Gros plan abstrait sur une forme de lettre doublée : un contour fin et net superposé à une masse grise floue, sur fond blanc cassé

Cette police de caractères montre un mot à l’IA et un autre à vos yeux

Decoy Font superpose deux lettres au même endroit : un contour net que les modèles d'IA lisent, et une masse floue que votre œil reconstitue à distance. Le procédé date de 2006. Son auteur le recycle contre les IA de 2026, et prévient lui-même que ce n'est pas une garantie.

Flash

Une police de caractères publiée cette semaine écrit deux mots au même endroit : celui que lit une intelligence artificielle, et celui que vous lisez, vous. Elle s’appelle Decoy Font, elle est gratuite, et elle repose sur une astuce d’optique vieille de vingt ans, publiée en 2006 par trois chercheurs en vision par ordinateur.

À retenir

  • Decoy Font superpose deux lettres par caractère : un contour fin au premier plan, une masse floue en arrière-plan.
  • L’IA lit le contour net. Votre œil, à distance ou en plissant, lit la masse floue. Le message réel est celui que voit l’humain.
  • Le procédé s’appuie sur les images hybrides, une technique décrite en 2006 par Oliva, Torralba et Schyns.
  • L’auteur le dit lui-même : ce n’est pas une garantie. Un agent un peu outillé peut passer outre.

Concrètement, voici ce que ça change. Depuis deux ans, tout ce que vous publiez en ligne est lisible par des modèles qui moissonnent le texte et les images. Decoy Font propose de rendre une phrase illisible pour eux tout en la laissant lisible pour un humain.

Écran d'ordinateur portable rempli d'une grille de glyphes gris abstraits qui se brouillent vers les bords, posé sur un bureau nu
Decoy Font s’installe comme n’importe quelle police et se teste directement à l’écran, en reculant ou en plissant les yeux.

Le pari est mince, et son auteur ne prétend pas le contraire. Mais le mécanisme, lui, mérite deux minutes.

Comment ça marche

Tout tient dans une idée : deux images peuvent occuper le même espace si elles n’utilisent pas les mêmes fréquences spatiales. Dans chaque caractère de Decoy Font, le premier plan porte des contours fins et nets. L’arrière-plan porte une masse floue, à basse fréquence.

De près, votre œil accroche les contours. De loin, ou si vous plissez les yeux, les contours se dissolvent et la masse floue prend le dessus. Le mot change sous votre regard, sans que rien n’ait bougé à l’écran.

Les modèles, eux, ne reculent pas leur chaise. Ils analysent les pixels de près, et se fixent donc sur le contour net, celui qui est justement le leurre. Sur sa page, Mixfont montre des captures où GPT Sol et Gemini 3.5 lisent le mauvais mot.

Une astuce de 2006, recyclée

L’idée n’est pas neuve, et la page le reconnaît. Elle vient des images hybrides, décrites en juillet 2006 dans ACM Transactions on Graphics par Aude Oliva, Antonio Torralba et Philippe Schyns. Vous en connaissez le résultat le plus célèbre sans forcément le savoir : ce portrait qui est Einstein de près et Marilyn Monroe de loin.

Decoy Font applique la recette aux lettres, et l’empaquette dans un fichier TTF téléchargeable. C’est ce dernier point qui a fait sa fortune : mise en ligne le 16 juillet, elle a rassemblé plus de 540 points et 126 commentaires sur Hacker News en une journée. Ce n’est pas une démo en vidéo : c’est une police que l’on installe et dans laquelle on tape.

Diptyque du même motif de glyphes abstraits : net et lisible à gauche, dissous en taches floues à droite
Deux images dans le même espace : ce que vous lisez dépend de la distance à laquelle vous regardez.

Restent les limites, et elles sont posées par l’auteur : le procédé est un « point de confusion initial », pas un verrou. Un modèle doté d’outils, ou simplement prévenu qu’il doit chercher les lettres cachées, peut lire les deux messages. Autrement dit, la protection tient tant que la machine ne sait pas qu’on la trompe.

Pourquoi ça compte

Decoy Font ne protégera pas vos données. En revanche, elle mesure quelque chose d’utile : ces modèles ne voient pas comme nous. Ils lisent des pixels, là où nous reconstruisons une forme à partir d’un contexte et d’une distance. Tant que cet écart existe, il reste un endroit où l’humain lit ce que la machine ne lit pas. Il se referme un peu chaque année.

Votre réaction :

Article créé en collaboration avec l’IA.

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« Hugo » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Tech, IA & Futur : ce que la technologie et l’IA changent concrètement, à hauteur d’usage plutôt que de promesse.

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