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En mer de Chine méridionale, en 2018, un forage d’exploration des hydrates de gaz perce le plancher océanique et laisse derrière lui un trou d’environ 22 centimètres, que la boue lourde censée le sceller ne referme pas. L’année suivante, un panache de méthane monte sur environ 1,2 kilomètre au-dessus du fond, et les campagnes de retour y trouvent déjà des bactéries, des archées et des vers installés pour s’en nourrir.
Une fuite de méthane ouverte par erreur en 2018 par un forage scientifique à 1 766 mètres de fond, en mer de Chine méridionale, a été prise en charge par un écosystème vivant en un à deux ans, quand les modèles tablaient sur 60 à 100 ans, soit trente à cent fois plus vite (National Science Review, 14 mai 2026). Le bilan de ces cinq années de surveillance sur zone, signé par l’équipe de Qianyong Liang et publié dans National Science Review, porte sur le bassin de Qiongdongnan. Le trou n’a pas été rebouché : le gaz a été mangé.
Les microbes d’abord, les vers ensuite
Le scénario admis jusqu’ici voulait qu’une communauté capable d’oxyder le méthane mette des décennies à s’installer sur un point de fuite neuf. Les relevés de Qiongdongnan racontent autre chose : les archées méthanotrophes anaérobies du groupe ANME-3 s’y sont dédoublées tous les 24 à 38 jours, un rythme qui contredit l’idée d’une réponse lente à une arrivée brutale de méthane.
« En un à deux ans seulement, un écosystème consommateur de méthane efficace s’était déjà formé », résume Emil Ruff, écologue microbien à l’université de Brême, dans des propos rapportés par ScienceAlert. Des polychètes des familles Spionidae et Acrocirridae, puis des copépodes Metridinidae, ont transformé un sédiment nu en un vaste « lit de vers » entre 2020 et 2021. « Les vers ont à leur tour profité des micro-organismes nouvellement installés, qui leur ont probablement servi de nourriture », ajoute le chercheur : de 20 à 70 % du carbone de leur alimentation provient du méthane.
Le résultat se mesure. Sur le premier mètre de sédiment, l’oxydation du méthane atteint 38,2 à 48,0 millimoles par mètre carré et par jour, l’ordre de grandeur d’un suintement naturel arrivé à maturité. Cinq ans de suivi donnent la chronologie suivante.
| Période | Ce que relève l’équipe | Panache au-dessus du fond |
|---|---|---|
| 2018 | Forage d’exploration, trou d’environ 22 cm à 1 766 m de fond, scellé à la boue lourde | aucun relevé |
| 2019 | Détection du panache de méthane | environ 1,2 km |
| 2019-2020 | Biofiltre microbien assemblé (bactéries et archées méthanotrophes) | environ 1,2 km |
| 2020-2021 | « Lit de vers » : polychètes Spionidae et Acrocirridae, copépodes Metridinidae | environ 0,8 km à partir de 2021 |
| 2022-2023 | Bioturbation maximale, oxydation de 38,2 à 48,0 mmol/m² par jour | environ 0,8 km |
Source : National Science Review, 14 mai 2026.
La réparation a laissé des traces
Le mot « colmatage » irait trop vite. Sur plus de 40 stations échantillonnées autour du point de décharge, les sédiments de surface affichent encore, jusqu’à 500 mètres du centre, des concentrations de méthane plus de dix fois supérieures aux valeurs relevées hors suintement. À cette distance, la richesse microbienne recule de plus de 30 %.
Le panache n’a pas disparu non plus. D’environ 1,2 kilomètre au-dessus du fond en 2019 et 2020, il est redescendu à environ 0,8 kilomètre sur la période 2021-2023. Ce qui a changé, c’est la part du gaz interceptée avant qu’elle ne parte vers la surface.

Et les trous qu’on laisse derrière soi
La tentation est grande de transposer aux fuites industrielles, et c’est là qu’il faut ralentir. Qiongdongnan est un cas étroit : un orifice de 22 centimètres, dans une eau froide sous très forte pression, au contact d’un réservoir d’hydrates. Les puits abandonnés de mer du Nord sont d’un autre genre, peu profonds et innombrables. Le centre GEOMAR de Kiel en a inspecté 43 lors de campagnes menées en 2017 et 2019 : 28 fuyaient. Sur les 20 000 kilomètres carrés couverts, le potentiel d’émission est estimé entre 900 et 3 700 tonnes de méthane par an, et plus de 15 000 puits ont été forés en mer du Nord depuis les années 1970.
Les hydrates au fond de l’eau relèvent aussi du domaine maritime français : AAP en décrivait 120 amas de « glace de CO2 » au large de Mayotte le 16 juin 2026. Les auteurs de Qiongdongnan écrivent que la fenêtre de 60 à 100 ans admise avant l’installation d’un biofiltre efficace pourrait être nettement plus courte. Leur panache, lui, montait encore à 800 mètres au-dessus du fond au dernier relevé, en 2023.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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