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On croyait l’arc européen né à la grotte Mandrin voici 54 000 ans, sauf qu’une pointe de silex de 1,1 gramme le fait remonter de vingt-cinq millénaires. Elle a été taillée à l’abri d’Obi-Rakhmat, en Ouzbékistan, à 1 250 mètres d’altitude dans les contreforts du Tian Shan. Les micro-pointes de l’abri d’Obi-Rakhmat (Ouzbékistan) sont datées d’environ 80 000 ans, soit vingt-cinq millénaires avant les micro-pointes identiques de la grotte Mandrin (Drôme), la plus ancienne trace d’arc connue en France, selon l’étude parue dans PLOS One le 11 août 2025.
L’étude est signée Hugues Plisson, du laboratoire PACEA de l’université de Bordeaux, avec des archéologues de Novossibirsk et de Tachkent. Elle est parue dans PLOS One le 11 août 2025, et son titre se termine par un point d’interrogation.
Sur les vingt armatures retenues dans l’inventaire lithique du site, trois familles se distinguent : des pointes retouchées, des lamelles, et des micro-pointes triangulaires non retouchées que leur état fragmentaire avait fait passer inaperçues. Ce sont ces dernières qui comptent. La seule entière mesure 21,8 millimètres de long sur 17,3 de large et pèse 1,1 gramme ; les autres, cassées, pèsent de 1 à 4,5 grammes. Dans les mêmes couches 20 et 21, les grandes pointes retouchées presque complètes en pèsent 25 à 35 : la plus légère des micro-pointes pèse 23 à 32 fois moins que ses voisines de niveau. Deux systèmes d’armes dans un seul assemblage.

Trop étroite pour autre chose qu’une hampe de flèche
Une pointe ne dit pas d’elle-même qu’elle a volé. Le tri s’est fait au microscope stéréoscopique, puis à l’optique en réflexion jusqu’au grossissement 500, pour repérer les fractures d’impact et les stries linéaires laissées par le choc, les MLIT du vocabulaire tracéologique. Deux micro-pointes portent les deux signatures à la fois. Le classement s’appuie sur un corpus expérimental de plus de 500 pointes tirées par l’équipe.
Le reste tient à une règle de mécanique élémentaire : la circonférence maximale d’une pointe doit valoir 140 à 150 % du diamètre de la hampe qui la porte. Appliquée aux micro-pointes d’Obi-Rakhmat, dont la largeur moyenne atteint 18,2 millimètres, elle donne un périmètre de 23,6 à 25,1 millimètres, soit une hampe de 7,5 à 8 millimètres de diamètre. Un fût de flèche. Les auteurs les jugent trop étroites pour avoir été emmanchées sur autre chose, et rappellent que la pénétration dépend d’abord de la largeur et du tranchant, pas du poids : un arc de faible puissance suffit.
Le rapprochement avec la Drôme tient dans cinq lignes.
| Obi-Rakhmat (Ouzbékistan) | Grotte Mandrin (Drôme) | |
|---|---|---|
| Datation | environ 80 000 ans | 54 000 ans |
| Niveau | couches 20 et 21 | couche E |
| Micro-pointes | 1 à 4,5 g ; la seule entière : 21,8 × 17,3 mm pour 1,1 g | 40 % sous 10 mm de large, 30 % à peine quelques grammes |
| Reste humain associé | crâne d’enfant aux traits mosaïques | une dent de lait d’Homo sapiens |
| Étude | PLOS One, 11 août 2025 | Science Advances, mars 2023 |
Vingt-cinq millénaires plus tard, dans la vallée du Rhône
La grotte Mandrin domine le Rhône à 6 000 kilomètres de là. Sa couche E, datée de 54 000 ans, a livré près de 1 500 petites lames et pointes de tradition néronienne et une dent de lait d’Homo sapiens, la plus ancienne trace connue de notre espèce en Europe. En 2023, Laure Metz, Jason E. Lewis et Ludovic Slimak concluaient dans Science Advances que ces armatures minuscules, dont 40 % font moins de 10 millimètres de large et 30 % pèsent à peine quelques grammes, n’avaient pu être propulsées qu’à l’arc, reculant l’origine de l’archerie d’environ 40 000 ans en Eurasie.
Les micro-pointes des deux sites se ressemblent au point que Plisson et ses coauteurs les disent interchangeables « sans qu’aucun détail autre que la pierre ne trahisse la substitution », rapporte ScienceDaily. Entre les deux, vingt-cinq millénaires et 6 000 kilomètres sans jalon publié. AAP le montrait sur les trésors monétaires romains : la carte des découvertes commence par être celle des chantiers.
L’arc, lui, n’a jamais été retrouvé
Aucun bois n’a traversé 80 000 ans. Les fouilles livrent des pointes ; l’arc se déduit d’elles, de leur largeur et du diamètre de hampe qu’elles imposent. La démonstration porte sur l’armature, pas sur l’arme.
Reste la main qui l’a tenue. Le crâne d’enfant exhumé à Obi-Rakhmat présente une mosaïque de traits qui interdit de trancher : les auteurs penchent pour un Homo sapiens archaïque plutôt qu’un Néandertal, sans écarter un hybride avec Néandertal ou Dénisovien, et notent qu’en l’absence d’analyse génomique ou protéomique sur le site la question reste ouverte. Leur argument est ailleurs, dans l’outillage : la présence, dans un même assemblage, de plusieurs types d’armatures dont certaines microlithiques et taillées pour ce seul usage n’a jamais été documentée que sur des sites d’humains modernes.
Pour mesurer la profondeur de champ : AAP racontait le 22 juillet 2026 comment cinq princesses égyptiennes de Dahchour, enterrées avec leur arc il y a 4 000 ans, portaient dans leurs os la marque de l’avoir tendu. Vingt fois plus près de nous que les pointes d’Obi-Rakhmat.
Il ne manque donc pas une flèche à Obi-Rakhmat, il manque une molécule. Tant qu’aucune protéine ni aucun ADN n’aura été extrait des restes humains des couches 20 et 21, le point d’interrogation du titre tiendra.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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