Un poisson-demoiselle bleu-vert abrité dans un corail la nuit, sous une lueur artificielle venant de la surface

Quand la lumière des villes empêche les poissons de récif de dormir : sommeil rogné, agressivité et cerveau fragilisé

Une lumière de port, même faible, suffit à priver de sommeil un poisson-demoiselle, à le rendre agressif et à élever des marqueurs liés à des dommages de l'ADN. Une étude de terrain l'a suivi cinq mois sur un récif.

Sommaire
  1. En bref
  2. Un poisson qui dort, vraiment
  3. Ce que la lumière artificielle vient casser
  4. Cinq mois sur un vrai récif, pas en aquarium
  5. Le même besoin du noir, du poisson à nous
  6. Questions courantes

Publié le 28 juin 2026 · Mis à jour le 4 juillet 2026 à 14h04

Un petit poisson bleu-vert blotti dans une branche de corail, le soir venu, n’attend qu’une chose : que la nuit tombe pour vraiment dormir. Sauf que sur une côte éclairée, la nuit ne tombe plus. Une étude publiée dans Current Biology a mesuré que près d’une zone côtière développée, la luminosité nocturne peut atteindre 60 fois celle des étoiles naturelles, et que cette lueur suffit à dérégler le sommeil des poissons de récif, à les rendre agressifs et à faire grimper, dans leur cerveau, des marqueurs liés à des dommages de l’ADN. Ce que nous savions de notre propre dette de sommeil, la faune sauvage le subit aussi, sous nos lampadaires.

En bref

  • Près d’une côte développée, la lumière nocturne mesurée atteint jusqu’à 60 fois l’éclat des étoiles, et cela suffit à priver de sommeil un poisson-demoiselle.
  • Exposés, les poissons dorment moins et de façon fragmentée, deviennent plus agressifs et mangent à des heures anormales.
  • Leur cerveau montre des marqueurs liés à des dommages de l’ADN plus élevés que chez les poissons restés dans le noir.
  • Ces effets apparaissent en quelques nuits et persistent sur une expérience de terrain de cinq mois.

Un poisson qui dort, vraiment

On imaginait mal qu’un poisson puisse avoir un sommeil aussi structuré que le nôtre. L’équipe de l’université Bar-Ilan, en Israël, l’a pourtant filmé. En s’appuyant sur la vidéo infrarouge et un suivi automatisé, les chercheurs ont confirmé que le poisson-demoiselle bleu-vert (Chromis viridis, une espèce commune des récifs) entre bien dans un état de sommeil : il s’immobilise, adopte une posture caractéristique et réagit moins à son environnement.

Ce poisson a un rythme simple. Le jour, il se nourrit au-dessus du corail. La nuit, il se réfugie entre les branches pour se reposer. Tout repose sur une alternance nette entre lumière et obscurité, exactement comme notre propre horloge interne.

Lumières d'un port et d'une route côtière se reflétant sur une mer sombre la nuit
Même faible, la lumière qui déborde d’un port suffit à dérégler le sommeil des poissons de récif.

Ce que la lumière artificielle vient casser

Dès qu’on allume, l’équilibre se rompt. Soumis à des niveaux de lumière artificielle nocturne comparables à ceux d’une côte habitée, les poissons cessent de rester sagement dans leur territoire de nuit. Ils élargissent leur zone d’activité, se nourrissent à des heures inhabituelles, se montrent plus agressifs entre eux et dorment nettement moins. Leur nuit ressemble à un jour qui n’en finit pas.

Le détail qui compte, c’est le seuil. Il ne faut pas une rampe de projecteurs pour produire ces effets : une illumination relativement faible, du type de celle qui déborde d’un port ou d’une route littorale, suffit. C’est ce qui rend le constat dérangeant, car cette lumière diffuse est partout sur nos côtes.

Les effets mesurés de la lumière artificielle nocturne sur le poisson de récif : sommeil plus court et fragmenté, agressivité accrue, marqueurs liés à des dommages de l'ADN, effets persistants sur cinq mois
Graphique Actu Alt Plus. Source : Current Biology (université Bar-Ilan), étude sur le poisson-demoiselle bleu-vert, 2026.
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Le plus inquiétant se joue dans le cerveau. En examinant une région cérébrale impliquée dans les fonctions liées au sommeil, les chercheurs ont relevé chez les poissons exposés des marqueurs associés à des dommages de l’ADN plus élevés que chez ceux restés dans l’obscurité naturelle. L’étude ne prouve pas que la lumière abîme directement l’ADN, et il faut le dire clairement : l’hypothèse avancée est que le manque de sommeil perturbe les processus de réparation et d’entretien que le cerveau accomplit normalement la nuit.

Cinq mois sur un vrai récif, pas en aquarium

La force de ce travail tient à son cadre. Les effets ne sortent pas d’un bac de laboratoire isolé : ils apparaissent après seulement quelques nuits, puis persistent sur une expérience menée directement sur un récif du golfe d’Aqaba, à Eilat, pendant cinq mois. Une exposition chronique, en conditions réelles, avec des conséquences biologiques qui s’installent.

Or le poisson n’est pas seul concerné. Des travaux antérieurs de la même équipe avaient montré que la lumière artificielle dérègle aussi la physiologie du corail et la synchronisation de sa reproduction. Si l’éclairage touche à la fois les coraux et les poissons qui en dépendent, c’est tout l’écosystème du récif qui peut vaciller, de proche en proche. Le phénomène n’est pas marginal : environ 22 % des régions côtières du monde et 35 % des aires marines protégées sont déjà concernées par cette pollution lumineuse.

Un corail ramifié sain sur un récif dans l'obscurité naturelle, de petits poissons au repos entre les branches
Coraux et poissons sont touchés ensemble : c’est tout le récif qui peut vaciller.

Le même besoin du noir, du poisson à nous

Ce récit a un air de déjà-vu, et pour cause. Chez l’humain, la lumière nocturne freine la sécrétion de mélatonine, l’hormone du sommeil, et brouille notre horloge biologique de la même manière. La pollution lumineuse n’est pas qu’une affaire d’astronomes privés d’étoiles : selon une cartographie mondiale, environ 80 % de la population n’a plus accès à un vrai ciel nocturne, et plus de la moitié des Européens ne voient plus la Voie lactée.

La France a commencé à agir, avec une réglementation qui encadre depuis 2018 l’extinction de nombreux éclairages extérieurs publics et privés en dehors des heures d’activité. Les chercheurs israéliens plaident pour la même logique côté mer : réduire l’éclairage nocturne inutile, le diriger loin du rivage et de l’eau, et privilégier des longueurs d’onde moins agressives. Nous avions déjà raconté, côté ciel, comment des territoires reconquièrent la nuit noire pour les oiseaux ; le récif, lui, attend encore sa part d’obscurité. Reste une question que les chercheurs posent eux-mêmes : ces dégâts sont-ils réversibles si l’on éteint ? La réponse, on ne l’a pas encore. Mais elle commence, peut-être, par un interrupteur.

Questions courantes

Les poissons dorment-ils vraiment ?
Oui. Le poisson-demoiselle bleu-vert entre dans un état de sommeil mesurable : il s’immobilise, prend une posture caractéristique et réagit moins à son environnement, comme l’a confirmé l’étude par vidéo infrarouge.

Quels effets la lumière artificielle a-t-elle sur eux ?
Ils dorment moins et de façon fragmentée, deviennent plus agressifs, se nourrissent à des heures anormales et présentent des marqueurs liés à des dommages de l’ADN plus élevés dans le cerveau.

La lumière endommage-t-elle directement l’ADN du poisson ?
L’étude ne le démontre pas. Elle observe des marqueurs associés à des dommages de l’ADN et avance que le manque de sommeil perturbe les processus de réparation que le cerveau effectue la nuit.

Faut-il une lumière intense pour ces effets ?
Non. Une illumination relativement faible, comme celle qui déborde d’un port ou d’une route côtière, suffit. Près d’une côte développée, elle peut atteindre 60 fois l’éclat des étoiles naturelles.

Que peut-on faire ?
Réduire l’éclairage nocturne inutile, le diriger loin de l’eau et du rivage, et choisir des longueurs d’onde moins perturbantes, dans la logique de l’extinction déjà appliquée à terre en France.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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« Élise » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Nature, Science & Planète : le vivant, le climat et les découvertes scientifiques, expliqués simplement et sans jargon.

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