Un fleuve étroit coule au fond d’une vallée normande verdoyante, entre des berges de graviers où repousse une végétation jeune.

90 kilomètres rouverts sur la Sélune, et le saumon a mis un an à revenir

Vezins et La Roche-qui-Boit effacés, 90 kilomètres de Sélune rendus aux migrateurs : le saumon atlantique, l’anguille et la lamproie sont remontés en Normandie. Deux barrages et 52 mètres de béton retirés, contre 111,5 mètres sur le Klamath californien.

Vous n’avez probablement jamais entendu parler de la Sélune. Ce fleuve côtier normand se jette dans la baie du Mont-Saint-Michel. Ses deux barrages ont été effacés, et le saumon atlantique y est remonté après plus d’un siècle d’absence.

90 kilomètres de la Sélune sont rouverts aux poissons migrateurs depuis le démantèlement de Vezins et de La Roche-qui-Boit, et INRAE y a constaté le retour du saumon atlantique le 8 novembre 2023. L’anguille européenne et la lamproie marine ont pris le même chemin. Le communiqué scientifique parle de cycles migratoires rétablis entre l’océan et la rivière.

Vezins est tombé entre 2019 et 2020, La Roche-qui-Boit entre 2022 et 2023. Le suivi scientifique avait commencé sept ans plus tôt, en 2012.

Trois saumons juvéniles retrouvés en amont

Frédéric Marchand, responsable du suivi des poissons à INRAE, a trouvé trois saumons juvéniles lors d’une pêche scientifique d’automne. Des adultes étaient donc remontés frayer en amont des anciens ouvrages. Un an après la fin des travaux. La lamproie marine et l’anguille ont été repérées dans la foulée. ICI, ex-France Bleu, résume ce retour en deux mots : « très rapide ».

Jean-Marc Roussel dirige le programme scientifique. Il rappelle que l’anguille européenne est en danger à l’échelle mondiale, ce qui rend sa remontée précieuse. La qualité de l’eau a changé elle aussi : les lacs de barrage favorisaient les algues toxiques, ils ont disparu avec les ouvrages. Les éphémères, insectes sensibles aux polluants et au manque d’oxygène, ont repeuplé le lit.

Un saumon atlantique remonte un courant peu profond au-dessus d’un fond de graviers.
Le saumon atlantique, l’anguille européenne et la lamproie marine ont retrouvé la Sélune après plus d’un siècle d’absence.

INRAE relève « une nette amélioration de l’état écologique du fleuve ». Les berges se recolonisent, plantes pérennes et arbres compris. Elles offrent désormais un habitat aux oiseaux, aux amphibiens et aux invertébrés. Les sédiments repartent vers l’aval, où ils régénèrent les habitats et apportent des nutriments. La disparition des retenues a aussi fait baisser la température de l’eau, que les lacs réchauffaient « jusqu’à +2 °C pendant l’été ».

L’Agence de l’eau Seine-Normandie a filmé le chantier et la vallée qui se redessine.

Vidéo : Agence de l'eau Seine-Normandie

52 mètres de béton en moins, 90 kilomètres rendus

Vezins mesurait 36 mètres de haut, La Roche-qui-Boit 16. Soit un immeuble de douze étages, et un autre de cinq. « 90 km de rivière seront entièrement ouverts à la reconquête de la biodiversité », annonçait le ministère de la Transition écologique le 1er octobre 2021. Le communiqué y décrit une opération « unique en Europe ». L’Agence de l’eau Seine-Normandie y a engagé 56 millions d’euros d’aides.

Quatre barrages démolis sur le Klamath, en Californie, cumulaient 111,5 mètres. Ils ont rouvert 640 kilomètres de rivière, dont 345 déjà recolonisés par le saumon chinook en deux automnes. La Sélune a retiré deux ouvrages, pour 90 kilomètres rendus aux migrateurs. AAP mesurait le 7 septembre que l’automne 2025 du haut Klamath pesait 19 à 67 fois la fourchette normande d’avant travaux.

Sur le Klamath, le chinook a repris 88 % de son aire historique documentée en deux saisons de migration, et 13 310 individus ont été comptés à Iron Gate à l’automne 2025. La Sélune n’en est pas là : son suivi porte encore sur des poissons trouvés à l’unité.

Deux effacements de barrages comparés : le Klamath californien et la Sélune normande.
IndicateurKlamath (Californie)Sélune (Normandie)
Barrages effacés42
Hauteur cumulée111,5 m52 m
Rivière rouverte640 km90 km
Rivière déjà recolonisée345 kmsuivi en cours
Espèce phareSaumon chinookSaumon atlantique
Début du suivi scientifiqueaprès l’effacement2012

52 mètres de béton en moins ont suffi à rouvrir 90 kilomètres de rivière : restaurer un fleuve ne demande pas l’échelle américaine. Sur le même bassin californien, la survie des jeunes saumons cohos du Scott River est passée de 8 % à 60 % après la pose de faux barrages de castors en 2018.

Le suivi court jusqu’en 2027

Une soixantaine de scientifiques travaillent sur la vallée depuis 2012, et le programme continue jusqu’en 2027. Les résultats publiés couvrent la télémétrie posée sur les saumons depuis 2019, la recolonisation végétale des berges et la surveillance des espèces exotiques envahissantes. Les données brutes sont accessibles par SISélune, le système d’information du programme.

Le dernier relevé du programme est daté de 2027. D’ici là, chaque pêche scientifique d’automne ajoute une ligne au compte des saumons de la Sélune.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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