Petit disque beige imprimé en 3D posé sur une paillasse en inox, une bouteille en plastique écrasée floue en arrière-plan.

6,5 sur 9, la note du cookie né dans une bouteille en plastique

Des levures modifiées transforment le PET des bouteilles en protéines, en vanilline et en bêta-carotène, qu’une imprimante 3D façonne en cookies. Le procédé a été présenté à un congrès de chimie, sans publication évaluée par les pairs : voici où s’arrête la démonstration, et ce qu’il faudrait pour la vendre en Europe.

Vous n’y goûterez pas de sitôt. Le cookie que Lahiru Jayakody et son étudiante Sandhya Jayasekara ont présenté fin août au congrès d’automne de l’American Chemical Society, à Chicago, commence sa vie en bouteille d’eau. Leur laboratoire de Southern Illinois University Carbondale casse du polyéthylène téréphtalate, le PET des bouteilles de soda et d’eau, puis confie les morceaux à des levures modifiées qui les reconstruisent en protéines, en lipides et en arômes ; une imprimante 3D extrude le mélange en petits disques baptisés µBites. Le financement vient du Deep Space Food Challenge de la NASA et d’une bourse CAREER de la National Science Foundation : il s’agit de nourrir un équipage hors de portée de tout ravitaillement.

Le procédé porte un nom de géologue parce qu’il vient d’un géologue. La dissolution hydrothermale oxydative, mise au point par Ken Anderson dans la même université, fait travailler de l’eau et de l’oxygène à haute température et sous haute pression, jusqu’à réduire des matières que rien ne digère en fragments assez petits pour qu’un micro-organisme s’en nourrisse. Le PET n’entre pas seul dans le réacteur : les tiges et les feuilles de maïs laissées au champ après la récolte suivent le même chemin.

Ce que les levures fabriquent vraiment

Une fois le plastique en miettes, la chimie redevient de la biologie. Une souche modifiée de Saccharomyces cerevisiae, la levure de boulanger, fabrique de la vanilline à partir d’acide férulique, c’est-à-dire l’arôme de vanille. Une autre levure, Rhodosporidium toruloides, a été poussée par évolution adaptative en laboratoire à mieux consommer l’éthylène glycol, l’un des deux monomères du PET, et à en tirer du bêta-carotène, précurseur de la vitamine A. « Les microbes sont très intelligents », dit Lahiru Jayakody dans le communiqué diffusé par l’ACS. « Nous nous servons de leurs propriétés pour résoudre les problèmes que nous avons créés. » Des micro-organismes affectés au nettoyage de nos rebuts, on en croise ailleurs : des vers et des microbes ont filtré une fuite de méthane en mer de Chine.

Le trajet complet tient en quatre étapes, de la bouteille au disque imprimé.

De la bouteille au cookie, les quatre étapes du procédé µBites (source : communiqué de l’American Chemical Society, 24 août 2026).
Ce qui entreOpérationCe qui sort
PET de bouteilles, tiges et feuilles de maïs, autre biomasseDissolution hydrothermale oxydative, eau et oxygène à haute température et pressionFragments assimilables par des micro-organismes
Acide féruliqueSaccharomyces cerevisiae modifiéeVanilline, l’arôme de vanille
Éthylène glycolRhodosporidium toruloides, évolution adaptative en laboratoireBêta-carotène, précurseur de la vitamine A
Protéines, lipides et acides produits par les levures, plus fibres, amidon et édulcorantExtrusion par imprimante 3DPetits disques µBites

Le communiqué ne chiffre ni le rendement du procédé ni l’énergie qu’il consomme.

Un congrès de chimie n’est pas une revue

Le travail a été présenté dans une session de recherche étudiante du congrès d’automne de l’ACS, tenu du 23 au 27 août 2026 à McCormick Place, à Chicago. Le cookie µBites de Southern Illinois University a obtenu 6,5 sur 9 à l’échelle hédonique lors du test d’acceptabilité annoncé par l’université en mai 2024 ; le communiqué de l’American Chemical Society du 24 août 2026 n’apporte ni DOI ni référence de revue à comité de lecture. L’échelle hédonique, graduée de 1 à 9, est la mesure d’acceptabilité la plus courante en analyse sensorielle.

Fiole de culture de levure trouble sur un agitateur magnétique, à côté d’une boîte de Petri remplie de paillettes de plastique transparent.
Les levures modifiées fabriquent vanilline et bêta-carotène à partir des fragments du plastique.

L’université était allée plus vite en mai 2024 : son communiqué de mai 2024 qualifiait l’acceptabilité du produit de globalement positive, après un essai mené grâce à une bourse de 25 000 dollars du Deep Space Food Challenge. Le texte de l’ACS, deux ans plus tard, indique que les données montrent que les µBites sont sûrs à manger et que l’équipe attend encore l’accord de son établissement pour organiser des dégustations.

En Europe, il faudrait d’abord une autorisation

Reste la question que posera n’importe quel consommateur français devant un tel biscuit : aurait-il le droit d’exister ici ? La Commission européenne définit un « nouvel aliment » comme un aliment qui n’a pas été consommé de façon significative dans l’Union avant le 15 mai 1997, et range explicitement dans cette catégorie les aliments produits au moyen de technologies et de procédés de production nouveaux. Pour ces produits, elle indique qu’une autorisation préalable à la mise sur le marché est nécessaire, fondée sur une évaluation de leur sécurité, de leur étiquetage et de leur intérêt nutritionnel. Un cookie issu de bouteilles en PET n’arriverait donc pas en rayon au lendemain d’une présentation en congrès.

Lahiru Jayakody espère une mise à disposition du public d’ici quelques années, et cite les sous-marins et les futures colonies lunaires ou martiennes autant que la Terre. Le prochain jalon vérifiable, lui, sera la publication de l’équipe dans une revue à comité de lecture.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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