Fosse creusée dans la neige du plateau antarctique, parois blanches stratifiées, sous un ciel bleu de crépuscule.

3 passages dans des nuages froids ont mis la Terre hors de la bulle du Soleil, selon la simulation

Le centre SHIELD de la NASA reconstitue par simulation trois passages du Soleil dans des nuages interstellaires froids. La bulle qui protège le système solaire serait tombée à 0,22 unité astronomique, un rayon 538 fois plus petit qu’aujourd’hui, et un contre-argument publié dans Nature Astronomy conteste le tableau.

La neige de l’Antarctique contient un fer qui ne se fabrique pas sur Terre. Le centre SHIELD, financé par la NASA et dirigé par l’astrophysicienne Merav Opher à l’université de Boston, y lit la trace de trois passages du Soleil dans des nuages interstellaires froids et denses il y a 2 à 3, 6 à 7 et 13 à 14 millions d’années, pendant lesquels la bulle magnétique qui enveloppe le système solaire se serait comprimée sous l’orbite terrestre.

Aucune de ces trois dates ne sort d’une observation. Elles viennent d’une reconstruction par simulation de la trajectoire du Soleil dans la Voie lactée, synthétisée en 2026 dans l’Annual Review of Astronomy and Astrophysics (volume 64, page 139) et relayée le 2 septembre par le centre Goddard de la NASA. Un maillon de la démonstration est publiquement contesté.

Une bulle ramenée à 0,22 unité astronomique

La bulle naît du vent solaire, ce flux de particules chargées que le Soleil expulse dans toutes les directions et dont AAP a raconté les tourbillons de surface. Sa taille dépend de ce qu’elle rencontre. Selon un modèle magnétohydrodynamique en trois dimensions publié le 11 février 2026 dans Scientific Reports par le centre SHIELD de la NASA, la frontière de l’héliosphère serait tombée à 0,22 unité astronomique, à 0,01 près, lors du passage du Soleil dans un nuage froid il y a 2 à 3 millions d’années, laissant la Terre, qui orbite à 1 unité astronomique, hors de la bulle sur une partie de son orbite.

Aujourd’hui cette frontière se tient à environ onze milliards de miles, indiquait Merav Opher dans un entretien à la Harvard Gazette en juin 2024. Selon nos calculs, cela fait 118 unités astronomiques : le rayon du bouclier tomberait d’un facteur 538 le temps de la traversée.

Ramenée à l’orbite terrestre, la comparaison tient en deux barres.

Pendant la traversée d’un nuage froid, la simulation ramène l’héliopause à 0,22 unité astronomique, contre 1 pour l’orbite de la Terre : la planète passe hors de la bulle sur une partie de son tour. Limite : la valeur comprimée est une sortie de modèle magnétohydrodynamique, pas une mesure.
Pendant la traversée d’un nuage froid, la simulation ramène l’héliopause à 0,22 unité astronomique, contre 1 pour l’orbite de la Terre : la planète passe hors de la bulle sur une partie de son tour. Limite : la valeur comprimée est une sortie de modèle magnétohydrodynamique, pas une mesure.
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Les mêmes ordres de grandeur, avec les densités du milieu traversé.

Ce que la reconstruction compare (Scientific Reports, 11 février 2026 ; Harvard Gazette, juin 2024 ; conversion AAP pour l’héliopause actuelle)
GrandeurValeurNature du chiffre
Héliopause aujourd’huienviron 11 milliards de miles, soit 118 unités astronomiquescité par la chercheuse
Orbite de la Terre1 unité astronomiqueréférence
Héliopause pendant la traversée0,22 unité astronomique (± 0,01)sortie de modèle
Densité du milieu interstellaire proche0,1 particule par centimètre cubemesure
Densité dans l’héliosphère, près de la Terre3 à 10 particules par centimètre cubemesure
Densité dans un nuage froidjusqu’à 3 000 particules par centimètre cubetravaux antérieurs

C’est la densité qui fait le travail : le milieu interstellaire proche compte 0,1 particule par centimètre cube, un nuage froid jusqu’à 3 000, et le Soleil s’y engage à environ 90 000 kilomètres par heure.

Carotte de sédiments marins fendue dans un plateau métallique de laboratoire, bandes brunes et grises superposées.
Les carottes de sédiments marins profonds portent les mêmes pics isotopiques que la neige antarctique et les échantillons lunaires.

Trois réservoirs de traces, un désaccord ouvert

Sans les isotopes, la reconstruction resterait un exercice de modélisation. Deux d’entre eux, le fer 60 et le plutonium 244, ne se forment pas sur Terre mais dans les explosions d’étoiles massives : AAP a raconté en juin 2026 la chasse à une centaine d’atomes de plutonium 244 piégés dans une croûte du Pacifique.

Leurs pics de dépôt se retrouvent dans les carottes de sédiments marins profonds, dans la neige antarctique et dans des échantillons lunaires. Le communiqué de la NASA les rattache aux trois périodes reconstituées ; l’article de février 2026 n’en documente que les deux plus récentes, 2 à 3 et 6 à 7 millions d’années.

Le désaccord porte sur un troisième isotope. Koll et ses coauteurs ont publié dans Nature Astronomy une note intitulée « No indication of a strong increase in galactic cosmic ray intensity 2-3 Myr ago from cosmogenic nuclides » : les nucléides cosmogéniques ne montrent pas la hausse de rayonnement attendue. L’équipe d’Opher leur a répondu le 14 avril 2026, en discutant la production de béryllium 10 aux hautes latitudes en fonction du potentiel de modulation solaire retenu. Le point reste ouvert.

Le rayonnement, et ce que les auteurs se refusent à conclure

L’héliosphère actuelle arrête 70 % des rayons cosmiques galactiques au-dessus de 70 mégaélectronvolts par nucléon. Privée de cet écran, la Terre aurait connu deux régimes selon l’article de février : à l’intérieur du reliquat de bulle, des protons de moins de 10 mégaélectronvolts au moins dix fois plus intenses que les plus fortes éruptions solaires actuelles, non pas quelques heures mais plusieurs mois d’affilée ; à l’extérieur, des rayons cosmiques de moins de 1 gigaélectronvolt eux aussi dix fois plus intenses qu’aujourd’hui.

Sur le climat, les auteurs avancent une hypothèse et s’arrêtent là. Leur modèle prévoit une destruction d’ozone dans la mésosphère et une formation accrue de nuages noctulescents, et ils relèvent que les refroidissements globaux lus dans les isotopes de l’oxygène des foraminifères couvrent aussi 2 à 3 et 6 à 7 millions d’années. Dans le même paragraphe, ils écrivent que les mécanismes moteurs de ces refroidissements restent débattus et que ces estimations doivent être reprises avec des modèles climatiques modernes. Aucun lien de cause à effet n’est établi, et rien dans ces travaux ne porte sur les extinctions ni sur la santé.

La NASA a mis en images la forme que ses modèles donnent à cette bulle.

Vidéo : NASA Video

Deux engins seulement ont franchi cette frontière, Voyager 1 et Voyager 2, et c’est sur leurs mesures que s’appuie l’estimation du rayonnement. Le centre SHIELD annonce en tirer un « jumeau numérique » de l’héliosphère, un modèle destiné à prévoir la réaction de la bulle face à un nuage dense.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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Elise

« Élise » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Nature, Science & Planète : le vivant, le climat et les découvertes scientifiques, expliqués simplement et sans jargon.

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