Champ de squelettes de baleines sur un fond marin abyssal eclaire par le projecteur d'un sous-marin

500 squelettes de baleines au fond de l’océan Indien, et une espèce inconnue de la science

Un sous-marin habité a recensé 476 fossiles de cétacés et cinq carcasses encore en activité biologique sur 1 200 km de plancher océanique, jusqu'à 7 001 mètres. Du jamais-vu à cette profondeur.

Sommaire
  1. En bref
  2. Pourquoi personne n'avait vu ça si profond
  3. Une espèce inconnue, et un cimetière vieux de 5,3 millions d'années
  4. Questions courantes

Publié le 16 juin 2026 · Mis à jour le 21 juin 2026 à 14h53

À sept kilomètres sous la surface de l’océan Indien, là où la lumière n’arrive plus depuis des millions d’années, un sous-marin habité chinois a remonté les images d’un cimetière de baleines d’une densité jamais observée. Une équipe de l’Institut des sciences et techniques des grands fonds (IDSSE) de l’Académie des sciences de Chine, avec l’université de Pise et Earth Sciences New Zealand, y a recensé 476 fossiles de cétacés et cinq carcasses encore en activité biologique, sur 1 200 kilomètres de plancher, entre 4 616 et 7 001 mètres de profondeur. C’est, de loin, le plus grand et le plus profond ensemble de ce type jamais documenté, et il abritait au passage une espèce de baleine inconnue de la science. L’étude a paru le 10 juin dans la revue Nature.

En bref

  • 476 fossiles de cétacés et cinq carcasses actives recensés sur 1 200 km de fond marin, dans la zone Diamantina (océan Indien).
  • Profondeurs de 4 616 à 7 001 mètres : aucun écosystème de carcasse n’avait jamais été observé au-delà de 6 000 m.
  • Densité atteignant 759,5 carcasses au km², sur des dépôts vieux d’au moins 5,3 millions d’années (datation au strontium).
  • Une espèce éteinte inédite a été décrite : Pterocetus diamantinae.

Pour saisir l’événement, il faut comprendre ce qui se passe quand une baleine meurt en pleine mer. Son corps coule, et là où il se pose, il devient un festin et un refuge pour des décennies. Les biologistes appellent cela une chute de baleine, ou whale fall : une oasis de vie improbable dans un désert noir et froid. D’abord les charognards des profondeurs dévorent la chair. Puis des vers spécialisés, comme l’Osedax qui n’a ni bouche ni estomac, forent les os pour en extraire les graisses. Enfin, des bactéries transforment le squelette en source de soufre, et tout un petit monde s’installe pour des années sur cette ruine organique.

Squelette de baleine colonisé par des vers et des tapis bactériens au fond de l'océan
Sur un squelette de baleine, vers fouisseurs, bactéries et ophiures forment une oasis de vie pour des années.

Pourquoi personne n’avait vu ça si profond

Jusqu’ici, la quasi-totalité des chutes de baleines connues gisaient à moins de 4 000 mètres, et le site actif le plus profond jamais répertorié plafonnait à 4 204 mètres dans l’Atlantique sud. Au-delà de 6 000 mètres, dans ce que les océanographes nomment la zone hadale, du nom des abysses les plus extrêmes, on n’avait tout simplement jamais observé d’écosystème de carcasse vivant. La raison est prosaïque : il faut un engin capable de descendre, de voir et de prélever par ces pressions écrasantes. C’est le sous-marin habité Fendouzhe (le Combattant), opéré depuis le navire Tansuoyihao, qui a permis ces 32 plongées le long de la zone Diamantina, au sud-est de l’océan Indien, comme le détaille le communiqué de l’Académie des sciences de Chine. La chute active la plus profonde, trois vertèbres de baleine à bec posées à 6 789 mètres, bat tous les records précédents.

La densité, elle, donne le vertige : jusqu’à 759,5 carcasses par kilomètre carré. En extrapolant, les chercheurs estiment que la seule zone Diamantina pourrait abriter plus de dix millions de squelettes de baleines, soit un puits de carbone resté jusqu’ici totalement invisible des bilans climatiques.

Profondeurs des chutes de baleines : ancien record actif 4 204 m, nouveau site actif 6 789 m, fossiles jusqu'à 7 001 m
Graphique Actu Alt Plus. Source : Nature (2026), Académie des sciences de Chine.
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Réutilisez ce graphique librement sur votre site, en citant Actu Alt Plus. Copiez le code ci-dessous :

Ce graphique remet le record en perspective : on passe d’un plafond connu autour de 4 200 mètres à un site vivant à près de 6 800, et à des fossiles jusqu’à 7 001 mètres. Trois paliers qui font basculer d’un coup la carte des profondeurs où la vie sait recycler une baleine.

Une espèce inconnue, et un cimetière vieux de 5,3 millions d’années

Parmi les ossements, certains appartiennent à des baleines à bec encore vivantes aujourd’hui, comme la baleine de Sowerby ou la baleine à dents en sangle. D’autres sont ceux d’animaux disparus, dont une espèce entièrement nouvelle baptisée Pterocetus diamantinae, du nom du lieu de sa découverte. La datation au strontium, une horloge chimique inscrite dans les os, indique que des baleines tombent ici depuis au moins 5,3 millions d’années, c’est-à-dire depuis le début du Pliocène, quand nos ancêtres marchaient à peine debout. Une carcasse fraîche de cinq mètres, identifiée comme un petit rorqual de l’Antarctique, montre que le phénomène continue aujourd’hui.

Pourquoi un tel rassemblement à cet endroit précis ? La zone sert de territoire de chasse aux baleines à bec, qui plongent à des profondeurs extrêmes et y meurent parfois. La topographie en V de la faille canalise ensuite les corps vers le fond, et la faible sédimentation laisse les os à nu très longtemps. Les chercheurs y voient un possible couloir de vie traversant l’océan Indien, reliant entre eux des écosystèmes des grands fonds que l’on croyait isolés.

Sous-marin habité de grands fonds explorant un plancher océanique sombre, bras mécaniques déployés
Seul un sous-marin habité capable de plonger par ces pressions extrêmes a pu atteindre, voir et prélever à 7 000 mètres.

Si la scène vous paraît lointaine, elle l’est moins qu’il n’y paraît. Les baleines à bec, les héroïnes discrètes de cette histoire, fréquentent aussi les eaux françaises : on les observe dans le golfe de Gascogne et en Méditerranée, où elles plongent dans les canyons sous-marins. Et la France n’est pas étrangère à la course aux abysses : nous racontions récemment comment un grand recensement a révélé plus de mille espèces marines encore inconnues, preuve que l’inventaire du vivant océanique est loin d’être bouclé.

La revue Nature a mis en ligne une plongée filmée qui montre ce que le sous-marin a réellement vu au fond. Les images valent mieux que toute description du décor.

Vidéo : Nature video

On y mesure ce que les chiffres ne disent pas : la lenteur, l’obscurité, et ces ossements blancs qui surgissent dans le faisceau du sous-marin comme les ruines d’une cité engloutie.

Reste une question qui dépasse la prouesse technique. Si dix millions de baleines reposent dans une seule faille, combien d’autres cimetières attendent au fond des océans que quelqu’un descende les regarder ?

Questions courantes

Qu’est-ce qu’une chute de baleine ?
C’est le destin d’une baleine morte en mer : son corps coule au fond et nourrit, pendant des années, tout un écosystème de charognards, de vers fouisseurs et de bactéries. Une oasis de vie dans le désert des abysses.

Pourquoi cette découverte est-elle exceptionnelle ?
Aucun écosystème de carcasse vivant n’avait jamais été observé au-delà de 6 000 mètres. Ici, on en trouve jusqu’à 6 789 mètres en activité, et des fossiles jusqu’à 7 001 mètres, avec une densité record de 759,5 carcasses au km².

Qu’est-ce que Pterocetus diamantinae ?
Une espèce de baleine éteinte, totalement inconnue jusque-là, décrite à partir de fossiles trouvés sur le site. Son nom renvoie à la zone Diamantina où elle a été découverte.

Voit-on des baleines à bec en France ?
Oui. Ces grands plongeurs discrets fréquentent le golfe de Gascogne et la Méditerranée, où ils s’enfoncent dans les canyons sous-marins pour chasser.

En quoi est-ce un sujet climatique ?
Une baleine qui coule emporte avec elle le carbone de son corps. Dix millions de carcasses estimées dans la seule zone Diamantina représentent un puits de carbone des grands fonds jusqu’ici totalement absent des bilans.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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« Élise » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Nature, Science & Planète : le vivant, le climat et les découvertes scientifiques, expliqués simplement et sans jargon.

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