Canopée de forêt équatoriale traversée par un rai de lumière, une branche vide au premier plan

Le singe que la science ignorait portait déjà un nom : likweli

Dix-huit ans séparent la première photo floue, prise en 2008 entre la Lomami et le fleuve Congo, de la description officielle de Colobus congoensis publiée le 15 juillet 2026 dans PLOS One. Pendant tout ce temps, les habitants du secteur avaient un mot pour cet animal : likweli.

Sommaire
  1. En bref
  2. Une photo floue, puis dix ans de silence
  3. Ce que huit villages savaient déjà
  4. Pourquoi il faut des années pour nommer un singe
  5. Un nom, et déjà une menace
  6. Questions courantes

Récit

En 2008, dans la forêt qui s’étire entre la rivière Lomami et le fleuve Congo, un objectif attrape un singe à moitié masqué par le feuillage. L’image est mauvaise, l’animal ne ressemble à rien de connu. Il aura fallu dix-huit ans pour que ce cliché devienne une espèce décrite, publiée le 15 juillet 2026 dans PLOS One sous le nom de Colobus congoensis. Les habitants du secteur, eux, l’appelaient likweli.

En bref

  • Dix-huit ans séparent la première photo de l’animal, en 2008, de sa description dans PLOS One le 15 juillet 2026. Pour le lesula, décrit par une partie de la même équipe, il n’avait fallu que cinq ans.
  • Colobus congoensis est « only the fifth new monkey species identified in Africa in the past 75 years », selon le communiqué du CUNY Graduate Center.
  • Entre 2018 et 2022, les chercheurs n’ont enregistré que 114 observations, sur une aire d’environ 1 700 km².
  • Dans la zone tampon du parc national de la Lomami, huit villages seulement reconnaissaient l’animal.

Une photo floue, puis dix ans de silence

L’histoire commence par un ratage photographique. Le cliché de 2008 est partiellement obstrué : impossible d’en tirer quoi que ce soit de solide.

Il faut attendre une décennie pour qu’une seconde rencontre, nette celle-là, relance l’affaire. Le travail anatomique ne démarre qu’en 2022, quand l’équipe récupère des spécimens comparables. Entre-temps s’est montée une enquête internationale, de la Florida Atlantic University au parc national de la Lomami.

Photographie animalière floue, masquée par le feuillage, posée sur un carnet de terrain
Tout part d’un cliché partiellement obstrué, pris en 2008 dans l’interfluve Lomami-Congo.

L’animal ne passe pourtant pas inaperçu : pelage noir luisant, longue cape d’épaules, queue immense, et un anneau orangé autour de la bouche qui lui compose un masque. Il pèse environ 6,8 kilos, moins que ses proches parents.

Ce que huit villages savaient déjà

Le point le plus intéressant de cette description n’est pas dans les crânes. Il est dans les entretiens. Les chercheurs ont interrogé habitants et chasseurs de la zone tampon du parc : huit villages seulement ont reconnu l’espèce ou su la décrire. Ceux-là utilisaient deux noms, likweli et kasaba nkoni, « le secoueur de branches ». Ils la disaient discrète, rarement vue.

Ce savoir n’a rien d’un folklore d’appoint : il a servi à cadrer la distribution de l’espèce, c’est-à-dire à savoir où chercher. Il montre aussi ses propres limites. Si la plupart des villages ne connaissaient pas l’animal, c’est que le likweli est réellement rare et localisé.

Reste le nom. Junior Amboko, co-auteur congolais et doctorant à la Florida Atlantic University, a choisi l’épithète congoensis. « I was honored to name the species ‘Colobus congoensis’, recognizing the Congo Basin’s remarkable natural heritage and, we believe, marking the first primate named after the Democratic Republic of Congo itself », explique-t-il dans le communiqué relayé par EurekAlert. Le nom savant renvoie au pays. Le nom commun, lui, est le mot des habitants.

Pourquoi il faut des années pour nommer un singe

Décrire une espèce, ce n’est pas la voir. C’est produire une diagnose que personne ne pourra contester. L’équipe a croisé trois registres : la génétique, qui date sa séparation d’avec Colobus satanas à 4 ou 5 millions d’années ; l’acoustique de ses cris rauques ; l’anatomie enfin, avec des comparaisons de crânes et de peaux menées sur les collections du Yale Peabody Museum et de l’American Museum of Natural History.

Ce détour par les tiroirs de musée explique une bonne part du délai. Un animal ne devient une espèce que confronté à tout ce que l’on a déjà rangé ailleurs.

Comparaison du délai entre première rencontre et description scientifique pour le likweli et le lesula
Graphique Actu Alt Plus. Sources : PLOS One, description du likweli (15 juillet 2026) et description du lesula (12 septembre 2012).
Reprendre ce graphique

Réutilisez ce graphique librement sur votre site, en citant Actu Alt Plus. Copiez le code ci-dessous :

La comparaison avec le lesula est parlante : même parc, même premier auteur, John A. Hart. Le lesula avait été repéré en juin 2007 chez un directeur d’école d’Opala qui hébergeait un jeune animal captif, puis décrit dans PLOS One en septembre 2012. Cinq ans. Pour le likweli, dix-huit. Ce n’est pas une science lente en général, c’est un délai suspendu à une photo ratée.

Un nom, et déjà une menace

Le calendrier est cruel. L’espèce entre au registre scientifique avec, dans le même article, une proposition de classement En danger sur la liste rouge de l’UICN : aire minuscule, population réduite, chasse, perte d’habitat. Une aire de 1 700 km², c’est la surface d’un département français moyen, pour une espèce entière.

L’essentiel de cet habitat se trouve dans le parc national de la Lomami : protéger le parc, c’est mécaniquement protéger l’espèce. Le Congo partage ce point avec bien d’autres régions où l’on décrit des espèces nouvelles plus vite qu’on ne les met à l’abri.

Tiroirs d'une collection d'histoire naturelle, l'un ouvert sur des plateaux d'ossements et un pied à coulisse
La diagnose s’est appuyée sur les collections du Yale Peabody Museum et de l’American Museum of Natural History.

La leçon de ces dix-huit ans n’est pas celle qu’on croit. Nous aimons raconter la découverte comme un éclair : quelqu’un écarte une branche, une espèce apparaît. La réalité tient du relais. Une photo manquée, des villageois qui savent, une doctorante qui compile des mesures de crânes. Le likweli n’a pas été découvert le 15 juillet 2026. Il a fini par être écrit dans une langue que le reste du monde accepte de lire.

Questions courantes

Comment s’appelle exactement ce singe ?
Son nom scientifique est Colobus congoensis. Son nom commun, retenu par l’article, est le nom vernaculaire : likweli. Certains habitants l’appellent aussi kasaba nkoni, « le secoueur de branches ».

Où vit-il ?
Dans l’interfluve entre la Lomami et le fleuve Congo (Lualaba), dans l’est du centre de la République démocratique du Congo. Son aire connue est estimée à 1 700 km², pour l’essentiel dans le parc national de la Lomami.

Pourquoi a-t-il fallu dix-huit ans ?
La photo de 2008 était partiellement masquée. Une observation nette n’est intervenue qu’une décennie plus tard, et le travail anatomique n’a commencé qu’en 2022, une fois des spécimens disponibles.

Est-il menacé ?
Les auteurs proposent de le classer En danger (Endangered) : aire très restreinte, population réduite, pression de chasse, perte d’habitat. La décision revient à l’UICN.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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« Élise » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Nature, Science & Planète : le vivant, le climat et les découvertes scientifiques, expliqués simplement et sans jargon.

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