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Dix bagues sorties de tombes d’élite grecques ont été forgées dans du fer venu de l’espace, entre le XVIIe et le XIIe siècle avant notre ère. Matthieu Gounelle, du Muséum national d’Histoire naturelle, et Eleni Mantzourani, de l’Université d’Athènes, l’établissent dans une étude parue en août 2026 dans le Journal of Archaeological Science, après avoir analysé 91 objets en fer issus de 33 sites de Crète et de Grèce continentale.
Le vertige tient dans une date. À l’époque où ces anneaux sont enfilés au doigt, personne autour de la mer Égée ne sait tirer le fer d’un minerai, et le seul fer disponible était tombé du ciel.
Le nickel, empreinte d’un métal qui a traversé l’atmosphère
Comment le sait-on ? Par une mesure de composition. Les deux chercheurs ont passé chaque pièce au spectromètre de fluorescence X portable, une méthode non destructive qui lit un alliage sans entamer un objet de collection, rapporte Science News.
Le traceur est le nickel. Sur les 91 objets en fer du corpus, 13 en portent des traces significatives et ce sont tous des bagues ou des fragments de bagues, dont 10 ont très probablement été façonnées dans du métal météoritique selon les auteurs.
Le seuil n’a rien d’arbitraire. Les analyses du poignard de Toutânkhamon, publiées en 2016 dans Meteoritics & Planetary Science, posent que la teneur en nickel des météorites de fer va de 5 % à 35 % en masse, quand elle reste sous 4 % dans les objets en fer terrestre antérieurs au XIXe siècle. La lame du pharaon en affiche 10,8 %.
La preuve définitive existe, mais elle coûte l’objet. Les figures de Widmanstätten, ce lacis de lamelles de fer-nickel qu’une tranche sciée puis polie fait apparaître, ne se forment pas à la surface de la Terre, rappelle le musée américain d’histoire naturelle. Il faudrait donc couper la bague, ce que personne n’a fait, d’où le vocabulaire prudent de l’étude (neuf anneaux classés très probables, trois cas laissés en suspens).

Une mode née en Crète, éteinte avec les palais
La série a une géographie et un calendrier serrés. Elle s’ouvre en Crète vers le XVIIe siècle avant notre ère, gagne le Péloponnèse au siècle suivant, et onze des treize bagues au nickel proviennent de tombes richement dotées de Mycènes, Vapheio, Kakovatos, Aidonia et Dendra, détaille la synthèse de l’étude.
Tout s’arrête au début du XIIe siècle avant notre ère, quand les palais mycéniens s’effondrent. Les objets en fer terrestre, eux, n’apparaissent en Grèce qu’à partir de 1075 avant notre ère, aux périodes submycénienne et protogéométrique.
Nous avons converti ces deux repères en siècles d’avance. Entre l’ouverture de la série, au XVIIe siècle avant notre ère, et l’arrivée du fer tiré du minerai vers 1075, il s’écoule environ 575 ans : ces élites ont porté du métal au doigt près de six siècles avant que leur monde ne sache en produire.

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Le graphique pose les deux repères sur la même règle et l’écart se lit d’un coup d’œil. Le tableau reprend les comptages du corpus, d’où sort un second rapport : les 13 bagues au nickel pèsent exactement un objet en fer sur sept.
| Élément | Nombre | Part des 91 objets en fer |
|---|---|---|
| Objets en fer analysés | 91 | 100 % |
| Objets porteurs de nickel (tous des bagues) | 13 | 14,3 %, soit 1 sur 7 |
| Bagues jugées très probablement météoritiques | 10 | 11,0 % |
| Sites archéologiques concernés | 33 | sans objet |
Ce que la bague ne dit pas encore
L’origine du métal reste une hypothèse. Les auteurs proposent une importation depuis les déserts égyptiens, où le fer météoritique se conserve, ce qui dessinerait une route entre l’Égypte et l’Égée. C’est une proposition, pas une source démontrée pour chaque anneau.
Les limites tiennent au corpus. 91 objets en fer pour un millénaire entier, c’est peu, la datation dépend du contexte de fouille et non du métal, et la fluorescence X lit une surface plutôt qu’un cœur.
Reste l’image. Toutânkhamon a été enseveli au XIVe siècle avant notre ère avec sa lame venue du ciel, et des perles égyptiennes en fer météoritique remontent à 3200 avant notre ère. D’un bout à l’autre de la Méditerranée, des sociétés qui ne se parlaient pas toujours ont reconnu la même valeur dans ce métal, et le ciel n’a pas cessé d’en livrer : une météorite traverse encore des toits.
Il faudra attendre l’âge du fer pour que ce métal devienne ordinaire. Ici, il tient encore dans un anneau, et il vient d’ailleurs.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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