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Mise en perspective
Dans la salle de l’Assemblée générale des Nations unies, à New York, le marteau est tombé le 4 septembre 2026 sans qu’aucune délégation ne demande le vote. La résolution A/80/L.99, adoptée par consensus, proclame le 27 novembre Journée internationale pour l’élimination des mariages d’enfants, précoces et forcés.
Le texte a été porté par la Sierra Leone et co-parrainé par des dizaines d’États, dont l’Inde. Il ne crée aucune obligation nouvelle : il invite les États membres, les agences onusiennes et les associations à marquer la date par des campagnes de sensibilisation et à se doter de stratégies nationales. En France, où contraindre quelqu’un au mariage est déjà un délit, la question n’est donc pas de savoir ce que cette journée interdit, mais ce qu’elle déplace.
Le fait
Le communiqué de l’Assemblée générale expédie le point en une ligne : le projet intitulé « International Day for the Elimination of Child, Early and Forced Marriage » a été adopté par consensus, au cours d’une séance qui proclamait aussi une Décennie de la culture pour le développement durable. Le décompte des co-auteurs n’y figure pas. Inter Press Service en relève au moins 66, dont le Cap-Vert, le Maroc, le Costa Rica, la Namibie, le Rwanda, le Soudan, l’Afghanistan et l’Inde.
L’impulsion vient de Freetown et de New Delhi plutôt que des capitales occidentales. La Première dame de Sierra Leone, Fatima Maada Bio, a porté le texte dans les couloirs onusiens : « Derrière chaque statistique, un mariage d’enfant, précoce et forcé n’est pas un simple nombre. Il y a un enfant, il y a un nom, il y a un rêve, et il y a un avenir », déclare-t-elle, citée par la même agence. L’avocat indien Bhuwan Ribhu, fondateur de Just Rights for Children, à l’origine de la campagne, y voit « le point de bascule qui montre que la fin du crime de mariage d’enfants est inévitable et imminente ».

Notre regard
Une journée internationale vaut surtout par les chiffres qu’elle oblige à ressortir. Sur ce dossier, ils existent déjà, et ils ne sont pas flatteurs.
Le portail de données genre de la Banque mondiale, mis à jour le 4 décembre 2025, recense près de 650 millions de femmes vivantes aujourd’hui mariées ou mises en union avant leurs 18 ans. En Afrique subsaharienne, près d’une femme de 20 à 24 ans sur trois a été mariée mineure ; en Asie du Sud, la proportion atteint 26 %, soit plus de 50 millions de femmes pour cette seule tranche d’âge. Au rythme observé, la pratique ne disparaîtrait pas de la planète avant 2070.
Les quelque 650 millions de femmes mariées avant 18 ans recensées dans le monde représentent plus de neuf fois la population de la France, estimée à 69,1 millions d’habitants au 1er janvier 2026. Le premier chiffre est celui de la Banque mondiale, le second celui du dernier bilan démographique de l’Insee.
L’Inde figure parmi les co-auteurs parce qu’elle a bougé sur le sujet. La part des femmes de 20 à 24 ans mariées avant 18 ans y est tombée de 49,4 % en 1993 à 22,3 % en 2021, toujours selon la Banque mondiale, et Just Rights for Children revendique plus de 550 000 mariages empêchés ou interrompus depuis 2023 par des signalements et des actions en justice. C’est la mécanique que le pays applique volontiers, déplacer un comportement collectif par le droit, comme avec la prime aux secouristes instaurée sur ses routes.
La nuance
Une journée ne réécrit aucun code, et la France a déjà le sien. L’âge minimum du mariage y est fixé à 18 ans révolus par l’article 144 du code civil, l’article 146 pose qu’« il n’y a pas de mariage lorsqu’il n’y a point de consentement », et tromper une personne pour l’emmener se marier de force à l’étranger est puni de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende, rappelle le portail public Arrêtons les violences. Une union célébrée sous contrainte peut être annulée pendant cinq ans.
Ces textes ont fait reculer la pratique sans la faire disparaître. L’enquête Trajectoires et Origines de l’Ined reste la mesure française de référence sur les unions non consenties : 9 % des femmes immigrées âgées de 51 à 60 ans en 2008 déclaraient un mariage subi, contre 2 % chez les 16-30 ans, et 1 % chez les filles d’immigrées de 26 à 30 ans. La chercheuse Christelle Hamel y lisait dès 2011 un recul générationnel net, sans extinction.
Les recours, eux, ne dépendent pas d’une date au calendrier. Une opposition au mariage peut être déposée devant l’officier d’état civil avant la cérémonie, y compris par un proche ou par le procureur de la République. Deux numéros sont ouverts en permanence, gratuits et anonymes : le 3919, pour les violences faites aux femmes, et le 119, pour l’enfance en danger.
À surveiller
Le premier 27 novembre tombe dans un peu plus de deux mois. Ce qu’il produira se lira à trois endroits : les campagnes que les États annoncent, les stratégies nationales que la résolution les invite à adopter, et les données rendues publiques ce jour-là.
Côté français, la mesure de référence remonte à une enquête menée en 2008, et c’est là que la date peut servir, en donnant un rendez-vous annuel pour réclamer un chiffre à jour. À l’échelle mondiale, l’horizon est plus têtu. Au rythme actuel, la Banque mondiale ne voit pas le mariage d’enfants disparaître avant 2070, soit quarante-quatre ans après la première journée du 27 novembre.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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