Recif de coraux d'eau froide Bathelia candida a 1 000 metres de profondeur au large de l'Argentine

A 1 000 m de profondeur au large de l’Argentine, un recif corallien immense que personne n’attendait

Le navire de recherche Falkor a longe 900 km de cotes argentines et trouve le plus grand recif de corail d'eau froide a Bathelia candida jamais recense, avec 28 especes potentiellement nouvelles.

Sommaire
  1. En bref
  2. Un corail sans soleil, nourri par la neige marine
  3. Ce que les fonds européens nous apprennent sur ce qui reste à découvrir
  4. Questions courantes

On pensait trouver de la vase et du vide. On a trouve l’une des forets sous-marines les plus vivantes jamais observees dans l’hemisphere sud. Sur 900 kilometres de marge continentale patagonne, a environ 1 000 metres de fond, deux expeditions du navire de recherche R/V Falkor (too) du Schmidt Ocean Institute ont mis au jour le plus grand recif de Bathelia candida (corail d’eau froide rare, de couleur rose, orange ou blanche) connu dans l’ocean mondial, accompagne de 28 especes potentiellement nouvelles pour la science. Le detail de ces decouvertes a ete publie en fevrier 2026 par le Schmidt Ocean Institute, et relaie en avril par Mongabay.

En bref

  • Au large de l’Argentine, deux expéditions du navire Falkor (too) ont cartographié le plus grand récif de Bathelia candida connu, sur 900 km de côtes et à environ 1 000 mètres de fond.
  • Un seul monticule corallien couvre déjà 0,4 km2, la superficie de la Cité du Vatican, et l’équipe a relevé 28 espèces potentiellement nouvelles pour la science.
  • Selon le programme Seabed 2030, seuls 28,7 % des fonds océaniques sont cartographiés aux standards modernes, contre 6 % en 2017.
  • La France dispose de coraux d’eau froide dans le golfe de Gascogne, cartographiés par l’IFREMER, la Norvège ayant été en 1999 le premier pays à les protéger légalement.

La surprise tient en une phrase : personne ne cherchait ça. L’objectif initial des expéditions (juillet 2025, puis décembre 2025 à janvier 2026) était de localiser des suintements froids, zones où le méthane s’échappe du plancher océanique et nourrit des écosystèmes chimiosynthétiques. La chercheuse principale, la Dr Maria Emilia Bravo de l’Université de Buenos Aires et du CONICET (le CNRS argentin), a résumé l’état d’esprit de l’équipe : « Nous ne nous attendions pas à un tel niveau de biodiversité dans les eaux profondes argentines. Voir toute cette biodiversité, ces fonctions écosystémiques, cette connectivité qui se dévoilent était incroyable. » Un seul monticule corallien recouvrait déjà 0,4 kilomètre carré, soit la superficie de la Cité du Vatican. Les plongées du véhicule sous-marin télécommandé SuBastian ont montré des dizaines d’autres monticules disséminés sur les 900 km cartographiés.

Vehicule sous-marin telecommande explorant une paroi de canyon couverte de coraux d'eau froide
Le ROV SuBastian a effectué des dizaines de plongées le long de 900 km de marge continentale patagonne pour cartographier le récif.

Un corail sans soleil, nourri par la neige marine

Pour comprendre ce que cette découverte représente, il faut d’abord saisir ce qu’est un corail d’eau froide, et en quoi il diffère radicalement de ses cousins tropicaux. Contrairement aux récifs de Bali ou des Caraïbes, qui doivent leur existence aux zooxanthelles (algues photosynthétiques vivant en symbiose dans les tissus coralliens), les coraux d’eau froide n’ont pas besoin de lumière. À 1 000 mètres de fond, il fait nuit noire. Leur nourriture, c’est la « neige marine » : une pluie continue de particules organiques, de zooplancton et de débris qui descend lentement depuis la surface. Les courants océaniques, en brassant l’eau, leur apportent ces proies en suspension dont ils se saisissent avec leurs tentacules armés de nématocystes (cellules urticantes).

La croissance est donc lente, environ 1 millimètre par an pour la structure du récif, contre 10 à 20 centimètres pour les coraux tropicaux à croissance rapide comme les Acropora. Certaines colonies de Lophelia pertusa en Norvège, espèce européenne équivalente à la Bathelia candida sud-américaine, ont été datées à plus de 8 000 ans. Ce que les ROV ont filmé en Argentine, c’est donc non seulement un écosystème exceptionnel par sa taille, mais un édifice bâti sur des millénaires : les plongées ont révélé des étoiles de mer « panier » (Gorgonocephalus chilensis) cramponnés aux rameaux blancs des coraux, des pieuvres couveuses, des langoustes de roche, des calmars en verre, des étoiles cassantes. L’équipe a aussi observé la première chute de baleine documentée dans les eaux argentines : un squelette de cétacé repose à 3 890 mètres de fond, servant d’écosystème temporaire à des crabes, des requins et des vers Osedax qui dégradent l’os.

La question de la protection se pose déjà. Les chercheurs ont trouvé des lignes de pêche et des sacs plastiques pris dans les coraux, et ce qui ressemble à des cicatrices de chalutage. L’Argentine n’a pas eu jusqu’ici la capacité d’exploration que détiennent les nations de l’hémisphère nord, et les zones concernées pourraient être prospectées pour le pétrole et le gaz. Or un récif d’eau froide détérioré met des siècles à se reconstituer. Erik Cordes, biologiste à Temple University et co-responsable des plongées, le résume clairement : « Si on sait où ces choses se trouvent et comment elles fonctionnent, on peut planifier les activités industrielles sans impact majeur sur un écosystème dont nous dépendons. »

Cote des Lofoten en Norvege, ou se trouve le plus grand complexe de coraux d'eau froide d'Europe
Le récif de Rost, dans les Lofoten norvégiens, est le plus grand complexe de coraux d’eau froide recensé en Europe. La Norvège a été en 1999 le premier pays à les protéger légalement.

On cherchait des suintements de méthane. On a trouvé le plus grand récif de Bathelia candida jamais recensé, sur 900 km de côtes argentines que personne n’avait encore vraiment explorés.

Fonds océaniques cartographiés aux standards modernes (programme Seabed 2030)
Fonds océaniques cartographiés aux standards modernes (programme Seabed 2030)

Le bond de 6 % à 28,7 % de fonds cartographiés entre 2017 et 2025 est spectaculaire, mais il laisse 71 % de l’océan mondial dans l’inconnu : c’est précisément dans ce vide que la Patagonie sous-marine a pu abriter un récif millénaire sans que personne ne le sache. La découverte argentine n’est pas une exception, c’est un échantillon de ce qui reste à trouver.

Repère de tailleDimensionÉquivalent
Un seul monticule corallien découvert0,4 km2Superficie de la Cité du Vatican
Côtes argentines cartografiées900 kmDistance Paris-Bordeaux (aller-retour)
Profondeur du récif~ 1 000 mNuit noire permanente, sans lumière
Croissance du corail d’eau froide~ 1 mm/anContre 10-20 cm/an pour les Acropora tropicaux
Âge de colonies européennes comparables> 8 000 ansAntérieures à la construction de Stonehenge
Source : Schmidt Ocean Institute (février 2026) ; Mongabay (avril 2026) ; programme Seabed 2030

Ce que les fonds européens nous apprennent sur ce qui reste à découvrir

La découverte argentine éclaire un chiffre vertigineux : selon le programme Seabed 2030, seuls 28,7 % des fonds océaniques ont été cartographiés aux standards modernes, contre 6 % en 2017. Cette progression massive n’a suffi qu’à révéler à quel point nous ignorons l’essentiel. En Europe, la Norvège offre le cas de référence : elle abrite la plus forte densité connue de récifs à Lophelia pertusa dans le monde. Le récif de Rost, dans l’archipel des Lofoten, est le plus grand complexe corallien d’eau froide connu à l’échelle mondiale, long d’environ 35 km sur 3 km de large. La Norvège a été en 1999 le premier pays au monde à protéget légalement ces écosystèmes, en fermant la zone du récif de Sula (à l’ouest de Trondheim) au chalutage de fond. Ce précédent européen est aujourd’hui cité comme modèle par les biologistes qui étudient les eaux profondes argentines.

La France n’est pas absente du dossier. Des coraux d’eau froide (Lophelia pertusa et Madrepora oculata) ont été recensés dans le golfe de Gascogne et au large des Canaries, en zone économique exclusive française ou dans les eaux adjacentes. L’IFREMER contribue à leur cartographie, et la réglementation européenne interdit le chalutage de fond dans certaines zones de haute mer Atlantique nord depuis 2004. Mais la comparaison avec la Norvège ou l’Argentine montre que la protection des coraux d’eau froide reste fragmentaire à l’échelle globale, proportionnelle aux lacunes de la cartographie.

Ce que l’expédition argentine ouvre comme perspective est moins une réponse qu’une invitation : si une structure de cette taille a pu passer inaperçue jusqu’en 2025 dans les eaux d’un pays côtier, combien de « Patagonies sous-marines » restent encore enfouies dans les 71 % de fonds non cartographiés ?

Questions courantes

Qu’est-ce qu’un corail d’eau froide, et pourquoi vit-il sans lumière ?
Un corail d’eau froide, comme Bathelia candida, n’a pas besoin d’algues photosynthétiques. Il se nourrit de zooplancton et de particules organiques transportés par les courants, entre 200 et 1 000 mètres de fond, là où il fait nuit permanente. Sa croissance est lente (environ 1 mm par an pour la structure du récif), et certaines colonies européennes ont plus de 8 000 ans.

Quelle est la taille du récif découvert en Argentine ?
Les deux expéditions ont cartographié un récif de Bathelia candida le long de 900 km de côtes argentines, à environ 1 000 mètres de profondeur. Un seul monticule corallien couvre déjà 0,4 km2 (comme la Cité du Vatican). C’est le plus grand récif de cette espèce jamais recensé dans l’océan mondial.

Combien de fonds océaniques sont cartographiés ?
Seuls 28,7 % des fonds océaniques ont été cartographiés aux standards modernes selon le programme international Seabed 2030, contre 6 % en 2017. Les 71 % restants restent largement inconnus.

Ces récifs sont-ils menacés ?
Oui. L’expédition a relevé des traces de chalutage, des filets de pêche pris dans les coraux, et des plastiques. Les zones concernées pourraient aussi être prospectées pour le pétrole et le gaz. Un récif d’eau froide détérioré met des siècles à se reconstituer, ce qui en fait un écosystème particulièrement vulnérable.

Quel précédent de protection existe-t-il en Europe ?
La Norvège a été en 1999 le premier pays à interdire le chalutage de fond sur ses récifs de coraux d’eau froide. L’Union européenne a suivi en 2003-2004 pour certaines zones de l’Atlantique nord. La France dispose de coraux d’eau froide dans le golfe de Gascogne, cartographiés par l’IFREMER.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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