
Couchée sur le ventre, sans tête, dans un amas de pierres : c’est ainsi qu’une Athéna de marbre blanc, haute de près de deux mètres, a refait surface dans l’ouest de la Turquie. Les archéologues l’ont dégagée à l’arrière du bâtiment de scène du théâtre occidental de Laodicée, une cité antique proche de Denizli, là où résonnaient autrefois les récits hérités d’Homère.
Ce qui rend la trouvaille marquante, c’est à la fois son état et sa qualité. La déesse de la guerre et de la sagesse porte sur la poitrine l’égide, cette cuirasse merveilleuse ornée d’une tête de Méduse aux serpents finement détaillés. Le rendu des plis du tissu et des volumes trahit une grande maîtrise, le genre d’exécution soignée que l’on réserve aux pièces les plus en vue. Le dos de l’œuvre est resté inachevé, signe qu’elle était pensée pour être vue de face, adossée à un décor ou glissée entre des colonnes. Tête et bras manquent toujours à l’appel, et la tête, brisée au niveau du cou, n’a pas encore été retrouvée.

L’annonce est venue d’en haut. Le ministre de la Culture et du Tourisme, Mehmet Nuri Ersoy, a révélé la découverte le 23 avril 2026 sur ses réseaux, en soulignant la qualité de la pièce et son intérêt patrimonial. La trouvaille sert aussi de vitrine au programme national turc « Un héritage pour l’avenir », destiné à soutenir les fouilles, la restauration et la mise en valeur des sites antiques du pays.
Une déesse au style de l’époque d’Auguste
Le style de la sculpture la rattache à la période augustéenne, autrement dit au règne de l’empereur Auguste, entre 27 avant notre ère et 14 après. Athéna y apparaît dans une tenue classique : un péplos sans manches et un manteau agrafé au cou. L’égide à Méduse, censée pétrifier l’ennemi, n’est pas qu’un ornement ; c’est l’attribut qui dit, d’un seul coup d’œil, à quelle divinité on a affaire. C’est fin mars que des archéologues l’ont trouvée, face contre terre, dans un remblai de pierres derrière la façade de scène, là où les décombres avaient fini par l’ensevelir.
Ce style augustéen n’a rien d’un détail d’érudit. Sous Auguste, premier empereur de Rome, l’art puise volontiers dans les modèles grecs classiques, plus anciens de quelques siècles, pour donner aux villes de l’Empire un air de prestige et de continuité. Une Athéna sculptée dans ce goût, au cœur d’une cité d’Asie Mineure, c’est aussi une façon, pour Laodicée, d’afficher son rang et sa culture.
Et la statue n’ornait pas n’importe quel lieu. Le théâtre occidental, qui remonte au deuxième siècle avant notre ère, possédait un bâtiment de scène monumental, organisé sur trois niveaux rythmés chacun par seize colonnes. Entre ces colonnes prenaient place des sculptures de divinités, de rois et de personnages tirés des grands récits. L’ensemble formait un décor spectaculaire, pensé pour impressionner un public estimé entre 8 000 et 15 000 spectateurs. Les fouilles des dernières années y ont d’ailleurs exhumé plusieurs fragments liés à l’Odyssée et aux mésaventures d’Ulysse rentrant à Ithaque : sa rencontre avec les Lestrygons, géants cannibales, la grotte du cyclope Polyphème, le monstre marin Scylla. Athéna rejoignait donc une véritable galerie de pierre vouée au mythe.

Reste un détail souvent oublié, et qui prend ici tout son sens. Athéna n’était pas seulement la patronne des batailles et de l’intelligence : elle veillait aussi sur le tissage et les arts du fil, ce savoir-faire qu’illustre le mythe d’Arachné, la tisseuse lydienne qui osa la défier. Or le textile était précisément l’industrie première de Laodicée, réputée dans l’Antiquité pour ses laines. Voir surgir la déesse du fil et de la navette au cœur d’une ville drapière n’a donc rien d’un hasard ; c’est comme si la cité avait choisi sa protectrice.
Laodicée fut longtemps une cité prospère d’Asie Mineure, carrefour de routes et lieu de brassage entre cultures grecque, romaine et orientale. Sa richesse, elle la devait en partie à ses ateliers de tissage et à ses laines réputées. Découvrir là une Athéna soignée, posée dans l’espace le plus visible d’un théâtre, c’est mettre la main sur un fragment de cette fierté civique : la ville montrait, par ses statues, qui elle était et de quoi elle vivait.
Pour un lecteur français, le visage de cette déesse n’est pas si lointain. Le Louvre conserve l’Athéna dite de Velletri, grande figure de marbre du même monde antique, et l’égide à tête de Méduse orne quantité de frontons et de façades néoclassiques de nos villes, héritage d’un goût pour l’Antiquité qui ne s’est jamais éteint. La statue de Laodicée vient simplement rappeler que ces images, devenues familières, sont d’abord nées de mains qui sculptaient le marbre il y a deux mille ans. Elle dit aussi combien un théâtre antique n’était pas qu’un lieu de spectacle, mais un livre d’images où la cité affichait ses dieux, ses héros et ses récits fondateurs, à la vue de milliers de spectateurs réunis.
Le théâtre occidental de Laodicée n’a sans doute pas fini de parler. Les fouilles s’y poursuivent, et chaque saison y ramène un peu plus de la vie d’une cité qui fut un carrefour de cultures. Pour l’instant, c’est une déesse sans tête, mais reconnaissable entre toutes, qui rouvre le dialogue.
En bref
Où la statue a-t-elle été trouvée ?
Dans le bâtiment de scène du théâtre ouest de Laodicée, cité antique proche de Denizli, dans l’ouest de la Turquie.
De quand date-t-elle ?
Son style la rattache à la période augustéenne, le règne de l’empereur Auguste, entre 27 avant notre ère et 14 après.
Pourquoi une Méduse sur la statue ?
C’est l’égide, la protection d’Athéna, ornée d’une tête de Méduse aux serpents. Cet attribut permet d’identifier immédiatement la déesse.
Quel lien avec la ville de Laodicée ?
Athéna était aussi la patronne du tissage, et le textile était l’industrie première de Laodicée, réputée pour ses laines.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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