Une rivière large coule dans un canyon rocheux en automne, entre des berges nues récemment mises à découvert.

Quatre barrages en moins : les saumons du Klamath ont repris 88 % de leur territoire en deux automnes

Deux automnes après le retrait de quatre barrages, 7 742 puis 13 310 saumons chinook ont franchi le site de l’ancien Iron Gate et réoccupé 88 % de leur aire historique documentée. Rapporté à la Sélune, où la France a effacé deux ouvrages, le haut Klamath compte en une saison 19 à 67 fois ce que la rivière normande portait chaque année.

Sommaire
  1. En bref
  2. Ce que le sonar a compté
  3. Jusqu’où ils sont montés
  4. Rapides, passes à poissons et un lac à traverser
  5. Ce que deux automnes ne prouvent pas encore
  6. Sur la Sélune, deux barrages en moins et des saumons comptés un par un
  7. Questions courantes

Décryptage

Quatre barrages sont tombés sur le Klamath, et les saumons chinook sont remontés la même saison. 7 742 poissons ont franchi le site de l’ancien barrage d’Iron Gate à l’automne 2024, puis 13 310 à l’automne 2025, de quoi réoccuper 88 % de leur aire de répartition historique documentée en deux saisons de migration, selon l’étude parue le 27 août 2026 dans Scientific Reports.

Le travail est signé Damon Goodman, de l’association California Trout, avec des biologistes des tribus Karuk, Klamath et Yurok, les services de la pêche de Californie et de l’Oregon et l’institut géologique américain. Ses auteurs présentent l’opération comme le plus grand retrait de barrages jamais mené, et leur article comme la première mesure chiffrée de ce qui s’est passé ensuite.

En bref

  • Les quatre ouvrages du bas Klamath (J.C. Boyle, Copco 1, Copco 2, Iron Gate) ont été retirés, chantier achevé le 2 octobre 2024.
  • Un sonar posé en aval de l’ancien Iron Gate a compté 7 742 chinooks à l’automne 2024, soit 18 % des retours du bassin, et 13 310 à l’automne 2025, soit 19 %.
  • 345 km de cours d’eau ont été recolonisés, dont onze affluents : 88 % de l’aire historique documentée de l’espèce.
  • Le poisson le plus amont a été repéré à Beatty Gap, à 1 250 m d’altitude et plus de 580 km de l’océan.
  • Sur la Sélune, en Normandie, deux barrages effacés ont ramené le saumon atlantique, mais à l’échelle de quelques individus suivis un par un.

Ce que le sonar a compté

Tout le comptage tient à un appareil : un sonar imageur multifaisceaux installé sur la berge à 310,7 km de l’océan, une centaine de mètres en aval de l’emplacement de l’ancien barrage d’Iron Gate. Il a tourné du 1er octobre au 24 décembre 2024, puis du 12 septembre au 4 décembre 2025, avec 2 % de trous dans l’enregistrement.

Le chantier de démolition s’est achevé le 2 octobre 2024, soit le deuxième jour d’enregistrement. Les 7 742 chinooks de cette première saison sont donc passés dans les semaines qui ont suivi le départ des dernières machines.

Le résultat est serré. La première saison donne 7 742 chinooks adultes, dans un intervalle de crédibilité à 95 % compris entre 7 702 et 7 778, soit 18 % de tous les saumons revenus dans le bassin du Klamath cette année-là. La seconde saison monte à 19 % des retours du bassin, avec 5 568 poissons de plus que l’année précédente : une progression de 72 % sur un tronçon rouvert depuis un an.

Jusqu’où ils sont montés

Les saumons n’ont pas fait que passer la ligne du sonar. L’étude documente 345 km de cours d’eau effectivement recolonisés : le Klamath lui-même, la Link River et onze affluents. Le poisson le plus amont a été localisé à Beatty Gap, sur la rivière Sprague, à 1 250 m d’altitude et plus de 580 km de l’océan Pacifique. Rapporté à la répartition historique documentée de l’espèce, cela fait 88 % du territoire retrouvé en deux saisons de migration.

Les quatre barrages retirés fermaient le Klamath entre 311 et 367 km de l’océan. Deux automnes après le chantier, des saumons chinook ont été localisés à plus de 580 km, à 1 250 m d’altitude. Le point amont est le plus lointain observé pendant les deux campagnes, pas la limite de l’aire recolonisée.
Les quatre barrages retirés fermaient le Klamath entre 311 et 367 km de l’océan. Deux automnes après le chantier, des saumons chinook ont été localisés à plus de 580 km, à 1 250 m d’altitude. Le point amont est le plus lointain observé pendant les deux campagnes, pas la limite de l’aire recolonisée.
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Le graphique se lit d’un trait : les quatre ouvrages verrouillaient le fleuve entre 311 et 367 km de l’embouchure, et les poissons sont allés plus de 210 km au-delà du plus amont d’entre eux.

Les quatre barrages retirés du Klamath
OuvrageHauteurMise en serviceDistance de l’océan
J.C. Boyle18 m1958367 km
Copco 136 m1918325 km
Copco 27,5 m1925324 km
Iron Gate50 m1962311 km
Le sonar de comptage est posé à 310,7 km de l’océan, juste en aval du site d’Iron Gate. Source : Scientific Reports, 27 août 2026.

Les quatre barrages cumulaient 111,5 mètres de hauteur, et le plus ancien, Copco 1, était en service depuis 1918. La chaîne publique américaine VOA a filmé les premiers poissons atteignant la partie oregonaise du bassin.

Vidéo : VOA News

Rapides, passes à poissons et un lac à traverser

Le retrait des barrages n’a pas ouvert une autoroute. Pour atteindre Beatty Gap, les chinooks ont dû franchir des rapides classés IV et plus, deux passes à poissons de 7,6 et 4,6 mètres de haut, puis traverser le lac Upper Klamath, une étendue peu profonde qui n’a rien d’un couloir de rivière. Aucun de ces obstacles n’est un barrage : ils étaient là avant les quatre ouvrages et ils y sont toujours.

Des rapides violents passent sur de gros blocs sombres dans une gorge de rivière étroite.
Après les barrages, les saumons ont encore dû franchir des rapides classés IV et plus, deux passes à poissons et un lac peu profond.

Le détail compte pour tous les projets de restauration : un ouvrage retiré ne vaut que si l’amont reste franchissable, et rien ne garantissait que l’amont du Klamath le soit. Pour un poisson né en mer, les 1 250 mètres d’altitude de Beatty Gap se gagnent mètre par mètre sur 580 km de remontée.

Ce que deux automnes ne prouvent pas encore

Les auteurs posent eux-mêmes la limite : une évaluation de long terme demandera des preuves de performance durable des populations, en particulier une reproduction réussie, et une réponse plus large de l’écosystème. Un sonar compte des passages d’adultes, pas des frayères ni des juvéniles qui redescendent. Deux saisons documentent une occupation de l’espace, pas encore une population installée.

Un second chiffre tempère l’enthousiasme. Le chantier a rouvert plus de 640 km d’habitat au total, dont 345 km ont été effectivement recolonisés, soit 54 %. Les 88 % annoncés se rapportent à l’aire historique documentée du chinook, pas au linéaire libéré par la démolition. L’étude signale par ailleurs la possibilité de voir réapparaître l’écotype de printemps de l’espèce dans les eaux froides rouvertes, un scénario qui se vérifiera sur des années.

Sur la Sélune, deux barrages en moins et des saumons comptés un par un

La France a fait le même geste, à une autre échelle. Sur la Sélune, en Normandie, le barrage de Vezins (36 mètres, en service en 1932) et celui de La Roche-qui-Boit (16 mètres, 1921) ennoyaient la vallée sur 15 et 4 kilomètres, pour une production annuelle cumulée de 27 GWh. À l’automne 2025, 13 310 saumons chinook ont franchi le site de l’ancien barrage d’Iron Gate sur le Klamath, contre 7 742 un an plus tôt, quand la Sélune portait 200 à 700 saumons adultes par an avant l’effacement de ses barrages (Scientific Reports, 27 août 2026).

Une rivière peu profonde serpente au fond d’une vallée bocagère, près d’un vestige de béton sur la berge.
Sur la Sélune, l’effacement de deux barrages a ramené le saumon atlantique, mais le suivi se compte encore en individus équipés d’émetteurs.

Ce qui a suivi se compte sur les doigts. En 2022, sur dix-huit saumons équipés d’émetteurs, deux géniteurs ont été détectés à l’amont des anciens barrages, dont un resté à Lapenty, à plus de 20 km en amont de La Roche-qui-Boit. À l’automne 2023, des pêches scientifiques ont trouvé en amont de jeunes saumons nés au printemps, rapporte le suivi scientifique : la reproduction avait eu lieu. Le dispositif normand ne mesure pas la même chose que le sonar californien, puisqu’il piste des individus équipés, pêche des juvéniles à l’électricité et lit l’ADN environnemental.

L’automne 2025 du haut Klamath pèse 19 à 67 fois la fourchette normande d’avant travaux : 13 310 poissons d’un côté, 200 à 700 de l’autre. Deux espèces et deux bassins sans commune mesure, et deux façons de compter : le sonar par milliers, l’émetteur par individus. Le programme scientifique de la Sélune, lancé en 2012, court jusqu’en 2027.

Série AAP. Le 4 septembre 2026, AAP mesurait l’autre bout de la même mécanique dans le bassin du Klamath : de faux barrages de castors ont fait passer la survie des jeunes saumons coho de 8 % à 60 % sur deux affluents de la Scott River. Retirer les gros ouvrages en aval, poser de petits obstacles de bois en amont : la rivière se répare par les deux bouts.

Questions courantes

Le saumon chinook est-il le même poisson que le saumon de nos rivières ?
Non. Le chinook (Oncorhynchus tshawytscha) est une espèce du Pacifique nord, alors que les rivières françaises accueillent le saumon atlantique, Salmo salar. Les deux sont migrateurs et butent sur les mêmes obstacles.

Comment compte-t-on des saumons dans une rivière sans les voir ?
Par sonar imageur multifaisceaux, posé sur la berge, qui enregistre la silhouette acoustique des poissons qui passent. Les espèces sont séparées par la taille et la date d’arrivée, et les identifications ont été recoupées avec des vidéos sous-marines installées sur trois affluents, Bogus Creek, Jenny Creek et Shovel Creek.

D’autres espèces ont-elles profité du retrait des barrages ?
Oui. L’étude signale que des saumons coho, des truites arc-en-ciel anadromes et des lamproies du Pacifique ont aussi gagné les tronçons rouverts, sur une étendue plus réduite que les chinooks.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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Elise

« Élise » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Nature, Science & Planète : le vivant, le climat et les découvertes scientifiques, expliqués simplement et sans jargon.

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