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Cinq minutes avant l’arrivée de la nourriture, des chimpanzés se prennent dans les bras, se touchent la nuque, posent une main sur l’épaule du voisin. Une équipe menée par l’université de Durham a filmé 116 chimpanzés et bonobos dans cinq groupes semi-sauvages de sanctuaires africains, puis regardé la suite : ceux qui s’étaient rassurés par le toucher mangeaient côte à côte au lieu de se disputer la ration. Le détail que presque aucun relais ne reprend tient au sexe des animaux : l’effet est le plus marqué entre femelles chez les bonobos et entre mâles chez les chimpanzés.
Que mesure exactement cette étude ?
Une fenêtre, pas une humeur. Les chercheurs ont isolé les cinq minutes qui précèdent la distribution de nourriture, ce moment où la tension monte parce que le partage va devoir se négocier. Sur une soixantaine de repas collectifs et plus de dix heures d’images, ils ont compté les contacts apaisants : étreintes, mains posées, corps appuyés les uns contre les autres.
Le résultat tient en une ligne : plus il y a eu de contact rassurant avant, plus les animaux mangent ensuite épaule contre épaule au lieu de se battre. Le travail a été publié le 22 juillet 2026 par la Royal Society, dans sa revue Proceedings B, sous la signature de Jake Brooker et de ses collègues.
L’équipe a même donné un nom à l’une de ses observations : un mâle en enlace un autre par derrière, un deuxième s’ajoute, puis un troisième, jusqu’à ce que la chaîne se pose. Ils appellent cela un « reassurance train », un train de réconfort.
Pourquoi l’effet ne passe-t-il pas par les mêmes individus ?
Parce que chaque espèce apaise là où se joue son pouvoir. Chez les bonobos, ce sont les paires de femelles qui portent l’effet, et ce sont elles qui nouent les alliances tenant le groupe. Chez les chimpanzés, ce sont les paires de mâles, dont les coalitions font les hiérarchies, détaille l’université de Durham.
Cette symétrie inversée égratigne l’image d’Épinal des deux espèces, le bonobo pacifique d’un côté, le chimpanzé bagarreur de l’autre. Les deux font ici la même chose, se rassurer par le toucher pour désamorcer un conflit à venir, mais en la faisant passer par les individus qui comptent chez elles.
Nous avions déjà décrit leurs cercles d’amis distincts, mesurés au toilettage social par une équipe d’Utrecht. La question n’est plus qui fréquente qui, mais ce qu’un contact change dans les minutes qui suivent.
Pourquoi mettre ses doigts dans la bouche de l’autre ?
Parce que le risque est le message. Chez les chimpanzés, les mâles pratiquent un contact déconcertant : ils placent leurs doigts, leur main ou d’autres parties du corps dans la bouche d’un congénère. Face à un animal capable de sectionner une phalange, le geste suppose une certitude, celle de ne pas être mordu.
Ce contact est plus fréquent dans le groupe le plus tolérant, rapporte le compte rendu de Sci.News. Il ne fabrique pas la confiance à lui seul : il la rend visible, comme une signature impossible à contrefaire sans se mettre en danger. C’est ce qui en fait un signal fiable plutôt qu’une familiarité de circonstance.
Ce que change un cadre semi-sauvage
Il change beaucoup de choses, et il faut le dire franchement. Ces 116 animaux vivent en sanctuaire, à Lola ya Bonobo en République démocratique du Congo et à Chimfunshi en Zambie, où les groupes ont été constitués par des humains et où la nourriture arrive à heure connue.
Deux conséquences. Le pic de tension est en partie fabriqué par le protocole : dans la nature, un arbre à fruits ne sonne pas la cloche. Et beaucoup de ces individus portent une histoire de captivité, avec des liens qui ne se sont pas noués comme dans un groupe sauvage. Le résultat reste solide pour ce qu’il décrit, mais il demande de la prudence dès qu’on l’étend à des populations libres.
Six millions d’années, et nous dans tout ça ?
Le point commun entre les deux espèces intéresse encore plus les auteurs. Si bonobos et chimpanzés se rassurent l’un comme l’autre par le toucher avant de partager la nourriture, alors le comportement remonte probablement à leur ancêtre commun avec nous, il y a environ six millions d’années. Bien avant le langage, donc.
La tentation est grande de sauter jusqu’à la poignée de main échangée avant une négociation, ou à l’accolade avant un match. Les auteurs citent eux-mêmes des travaux humains qui vont dans ce sens. Soyons nets : ce n’est pas ce que cette étude a mesuré. Elle a mesuré des grands singes, en sanctuaire, avant un repas. Le pont vers nos propres gestes reste une hypothèse séduisante, non démontrée ici.
Nous suivons depuis un moment cette piste, celle de ce que nous partageons avec les grands singes et qui précède la parole. Nous avions ainsi exploré l’origine ancienne du rire et son tempo régulier. Le toucher rejoint cette liste.
Reste une question que l’étude pose sans la trancher, et que vous pouvez emporter : dans une réunion tendue, qu’est-ce qui désamorce vraiment, la phrase que l’on prononce, ou la main posée sur une épaule cinq minutes avant qu’elle ne commence ?
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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