Un concombre de mer rougeâtre fixé à un rocher sombre du fond marin, sa couronne de tentacules déployée

À Saint-Pierre-et-Miquelon, un concombre de mer dont les tissus coupés refusent de mourir

Dans les eaux froides de l'archipel français vit Psolus fabricii, un concombre de mer dont des fragments amputés survivent et grandissent plus de trois ans. Une pépite des fonds qui intrigue la médecine régénérative.

Sommaire
  1. En bref
  2. Une bête des fonds bien française
  3. Des tissus qui refusent de mourir
  4. Pourquoi la médecine y regarde de près
  5. Questions courantes

Récit

Dans les eaux froides et sombres qui bordent Saint-Pierre-et-Miquelon, sur des fonds où la lumière ne descend plus, vit une bête sans visage ni squelette. Des chercheurs en ont prélevé des morceaux, un pied par-ci, un tentacule par-là. Trois ans plus tard, ces fragments cicatrisaient encore, et continuaient de grandir.

En bref

  • Nous avons rattaché la « bête immortelle » virale à un lieu précis : les tissus étudiés viennent de Psolus fabricii, un concombre de mer commun dans les eaux de Saint-Pierre-et-Miquelon, selon France Info la1ère.
  • Des fragments prélevés sur trois individus ont survécu et grandi plus de trois ans dans de l’eau de mer ordinaire.
  • Les scientifiques parlent d' »immortalité » des tissus, pas de l’animal : c’est la chair coupée qui refuse de mourir.
  • L’enjeu n’est pas le buzz, mais la médecine régénérative, débarrassée des contraintes des lignées de vertébrés.

Une bête des fonds bien française

Un concombre de mer, ce n’est pas un légume échoué, mais un animal, un échinoderme, cousin des étoiles de mer et des oursins. Celui qui nous intéresse, Psolus fabricii, tapisse les fonds froids de l’Atlantique Nord et se plaît particulièrement dans les parages du golfe du Saint-Laurent, jusque dans les eaux de l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon. Autrement dit, la créature dont le monde entier parle depuis quelques semaines n’est pas sortie d’un laboratoire lointain : elle vit chez nous, à quelques encablures des côtes de ce petit bout de France en Amérique du Nord.

Fond marin froid et sombre au large d'un archipel du Nord, rochers et algues dans une pénombre bleu-vert
Les fonds froids de l’Atlantique Nord, l’habitat discret d’où vient cette découverte inattendue.

Accroché au rocher par ses pieds ambulacraires, ces minuscules ventouses qui lui servent à se déplacer et à se nourrir, l’animal déploie une couronne de tentacules pour filtrer l’eau. Rien, dans cette allure tranquille, ne laisse deviner ce que ses tissus sont capables d’endurer.

Des tissus qui refusent de mourir

Tout part d’une expérience menée par des biologistes de l’Université Memorial de Terre-Neuve, publiée ce printemps dans la revue Science Advances. Sur trois individus, ils ont prélevé des morceaux de peau, de tissu conjonctif, de nerf et de muscle, puis les ont laissés dans de l’eau de mer non stérilisée, sans nourriture ajoutée. Le résultat a de quoi troubler : au lieu de se décomposer, ces fragments ont cicatrisé, se sont réorganisés et ont poursuivi leur vie plus de trois ans.

Les chercheurs les ont baptisés du petit nom de LiPfe, pour « explants immortels vivants de P. fabricii« . Le mot immortel est le leur, et il vise les tissus, pas la bête. Ces morceaux montraient une activité immunitaire, des cellules qui continuaient de se diviser, et allaient jusqu’à absorber directement des acides aminés dissous dans l’eau pour se nourrir. Des tissus comparables, prélevés sur des espèces voisines, n’ont rien fait de tel : cette endurance semble propre à ce concombre de mer, sans équivalent connu dans la littérature. On est donc loin du « membre zombie » des titres racoleurs, et pourtant la réalité n’est pas moins étonnante.

Pourquoi la médecine y regarde de près

C’est là que l’affaire cesse d’être une curiosité pour devenir une piste sérieuse. Cultiver des tissus vivants sur la durée, sans qu’ils se dégradent, est un vieux rêve de la biologie. Or ces explants de concombre de mer tiennent sans les conditions lourdes qu’exigent d’ordinaire les cultures cellulaires. Comme le souligne la reprise scientifique de Sciencepost, travailler sur des tissus d’invertébré évite aussi les contraintes éthiques et de biosécurité qui pèsent sur les lignées issues de vertébrés.

Le concombre de mer rejoint ainsi un petit club d’animaux fascinants pour leur pouvoir de réparation, aux côtés de l’axolotl qui repousse une patte ou de la planaire que l’on peut couper en deux. Chez nous, ce sont souvent les invertébrés marins qui bousculent nos certitudes : après les questions sur la sensibilité des pieuvres ou l’étrange vision d’un poisson des abysses, voici une chair qui ne veut pas mourir.

Il faudra des années avant que ces travaux, s’ils se confirment, changent quoi que ce soit à un lit d’hôpital. Mais il y a quelque chose de juste à ce que la leçon vienne d’ici, des fonds discrets de Saint-Pierre-et-Miquelon. La prochaine fois que vous verrez passer la « bête immortelle » sur un écran, vous saurez qu’elle a une adresse, et qu’elle est française.

Questions courantes

Ce concombre de mer est-il vraiment immortel ?
Non, pas l’animal. Ce sont ses tissus prélevés qui survivent très longtemps en laboratoire, plus de trois ans, en cicatrisant et en continuant de vivre. Les chercheurs parlent d’immortalité des tissus, une formule scientifique, pas d’un être qui ne mourrait jamais.

Quel est le rapport avec Saint-Pierre-et-Miquelon ?
L’espèce, Psolus fabricii, vit dans les eaux froides de l’Atlantique Nord et fréquente les fonds au large de l’archipel français. Le pont avec la France n’est pas décoratif : cette créature est bien une voisine de nos côtes nord-américaines.

À quoi cela peut-il servir en médecine ?
Des tissus qui vivent longtemps sans se dégrader intéressent la recherche sur la cicatrisation et la culture cellulaire. Travailler sur un invertébré évite aussi certaines contraintes éthiques liées aux animaux vertébrés. Ce sont des pistes, pas encore des traitements.

D’où vient le mot « zombie » qui circule ?
Il vient des titres de presse qui ont repris l’étude. C’est une image, pas un terme scientifique. La réalité décrite par les chercheurs, des fragments qui se réparent et grandissent des années durant, se suffit à elle-même.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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