
Un genre entier de coléoptères porte désormais le nom d’un pirate de manga au corps élastique. On pourrait y voir un canular de laboratoire, sauf que tout est en règle : spécimens types, diagnose, étymologie. L’étude parue dans ZooKeys, revue de zoologie à comité de lecture, le 7 juillet 2026, est signée Fang-Shuo Hu et Alexey Solodovnikov, du Muséum d’histoire naturelle du Danemark. Elle établit le genre Luffy, d’après Monkey D. Luffy, héros de One Piece, l’un des mangas les plus vendus de l’histoire.
Deux espèces nouvelles l’accompagnent : Luffy schillhammeri, collectée dans les forêts du Yunnan, en Chine, et Luffy nika, trouvée dans la province de Louang Namtha, au nord du Laos. Ce sont des staphylins, ces coléoptères élancés aux élytres courts dont les lignées asiatiques restent, pour beaucoup, à peine cartographiées.
Des appendices démesurés, pas un corps élastique
Ce qui a valu son nom au genre tient en une ligne de la description : des mandibules, des antennes et des palpes maxillaires exceptionnellement longs et fins, bien plus étirés que chez les genres voisins. Aux yeux des deux entomologistes, cette silhouette évoquait le corps extensible du personnage. L’annonce de Pensoft, l’éditeur de la revue, précise que le choix ne relève pas du simple clin d’œil : il décrit la morphologie.
Précisons ce que l’insecte ne fait pas : il ne s’étire pas. Rien ne s’allonge ni ne se rétracte chez ces coléoptères ; leurs pièces buccales sont fixes, et c’est leur proportion, figée par l’évolution, qui sort de l’ordinaire. La référence est une image de morphologiste, pas un superpouvoir.
Le clin d’œil va pourtant plus loin pour la seconde espèce. D’après la reprise de ScienceDaily, Luffy nika porte sur ses élytres des bandes de soies blanches bien marquées, qui ont rappelé aux auteurs la forme blanche dite Nika du personnage. La première espèce honore plus classiquement Harald Schillhammer, spécialiste viennois de ces coléoptères. Et derrière l’anecdote, l’apport scientifique est réel : l’étude place le nouveau genre en groupe frère probable de toute la lignée Eucibdelus, un pan de la classification des staphylins qui restait flou.

De Pink Floyd à Taylor Swift, une tradition qui s’assume
La taxonomie n’en est pas à son premier emprunt à la culture populaire, et nous avons rapproché trois précédents récents pour situer la vague. En avril 2017, une crevette-pistolet du Pacifique oriental à la grande pince rose vif était décrite dans Zootaxa sous le nom de Synalpheus pinkfloydi, hommage assumé à Pink Floyd. En octobre 2019, un coléoptère de moins d’un millimètre, sans yeux ni ailes, issu des collections du Natural History Museum de Londres, devenait Nelloptodes gretae en l’honneur de Greta Thunberg, comme le racontait NPR. En avril 2022 enfin, ZooKeys publiait Nannaria swiftae, un mille-pattes des Appalaches dédié à Taylor Swift, rapportait CNN. Mis bout à bout, ces baptêmes dessinent une petite série, que voici.
| Espèce | Hommage | Publication |
|---|---|---|
| Synalpheus pinkfloydi (crevette-pistolet) | Pink Floyd | Zootaxa, avril 2017 |
| Nelloptodes gretae (coléoptère de moins de 1 mm) | Greta Thunberg | Description 2019, Natural History Museum de Londres |
| Nannaria swiftae (mille-pattes) | Taylor Swift | ZooKeys, avril 2022 |
| Luffy schillhammeri et Luffy nika (staphylins) | Monkey D. Luffy (One Piece) | ZooKeys, 7 juillet 2026 |
Cette mécanique du nom-vitrine, nous l’avions déjà racontée avec l’araignée Pink Floyd. Et les coléoptères n’ont pas attendu le manga pour occuper l’actualité de ce côté-ci du globe : un scarabée japonais détecté en France a fait parler de lui cette année.
Ce qu’un nom de pirate peut faire pour un insecte discret
Reste la vraie question : à quoi bon ? L’annonce de Pensoft l’écrit noir sur blanc : les auteurs espèrent que la référence attirera la jeune génération vers la biodiversité et la recherche taxonomique. Le pari fonctionne au moins pour la visibilité : la description du 7 juillet a fait le tour des médias scientifiques internationaux début août.
Selon notre veille, au 9 août 2026, plus d’un mois après la publication, aucun média généraliste français n’avait pourtant relayé l’existence du genre Luffy : vous en lisez donc probablement le premier portrait en français.
La limite mérite d’être posée : un nom accrocheur attire les regards, il ne finance ni inventaires ni aires protégées. Mais pour deux staphylins connus de quelques forêts du Yunnan et du Laos, exister dans les bases de données, les moteurs de recherche et les conversations est déjà une forme de protection passive : on ne s’inquiète que de ce que l’on connaît. Le pavillon pirate, ici, sert de projecteur.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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