Jeu de Paume, place de la Concorde à Paris.
Pourquoi est-ce la première rétrospective de la photographe ?
De son vivant, elle a travaillé en solitaire, sans commande ni publication, et n’a exposé que deux fois, en 1996 et 2011, uniquement son noir et blanc. Sa photographie couleur était restée largement invisible.
Où a-t-elle pris ses photos les plus connues ?
Dans le village de Poilley, en Ille-et-Vilaine, où elle a vécu une dizaine d’années à partir de 1972 et réalisé plus de 50 000 clichés, puis à Rangeley, dans le Maine.
Qui sont les commissaires de l’exposition ?
Jérôme Sother et Quentin Bajac, en collaboration avec la Médiathèque du patrimoine et de la photographie.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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