Un alpiniste en doudoune rampe sur la glace dans la cascade du Khumbu a l'aube

Donné pour mort six jours dans la zone de la mort de l’Everest, un guide sherpa est retrouvé vivant en train de ramper vers le camp de base

Hillary Dawa Sherpa, 52 ans, avait disparu le 29 mai à plus de 7 000 m. Sa famille avait déjà commencé les rites funéraires quand une équipe de ramassage de déchets l'a repéré, encore vivant, dans la cascade de glace du Khumbu.

Sommaire
  1. En bref
  2. Survivre là où le corps se dérègle
  3. Les sherpas, ouvriers de l'extrême
  4. Questions courantes

Publié le 11 juin 2026 · Mis à jour le 13 juin 2026 à 14h37

Sa femme et sa fille attendaient à l’hôpital de Katmandou. Elles avaient entamé les rites funéraires depuis deux jours quand le téléphone a sonné : Hillary Dawa Sherpa, guide de haute montagne de 52 ans, donné pour mort après six jours de disparition sur l’Everest, venait d’être retrouvé vivant. Une équipe du Comité de lutte contre la pollution du Sagarmatha le ramassait dans la cascade de glace du Khumbu, à quelques centaines de mètres du camp de base, en train de ramper et de glisser sur la glace. Sans nourriture. Sans eau. Sans oxygène d’appoint. Pendant six jours.

En bref

  • Hillary Dawa Sherpa, guide de haute montagne de 52 ans donné pour mort, a été retrouvé vivant après six jours de disparition sur l’Everest, sans nourriture, sans eau ni oxygène d’appoint, en train de ramper dans la cascade de glace du Khumbu.
  • Sa famille avait déjà entamé les rites funéraires quand une équipe du Comité de lutte contre la pollution du Sagarmatha, chargée de ramasser les déchets en fin de saison, l’a repéré près du camp de base.
  • Les travailleurs d’altitude, en grande majorité des sherpas, représentent 39% des 339 morts recensés sur l’Everest entre 1921 et 2025, leur exposition au danger étant répétée tout au long de leur carrière.
  • La saison 2026 a battu un record avec 464 permis délivrés par le Népal, à 15 000 dollars chacun, soit une hausse de 36% en un an.

Le 29 mai 2026, Dawa Sherpa guidait un alpiniste polonais lors de la descente, à la fin d’une saison record sur le toit du monde. Vers 7 400 m d’altitude, les deux hommes se sont séparés. Le client a rejoint le camp de base. Dawa non. Les hélicoptères de secours ont quadrillé la zone pendant des jours sans le trouver. La famille avait commencé à faire son deuil. Il était en vie.

Alpiniste en equipement complet d'altitude dans un camp de haute montagne himalayenne
Illustration. Au-dessus de 8 000 m, sans oxygène d’appoint, la survie est comptée en heures même pour les alpinistes les mieux préparés.

Survivre là où le corps se dérègle

Pour comprendre ce que représentent six jours à cette altitude, il faut savoir ce qui se passe dans le corps au-dessus de 8 000 m, ce que les alpinistes appellent la « zone de la mort ». Au-delà de ce seuil, la saturation en oxygène du sang (SpO2) peut tomber à 50-60 % contre 95-100 % au niveau de la mer. Sans apport d’oxygène artificiel, les organismes de montagne les plus entraînés ne peuvent survivre que 16 à 20 heures, selon des données compilées par des physiologistes spécialisés en médecine d’altitude. La descente de Dawa a commencé au-dessus du Camp 3, à une altitude plus clémente que la zone fatale, mais les nuits dans les Himalayas en fin de saison restent meurtrières : températures inférieures à -20 degrés Celsius, vent, humidité, et la cascade du Khumbu pour seul terrain. Ce glacier est réputé parmi les plus dangereux de la planète : ses séracs, ses crevasses et ses blocs de glace mobiles causent chaque année des accidents mortels.

Quand les secouristes l’ont atteint, Dawa portait encore sa doudoune et ses pantalons isolants. Il souffrait d’épuisement sévère et de gelures aux mains. Il était conscient. « Il m’a reconnu, dit bien, parle », a confié sa fille Mhendo Lhamo Sherpa depuis l’hôpital HAMS de Katmandou, selon ABC News. Le directeur exécutif de 8K Expeditions, société qui avait coordonné les recherches, a qualifié le sauvetage d’« astonishing », stupéfiant. L’équipe qui l’a retrouvé n’était pas une unité de secours militaire : c’était la brigade chargée de ramasser les déchets en fin de saison et de démonter les cordes fixes.

Guide sherpa portant une charge lourde sur un sentier enneige en haute altitude himalayenne
Illustration. Les sherpas concentrent une part disproportionnée des risques sur l’Everest, cumulés sur des carrières entières.

La saison 2026 sur l’Everest a battu un record de fréquentation ; elle restera aussi celle du sauvetage improbable de Dawa Sherpa, retrouvé vivant après six jours de disparition.

Saison Everest 2026 : permis et coût en hausse
Saison Everest 2026 : permis et coût en hausse

Le bond de 36 % du tarif des permis en un seul an, combiné au record de 464 grimpeurs autorisés, traduit une exposition croissante des guides : plus de clients signifie plus de rotations en zone de la mort. Pourtant, les sherpas représentent déjà 39 % des morts historiques sur la montagne, alors qu’ils n’y montent pas pour un record personnel.

DonnéeChiffreContexte
Travailleurs d’altitude parmi les morts (1921-2025)132 sur 33939 % des victimes totales
Sherpas tués en une avalanche (18 avril 2014)16Catastrophe de la cascade du Khumbu
Survie sans oxygène artificiel au-dessus de 8 000 m16 à 20 heuresOrganismes les mieux entraînés, selon physiologistes d’altitude
Jours de survie de Dawa Sherpa (mai 2026)6 joursSans nourriture, eau ni oxygène d’appoint
Source : ABC News, Global News, Wikipedia (List of people who died climbing Mount Everest)

Les sherpas, ouvriers de l’extrême

Dawa n’est pas un cas isolé dans une statistique abstraite. Il est l’un des 132 travailleurs d’altitude, en grande majorité des sherpas, qui figurent parmi les 339 morts recensés sur l’Everest entre 1921 et 2025. Soit 39 % des victimes totales, pour des hommes qui ne viennent pas là chercher un record personnel mais un salaire. Le 18 avril 2014, seize d’entre eux ont été tués en quelques secondes dans une avalanche dans cette même cascade du Khumbu, la pire catastrophe de l’histoire de la montagne.

La saison 2026 a battu un record de fréquentation : 464 permis d’escalade délivrés par le Népal, pour un tarif individuel passé à 15 000 dollars, soit une hausse de 36 % en un an. Chaque grimpeur qui tente le sommet emploie en général plusieurs sherpas, pour porter les charges, fixer les cordes, transporter les bouteilles d’oxygène et ouvrir la voie. Plus il y a de clients, plus le volume d’exposition des guides augmente. Cette exposition est répétée : un sherpa comme Dawa, après des décennies de métier, a cumulé des centaines de jours en haute altitude, là où chaque séjour laisse des traces physiologiques irréversibles.

La résilience des sherpas à l’hypoxie n’est pas du folklore. Elle est documentée scientifiquement : leurs mitochondries, les centrales énergétiques de chaque cellule, fonctionnent différemment de celles des lowlanders, leur permettant d’utiliser l’oxygène de manière plus efficace à basse pression partielle. « Les sherpas sont construits pour la montagne. Si quelqu’un d’autre avait été à sa place, il n’aurait peut-être pas survécu », a déclaré Ang Tshering Sherpa, figure de la communauté himalayenne, selon Global News.

Ce récit transpire quelque chose que les comptes rendus de sommets ont longtemps occulté : le risque n’est pas réparti également sur la montagne. Il est concentré sur ceux qui permettent aux autres de monter. En France, le guide de haute montagne partage une partie de cette logique : une profession exposée, peu visible hors des communiqués d’ascension réussie, et dont l’engagement physique reste largement sous-estimé du grand public. L’angle change quand on retourne la photo : pas le client qui a failli réussir, mais le guide qui a survécu seul pendant six jours, ramant vers le bas.

Questions courantes

Qui est Hillary Dawa Sherpa ?
Un guide de haute montagne népalais de 52 ans, employé par la société Himalayan Traverse basée à Katmandou. Il guidait un alpiniste polonais lors de la fermeture de la saison 2026 sur l’Everest.

Comment a-t-il survécu six jours sans nourriture ni oxygène ?
Les conditions exactes de sa survie ne sont pas encore connues dans le détail. Les sherpas présentent une adaptation physiologique documentée à l’altitude. Il portait ses vêtements chauds et se trouvait sous le seuil de la zone de la mort (8 000 m), dans la cascade du Khumbu vers 5 500 m.

Qui l’a retrouvé ?
Une équipe du Comité de lutte contre la pollution du Sagarmatha (SPCC), chargée de ramasser les déchets et de démonter les cordes fixes en fin de saison. Ces équipes de nettoyage sont souvent les dernières présentes sur la montagne.

Les sherpas sont-ils les plus exposés sur l’Everest ?
Les travailleurs d’altitude représentent 39 % des morts recensés sur l’Everest depuis 1921. Leur exposition est répétée et cumulée sur toute une carrière, contrairement aux alpinistes clients qui tentent le sommet une ou quelques fois.

Quelle est la situation en France pour les guides de montagne ?
Les guides de haute montagne français sont certifiés par l’Ecole nationale de ski et d’alpinisme (ENSA) à Chamonix. Le métier comporte des risques élevés d’exposition aux aléas climatiques et aux chutes, peu comparables à l’altitude himalayenne mais relevant de la même logique de travail en zone dangereuse pour permettre à autrui d’atteindre son objectif.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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