Coquillages de coque et de palourde sur du sable humide

La plus grande extinction a trié la vie par la respiration, et c’est pourquoi vos plages sont des coquillages

Une étude parue dans PNAS explique enfin qui la Grande Mort a épargné, et pourquoi vos coques et palourdes en sont les héritières directes.

Sommaire
  1. En bref
  2. Ce que la Grande Mort a réellement effacé
  3. La respiration, cette ligne de partage
  4. Pourquoi vos plages sont tapissées de coquillages
  5. Un avertissement pour nos océans
  6. Questions courantes

Décryptage

Passez la main dans le sable mouillé d’une plage de la Manche et vous en ressortez presque toujours la même chose : une coque, une palourde, un bigorneau, parfois une petite huître. Ces coquillages si familiers ne sont pas là par hasard. Ils sont les héritiers directs de la pire catastrophe qu’ait connue le vivant, et une étude parue dans la revue PNAS vient d’expliquer pourquoi ce sont eux, et pas d’autres, que vous ramassez. Le tri s’est joué sur une capacité que l’on n’imagine pas décisive : savoir respirer dans un océan qui chauffe. On compte aujourd’hui environ 400 espèces de brachiopodes, ces coquillages qui régnaient jadis sur les fonds, contre 10 000 à 15 000 espèces de bivalves, le camp des gagnants.

En bref

  • Avant la crise, les brachiopodes dominaient les fonds marins ; il en reste aujourd’hui environ 400 espèces, contre 10 000 à 15 000 de bivalves, d’après les chercheurs de Stanford.
  • Il y a environ 252 millions d’années, la Grande Mort a effacé 96 % des espèces marines et 70 % des animaux terrestres.
  • Le tri s’est fait par le métabolisme : les animaux lents, mal armés pour respirer dans une eau chaude et pauvre en oxygène, ont le plus disparu.
  • Mêmes ingrédients qu’aujourd’hui, un océan tiédi et désoxygéné par un excès de CO2, ce qui fait de cette crise un avertissement.

Ce que la Grande Mort a réellement effacé

La Grande Mort, il y a environ 252 millions d’années, reste la plus grande extinction de tous les temps. Selon l’université Stanford, elle a emporté 96 % des espèces marines et 70 % des animaux terrestres. En quelques dizaines de milliers d’années, la quasi-totalité du vivant a vacillé.

La cause est désormais bien établie. Un sursaut d’activité volcanique a injecté des quantités colossales de gaz à effet de serre, dioxyde de carbone et méthane, dans l’atmosphère. Les océans se sont réchauffés et vidés de leur oxygène.

Le nouveau travail répond à une autre question, longtemps restée ouverte. Pourquoi certaines familles ont-elles été balayées quand d’autres, juste à côté, s’en tiraient ? Le tri n’a rien eu d’aléatoire.

Brachiopodes fossiles alignés à côté de coquillages modernes
Les perdants et les gagnants, côte à côte : brachiopodes anciens et mollusques d’aujourd’hui.

Ce résultat complète une étude parue en 2018 qui avait déjà désigné le manque d’oxygène et le réchauffement comme moteurs de la crise. Il lui manquait une pièce : les données physiologiques portaient sur des espèces modernes, pas sur les groupes réellement décimés. En mesurant cette fois les perdants eux-mêmes, l’équipe explique enfin non seulement où l’extinction a frappé, mais qui elle a frappé.

La respiration, cette ligne de partage

La réponse tient dans un mot : le métabolisme, c’est-à-dire l’ensemble des réactions chimiques par lesquelles un animal tire son énergie. Les chercheurs ont mesuré la consommation d’oxygène d’animaux marins vivants, dont des brachiopodes récoltés au large de l’État de Washington, en faisant varier la température de l’eau.

Le verdict est net. Les animaux au métabolisme lent, comme les brachiopodes et les crinoïdes, ces lys de mer fixés au fond, supportent une eau pauvre en oxygène tant qu’elle reste fraîche. Mais dès qu’elle se réchauffe, leurs besoins en oxygène s’envolent plus vite que leur corps ne peut suivre.

À l’inverse, les mollusques mobiles, les poissons ou les oursins possèdent un métabolisme rapide, avec des muscles et des branchies taillés pour l’effort. Le bivalve, et son fameux pied musculaire qui creuse et rampe, brûle beaucoup d’énergie et sait la fournir. Dans un océan qui étouffe, cette machinerie a fait la différence entre survivre et disparaître.

Pourquoi vos plages sont tapissées de coquillages

Voilà pourquoi votre seau de pêche à pied ressemble à ce qu’il est. Avant la crise, les brachiopodes étaient plus nombreux que les bivalves et tapissaient les fonds depuis près de 280 millions d’années. Après, le rapport s’est inversé pour ne plus jamais revenir en arrière.

Les chiffres donnent le vertige. Il subsiste environ 400 espèces de brachiopodes sur la planète, contre 10 000 à 15 000 espèces de bivalves. Un basculement que les paléontologues comparent à la disparition des dinosaures, quand les mammifères ont pris une place qu’ils n’ont plus lâchée.

Comparaison du nombre d'espèces de brachiopodes et de bivalves vivant aujourd'hui
Graphique Actu Alt Plus. Les brachiopodes régnaient sur les fonds avant la Grande Mort ; il n’en reste que 400 espèces quand les bivalves se comptent par milliers. Source : Stanford / PNAS, 2026.
Reprendre ce graphique

Réutilisez ce graphique librement sur votre site, en citant Actu Alt Plus. Copiez le code ci-dessous :

Le détail le plus parlant vient du chercheur principal de l’étude. On mange de la soupe de palourdes, jamais de soupe de brachiopodes, car ces derniers n’ont presque pas de chair. Les coques, palourdes et bigorneaux de nos plages atlantiques et de la Manche sont, littéralement, le camp qui a su respirer.

Le détail groupe par groupe se lit dans le tableau ci-dessous.

GroupeSort lors de la Grande MortAujourd’hui
Espèces marines (toutes)~96 % disparuesocéans dominés par mollusques et poissons
Animaux terrestres~70 % disparusfaune profondément renouvelée
Brachiopodes (faune ancienne)quasi tous éteints~400 espèces subsistantes
Crinoïdes (lys de mer)fortement décimésgroupe très réduit
Mollusques (coques, palourdes, escargots)~50 % disparus10 000 à 15 000 espèces de bivalves

Chiffres compilés à partir des données de Stanford et de l’étude PNAS de 2026.

Un avertissement pour nos océans

Cette histoire ancienne résonne avec le présent. Les conditions qui ont précédé la Grande Mort ressemblent à celles que nos activités installent aujourd’hui, un océan qui se réchauffe et perd son oxygène sous l’effet du CO2. La différence tient au rythme.

À l’époque, les températures avaient grimpé de 8 à 12 degrés sur des milliers d’années. Aujourd’hui, les projections les plus sombres tablent sur 1,5 à 4 degrés de plus qu’avant l’ère industrielle d’ici 2100, en un ou deux siècles seulement. Le point de départ, un océan frais et bien oxygéné, est le même.

Fond marin trouble baigné d'une lumière verdâtre
Un océan chaud et désoxygéné, hier moteur de l’extinction, aujourd’hui déjà mesuré en Méditerranée.

Les chercheurs nuancent au passage un autre suspect. L’acidification de l’eau, provoquée elle aussi par le CO2, a sans doute contribué à la crise, mais elle n’en fut pas le facteur le plus dévastateur. Le duo chaleur et manque d’oxygène reste le principal accusé, un duo déjà mesuré dans nos mers, Méditerranée comprise.

La prochaine fois que vous refermerez la main sur un coquillage, vous tiendrez donc un petit survivant. Pas le plus gros ni le plus spectaculaire, mais le mieux respirant.

Questions courantes

Qu’est-ce que la Grande Mort ?
C’est l’extinction Permien-Trias, survenue il y a environ 252 millions d’années. Elle a effacé près de 96 % des espèces marines et 70 % des animaux terrestres, ce qui en fait la plus grande extinction connue.

Pourquoi les brachiopodes ont-ils presque disparu ?
Leur métabolisme lent ne pouvait pas suivre la hausse des besoins en oxygène quand l’eau se réchauffait. Dans un océan tiède et désoxygéné, ils ont manqué de souffle bien plus vite que les mollusques.

Les brachiopodes existent-ils encore ?
Oui, mais réduits à environ 400 espèces, contre plusieurs milliers de bivalves. Le genre des lingules, par exemple, vit toujours enfoui dans les sédiments côtiers.

Quel rapport avec les coquillages de mes plages ?
Les coques, palourdes, bigorneaux et huîtres sont des mollusques, le camp qui a survécu. Ce sont leurs descendants que vous ramassez, quand les brachiopodes, eux, ont quasiment disparu du décor.

La cause de l’extinction est-elle vraiment certaine ?
Le volcanisme massif, le CO2, le réchauffement et la perte d’oxygène sont solidement établis. Les auteurs décrivent leur étude comme le dernier clou du cercueil sur la cause du désastre.

Faut-il s’inquiéter pour les océans d’aujourd’hui ?
Les ingrédients se ressemblent, mais le rythme et les marges d’action diffèrent. Les chercheurs rappellent qu’il est encore temps d’agir, et voient dans cette crise ancienne un repère, pas une fatalité.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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« Élise » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Nature, Science & Planète : le vivant, le climat et les découvertes scientifiques, expliqués simplement et sans jargon.

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