
Mise en perspective
Payer plus si vous consommez beaucoup de soins ? C’est la piste, qualifiée d’inflammable, que Sébastien Lecornu a esquissée dans Paris Match, à l’approche du budget de la Sécurité sociale. L’idée : demander un effort à ceux qui achètent plus de 50 boîtes de médicaments ou consultent plus de 25 fois par an. Selon nos calculs, l’économie espérée, même dans sa version la plus large, couvrirait au mieux 3 à 4 % du déficit de la branche maladie. De quoi poser le débat sans slogan.

Sous le mot technique de franchise se cache une réalité simple : la part de vos dépenses de santé que l’Assurance maladie ne rembourse pas. Voici le fait, notre lecture, la nuance et ce qu’il faut surveiller.
Le fait
Les franchises existent depuis 2008 : 1 euro par boîte de médicament, 4 euros par transport sanitaire, plus une participation de 2 euros par consultation, le tout plafonné à 50 euros par an pour chaque poste. Selon Public Sénat, le Premier ministre ne veut pas toucher au montant de chaque franchise, mais relever ces plafonds pour les plus gros consommateurs, au-delà de 50 boîtes ou 25 consultations annuelles, sans en préciser l’ampleur. Les mineurs, les femmes enceintes à partir du sixième mois, les bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire et les personnes en affection longue durée resteraient protégés, et l’hôpital est exclu. Le dispositif n’est pas nouveau : le gouvernement avait déjà doublé la franchise sur les médicaments en 2024, la portant de 0,50 à 1 euro par boîte, dans la lignée d’un chantier ouvert l’an dernier par François Bayrou.
Notre lecture
La mesure vise l’accumulation, pas le premier venu chez le médecin. Elle s’inscrit dans un contexte tendu : le déficit de la Sécurité sociale a plus que doublé en deux ans, de 10,8 milliards en 2023 à 21,6 milliards en 2025, dont 15 milliards pour la seule branche maladie. Le levier reste toutefois modeste. La version la plus ambitieuse, celle qu’avait proposée François Bayrou en portant les plafonds à 100 euros, était estimée entre 430 et 530 millions d’euros par an par la commission des affaires sociales du Sénat, et Sébastien Lecornu pourrait viser moins.
La nuance
Les experts ne s’accordent pas. La Cour des comptes, dans un rapport de mai 2026, voit dans les franchises une source importante d’atténuation des dépenses au reste à charge modéré en moyenne. La sénatrice centriste Élisabeth Doineau parle de responsabiliser des personnes qui peuvent payer un peu plus. À l’inverse, le sénateur Bernard Jomier estime que la tournée des médecins par loisir est un mythe et que la mesure pénalise surtout les plus malades, rappelant les études selon lesquelles augmenter les franchises ne réduit pas la consommation de soins. Le point de friction est là : responsabiliser les uns revient, pour les autres, à taxer une pathologie qu’on ne choisit pas.
À surveiller
Le point le plus sensible n’est pas le montant, mais la méthode. Ce durcissement peut être pris par simple arrêté, sans vote du Parlement, ce que Matignon voit d’un bon œil pour éviter le tumulte budgétaire. L’ampleur du relèvement reste inconnue, tout comme le nombre exact de patients au-dessus des seuils. La mesure est en tout cas impopulaire : 72 % des Français s’y déclaraient opposés l’an dernier, selon un sondage Elabe. À suivre aussi, le nombre réel de patients au-dessus des seuils, que ni Matignon ni le ministère n’ont chiffré, et qui dira si la piste vise une poignée d’assurés ou une population bien plus large.
Un chiffre résume l’enjeu, et la limite, de cette piste budgétaire. L’économie attendue se mesure en centaines de millions d’euros, quand le trou de la branche maladie se compte en dizaines de milliards.

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La comparaison n’enlève rien au débat de fond, elle le déplace. Pour ses défenseurs, tout euro économisé compte et la responsabilisation a une valeur en soi. Pour ses adversaires, chercher ces recettes chez les patients qui consomment le plus revient à faire payer la maladie, pour un gain limité au regard du déficit.
Reste la question que chacun peut se poser en regardant son propre parcours de soins. Où placer la frontière entre un usage justifié et un usage excessif, quand une pathologie chronique impose parfois des dizaines de boîtes par an ? Nous avions déjà mesuré ce que pèse le reste à charge des Français : c’est sur ce terrain, très concret, que se jouera le débat de l’automne.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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