Un disque dur externe posé dans un coffre métallique ouvert, dans une pièce sombre.

1 % de l’archive Snowden a été publié, le reste n’a pas bougé depuis 2019

Sur les centaines de milliers de documents sortis de la NSA en 2013, quatre rédactions en ont publié 456. Le décompte média par média, la date où tout s'est arrêté, et ce qui reste entre trois mains privées.

Sommaire
  1. En bref
  2. Quatre rédactions, 456 documents
  3. Pourquoi tout s’est arrêté en mai 2019
  4. Ce que des journalistes du Monde avaient obtenu
  5. Un fonds privé, sans horloge
  6. Ce que ça change pour vous
  7. Questions courantes

Décryptage

Vous avez lu environ 1 % de l’archive Snowden. Depuis le 29 mai 2019, plus aucun document n’en est sorti. Les centaines de milliers de fichiers emportés de la NSA en 2013 sont restés aux États-Unis, dans les copies que conservent Glenn Greenwald, Laura Poitras et Barton Gellman.

Le rapport se calcule sans mystère : ce que chaque rédaction a réellement mis en ligne, rapporté au volume qu’elle disait détenir. Chez le Guardian, il tombe à 0,05 %. La question qui reste ouverte n’est pas journalistique, elle est patrimoniale : que devient un fonds de cette taille quand plus personne ne le publie ?

En bref

  • Environ 1 % des documents sortis de la NSA en 2013 a été publié, selon les estimations les plus courantes.
  • Le Guardian disait détenir près de 58 000 documents et en a publié une trentaine avant de s’arrêter le 27 février 2014.
  • The Intercept a supprimé son pôle archive le 13 mars 2019 et publié son dernier texte tiré du fonds le 29 mai 2019.
  • Trois personnes conservent des copies complètes ou substantielles : Glenn Greenwald, Laura Poitras et Barton Gellman.
  • Aucune des trois n’a publié de document depuis cette date.

Quatre rédactions, 456 documents

Edward Snowden n’a pas remis son fonds à un seul journal. En juin 2013, des copies partent vers Glenn Greenwald et Laura Poitras d’un côté, vers Barton Gellman du Washington Post de l’autre. Le Guardian transmet ensuite du matériel britannique au New York Times et à ProPublica. Der Spiegel travaille sur son propre lot.

Chaque rédaction n’a publié qu’une fraction de ce qu’elle tenait. Le Guardian a déclaré détenir environ 58 000 documents et en a mis en ligne une trentaine. Le Washington Post, servi par un lot de plus de 50 000 fichiers, arrive au même ordre de grandeur. Der Spiegel a publié quelque 140 documents dans dix-huit articles. The Intercept, qui disposait d’un accès complet, en a sorti environ 256 sur ses deux premières années. Ces décomptes sont rassemblés dans un bilan publié par Libroot.

Mis bout à bout, ils dessinent une échelle que le mot « archive » fait oublier.

Quatre rédactions totalisent 456 documents publiés. Le chiffre de The Intercept ne couvre que 2014-2015 : s’y ajoutent huit lots de bulletins internes SIDtoday, jusqu’au 29 mai 2019.
Quatre rédactions totalisent 456 documents publiés. Le chiffre de The Intercept ne couvre que 2014-2015 : s’y ajoutent huit lots de bulletins internes SIDtoday, jusqu’au 29 mai 2019.
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Le tableau reprend la même série, en ajoutant ce que chaque rédaction disait détenir et la date de son dernier texte.

Ce que chaque rédaction disait détenir et ce qu’elle a publié de l’archive Snowden, 2013-2019 (décomptes rassemblés par Libroot à partir des publications d’époque).
RédactionDocuments reçusDocuments publiésDernière publication
The Guardianenviron 58 000une trentaine, soit 0,05 %27 février 2014
The Washington Postplus de 50 000 (ordre de grandeur)une trentaine, soit 0,06 %juillet 2014
Der Spiegellot non chiffréenviron 140, dans 18 articlesjanvier 2015
New York Times et ProPublicamatériel britannique transmis par le Guardianune poignée15 août 2015
The Interceptaccès à l’archive complèteenviron 256 en 2014-2015, puis 8 lots SIDtoday29 mai 2019

456 documents : de quoi remplir un classeur.

Pourquoi tout s’est arrêté en mai 2019

Les arrêts se sont faits en cascade, sans annonce commune. Le Guardian cesse le 27 février 2014. Le Washington Post s’arrête à l’été 2014, Der Spiegel en janvier 2015, le New York Times et ProPublica le 15 août 2015.

Reste The Intercept, qui hérite du rôle et le tient cinq ans. En mai 2016, la rédaction lance la série SIDtoday, faite des bulletins publiés sur un site interne de la NSA pendant plus d’une décennie après 2001. Son annonce promet des lots réguliers, en partant des textes de 2003 pour remonter jusqu’à 2012.

Le 13 mars 2019, l’équipe chargée de l’archive est supprimée. Dans sa lettre ouverte du 14 janvier 2021, Laura Poitras écrit que ce pôle pesait moins de 2 % du budget, que la direction avait accepté de le conserver, puis a licencié l’équipe deux jours plus tard en invoquant d’autres priorités éditoriales. Glenn Greenwald a d’abord mis en avant des contraintes financières et son intention de chercher des partenaires, notamment universitaires.

Le dernier texte tiré du fonds paraît le 29 mai 2019 : une enquête sur le renseignement américain partagé avec Israël, signée Murtaza Hussain, accompagnée du huitième et dernier lot SIDtoday. Puis plus rien.

Un poste de travail de rédaction inoccupé, écrans éteints et câble réseau débranché.
L’équipe chargée de l’archive a été supprimée le 13 mars 2019 ; le dernier texte est paru le 29 mai suivant.

Ce que des journalistes du Monde avaient obtenu

Le dossier n’est pas qu’américain. En ouvrant l’accès à son archive en mai 2016, The Intercept indiquait avoir commencé à en donner l’entrée à des journalistes du Monde et d’autres rédactions, épaulés par ses équipes éditoriale, juridique et technique. Environ 1 % de l’archive Snowden a été rendu public, et aucun document n’en est sorti depuis le 29 mai 2019, y compris pour les journalistes du Monde à qui The Intercept avait ouvert un accès en mai 2016.

Concrètement, cet accès reposait sur un dispositif privé : une salle, des machines, une équipe de recherche salariée. L’équipe disparue, l’accès disparaît avec elle. Ce n’était pas un archivage, c’était une hospitalité.

La différence n’est pas théorique. Un fonds archivé survit à celui qui le détient, parce qu’une institution en répond. Un fonds hébergé s’éteint avec la ligne budgétaire qui le porte.

Un fonds privé, sans horloge

Un document classifié finit d’ordinaire par sortir, parce qu’une institution tient le calendrier. Aux États-Unis, les Archives nationales ont mis en ligne la version intégrale des Pentagon Papers pour le quarantième anniversaire de la fuite de juin 1971 : 48 cartons, environ 7 000 pages déclassifiées, dont 34 % rendues accessibles pour la première fois.

L’archive Snowden n’a pas cette horloge. Entre les mains de ses détenteurs, elle n’est pas un fonds classifié en attente de déclassification : elle est un bien privé. Aucun délai légal ne court, aucune obligation de versement ne pèse sur elle, aucun inventaire public n’en décrit le contenu.

En 2023, Jacob Appelbaum a affirmé dans un entretien allemand que la copie détenue par The Intercept avait été détruite, en citant un informateur interne. La rédaction n’a ni confirmé ni démenti. Dans le même entretien, il constate que « seule une très, très petite partie des fichiers Snowden est accessible au public ».

Des rangées de boîtes d’archives grises sur des étagères métalliques, étiquettes illisibles.
Les Pentagon Papers ont fini par trouver un dépôt public et un calendrier de déclassification.

C’est là que le sujet cesse d’être une affaire de presse. Une archive dont personne ne peut constater l’état de l’extérieur a cessé d’être une source.

Ce que ça change pour vous

Rien ne bougera dans votre téléphone demain matin. Ce qui bouge, c’est le statut de ce que vous croyez savoir. Ce que le public connaît de la surveillance de masse tient dans quelques centaines de documents, choisis par une poignée de journalistes entre 2013 et 2019. Ce que contient le reste n’a fait l’objet d’aucun inventaire public.

Deuxième conséquence, plus terre à terre : un fichier n’existe que tant que quelqu’un paie pour le garder. La règle vaut pour un fonds journalistique comme pour des données effacées chez un hébergeur. La parade tient au même réflexe : savoir où vivent vos fichiers, et chez qui, avant d’avoir à les réclamer. C’est tout l’objet de nos conseils pour reprendre la main.

Les Pentagon Papers avaient une date. Celle-ci n’en a pas.

Questions courantes

Que sont les documents SIDtoday ?
Ce sont les bulletins d’information publiés sur un site interne de la NSA pendant plus d’une décennie après 2001, repris en huit lots successifs par The Intercept à partir de mai 2016, en commençant par les textes de 2003.

Peut-on encore consulter les documents déjà publiés ?
Oui. Les fichiers mis en ligne par les rédactions entre 2013 et 2019 restent accessibles sur leurs sites, avec les articles qui les accompagnaient. Ce sont ces pages, et non un dépôt central, qui font aujourd’hui office de bibliothèque.

Pourquoi les rédactions publiaient-elles par lots et non d’un bloc ?
Chaque document devait être caviardé pour protéger des personnes sans rapport avec les programmes visés, relu juridiquement, puis soumis à la NSA qui pouvait formuler des observations avant parution. Ce travail supposait une équipe permanente.

L’archive peut-elle encore être confiée à une institution ?
Rien n’a été annoncé en ce sens. En mars 2019, Glenn Greenwald évoquait la recherche de partenaires, notamment universitaires, mais aucun accord de ce type n’a été rendu public depuis. Les copies restent des biens privés.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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« Hugo » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Tech, IA & Futur : ce que la technologie et l’IA changent concrètement, à hauteur d’usage plutôt que de promesse.

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