Une plaine ouverte du sud de l'Angleterre au lever du soleil au solstice

Avant Stonehenge, deux poteaux de bois visaient déjà le soleil du solstice

À cinq kilomètres de Stonehenge, des archéologues ont identifié deux poteaux de bois alignés sur le solstice, dressés environ 500 ans avant les célèbres pierres.

Sommaire
  1. En bref
  2. Deux poteaux, une ligne vers le soleil
  3. Pourquoi ce "brouillon" change le récit
  4. De Salisbury à Carnac, le soleil pour boussole
  5. Questions courantes

Deux trous dans le sol, à peine visibles, sous un terrain militaire du sud de l’Angleterre. C’est tout ce qu’il reste de deux poteaux de bois plantés là il y a environ 5 000 ans, et pourtant ils racontent une première de l’histoire humaine. Selon les archéologues de Wessex Archaeology, qui ont dévoilé la trouvaille à Bulford les 17 et 18 juin, ces deux poteaux distants de 120 mètres pointaient précisément vers le lever du soleil au solstice d’été et son coucher au solstice d’hiver. Soit le même geste astronomique que Stonehenge, mais environ 500 ans avant que ses grandes pierres ne soient dressées. À cinq kilomètres de là, et quelques jours avant que des milliers de personnes ne se rassemblent autour du célèbre cercle pour le solstice du 21 juin, la découverte tombe à pic.

En bref

  • À Bulford, deux poteaux de bois distants de 120 mètres étaient alignés sur le lever du soleil au solstice d’été et son coucher au solstice d’hiver, selon Wessex Archaeology.
  • Le dispositif est daté d’environ 3 000 av. J.-C., soit quelque 500 ans avant l’érection des grandes pierres de Stonehenge.
  • Le site est à 5 kilomètres du cercle, sur un terrain du ministère de la Défense britannique, fouillé entre 2015 et 2017.
  • Le solstice d’été 2026 est célébré à Stonehenge le 21 juin, avec un accès libre organisé par English Heritage.

Deux poteaux, une ligne vers le soleil

Le principe est d’une simplicité désarmante. Plantez deux repères dans le paysage, alignez-les sur un point précis de l’horizon, et vous tenez un instrument capable de marquer le jour le plus long de l’année. C’est exactement ce que décrit Wessex Archaeology à Bulford : un axe reliant les deux poteaux pointait vers le lever du soleil au matin du solstice d’été, et, dans l’autre sens, vers son coucher au solstice d’hiver, six mois plus tard. Le bois a depuis longtemps disparu, rongé par les millénaires. Seules subsistent les traces des trous où il était fiché, ce que les archéologues appellent des trous de poteau. C’est à partir de leur position, et d’une analyse de l’alignement, que l’équipe a reconstitué la fonction du dispositif.

Reconstitution de deux poteaux de bois alignés sur le soleil levant dans une plaine
Deux poteaux, une ligne vers l’horizon : l’instrument le plus simple pour viser le solstice.

« Ces gens étaient capables d’établir les points de l’horizon où le soleil se lève en plein été et se couche au cœur de l’hiver. C’était un exploit pionnier », a résumé l’archéologue Phil Harding, qui dirige le projet, lors d’une conférence de presse. À 76 ans, ce vétéran britannique des fouilles, longtemps figure de l’émission Time Team, parle du point culminant de sa carrière. Sur place, son équipe a aussi mis au jour des poteries, des ossements d’animaux et un rare couteau en forme de disque, peut-être taillé pour évoquer le soleil. Autant de signes d’un lieu de rassemblement, sans doute religieux, où l’on se réunissait pour marquer le passage du temps.

Pourquoi ce « brouillon » change le récit

Jusqu’ici, l’observation des solstices restait surtout associée aux grandes pierres dressées. Or les fouilles montrent que, sur cette terre, le geste a précédé la pierre. La datation au carbone 14 fait remonter le dispositif de Bulford à environ 3 000 av. J.-C., l’époque même où débutait la construction de Stonehenge, et quelque 500 ans avant que ses fameux trilithes, ces portiques de blocs colossaux, n’y soient alignés à leur tour sur le soleil. « Ce que nous avons découvert à Bulford est 500 ans plus ancien que les pierres célèbres que nous connaissons si bien », précise Phil Harding. L’équipe avance même une hypothèse audacieuse, à confirmer par la publication scientifique à venir : Bulford aurait pu servir de prototype, une sorte de maquette grandeur nature avant le monument définitif.

L’idée se tient. Comme le souligne l’archéologue Amanda Chadburn, citée par Live Science et non impliquée dans les fouilles, concevoir un ouvrage aussi complexe que Stonehenge supposait d’abord d’apprendre à le faire. Tester l’alignement avec du bois, modifiable et peu coûteux, avant d’engager des pierres de plusieurs tonnes, relève d’une logique d’ingénieur. Cette même fascination pour le déplacement et l’agencement de masses gigantesques, nous l’avions racontée à propos de la pierre d’autel venue d’Écosse, transportée sur des centaines de kilomètres par des humains du Néolithique.

Bulford en trois repères : 120 mètres entre les deux poteaux, daté vers 3 000 av. J.-C., soit 500 ans avant les grandes pierres de Stonehenge
Graphique Actu Alt Plus. Source : Wessex Archaeology, via Live Science et Futura-Sciences.
Reprendre ce graphique

Réutilisez ce graphique librement sur votre site, en citant Actu Alt Plus. Copiez le code ci-dessous :

Les chercheurs restent prudents sur un point : on ignore encore la fonction exacte du monument, et il pourrait aussi bien s’agir d’un campement des bâtisseurs de la première phase de Stonehenge. La nuance n’enlève rien à l’essentiel. Bien avant les pierres, des humains lisaient déjà le ciel avec une précision qui force le respect.

De Salisbury à Carnac, le soleil pour boussole

Cette manière d’orienter un monument vers le soleil n’a rien d’une exception britannique. En France, les alignements de Carnac, dans le Morbihan, comptent parmi les plus spectaculaires témoignages de cette astronomie de plein champ. Sur près de quatre kilomètres, environ 3 000 menhirs y sont dressés, et selon la synthèse des recherches, l’un des ensembles, celui de Kermario, est orienté sur les levers du soleil au solstice d’été. Là aussi, l’érection s’est étalée sur de nombreuses générations, au Néolithique. La Bretagne et la plaine de Salisbury partagent ainsi un même réflexe : graver dans le paysage le rythme des saisons. D’autres structures néolithiques d’Europe occidentale, mises au jour ces dernières années, confirment combien ce dialogue avec le ciel était répandu, comme cette île artificielle écossaise bâtie il y a plus de 5 000 ans.

Une rangée de menhirs dans un paysage breton sous la lumière du matin
À Carnac, le même réflexe néolithique : orienter les pierres sur la course du soleil.

Si vous vous trouvez près d’un de ces sites au matin du 21 juin, le geste à faire est peut-être le plus ancien du monde : tourner le regard vers le point où le soleil émerge. À Stonehenge, English Heritage diffusera d’ailleurs le lever en direct sur ses chaînes. Cinq mille ans nous séparent des bâtisseurs de Bulford, et pourtant nous attendons la même lumière, au même endroit de l’horizon. C’est sans doute cela, leur plus belle trouvaille.

Questions courantes

Qu’a-t-on découvert à Bulford, près de Stonehenge ?
Les traces de deux poteaux de bois distants de 120 mètres, alignés sur le lever du soleil au solstice d’été et son coucher au solstice d’hiver. Le bois a disparu, seuls subsistent les trous de poteau.

Ces poteaux sont-ils plus anciens que Stonehenge ?
Ils sont datés d’environ 3 000 av. J.-C., soit quelque 500 ans avant l’érection des grandes pierres de Stonehenge. L’observation des solstices a donc précédé les pierres dressées sur ce territoire.

S’agit-il vraiment d’un prototype de Stonehenge ?
C’est l’hypothèse avancée par Wessex Archaeology, à confirmer par la publication scientifique à venir. Le site pourrait aussi avoir été un lieu de rassemblement religieux ou un campement des premiers bâtisseurs.

Quand a lieu le solstice d’été 2026 à Stonehenge ?
Le 21 juin 2026. English Heritage organise un accès libre les 20 et 21 juin et diffuse le lever du soleil en direct sur ses chaînes.

Existe-t-il des sites comparables en France ?
Oui, les alignements de Carnac, dans le Morbihan. L’ensemble de Kermario est notamment orienté sur les levers du soleil au solstice d’été.

Votre réaction :

Article créé en collaboration avec l’IA.

Les plus lus

  1. 1Grève easyJet : un préavis sans aucune date, et une loi qui ne prévient les passagers que 24 heures avantGrève easyJet : un préavis sans aucune date, et une loi qui ne prévient les passagers que 24 heures avant
  2. 2L’Odyssée de Nolan en IMAX 70 mm : la seule salle de France est à MontpellierL’Odyssée de Nolan en IMAX 70 mm : la seule salle de France est à Montpellier
  3. 3Musées gratuits le premier dimanche du mois : la règle et les piègesMusées gratuits le premier dimanche du mois : la règle et les pièges
  4. 4Conseillers numériques : le budget passe de 40 à 14 millions d’euros, et les démarches bloquent toujoursConseillers numériques : le budget passe de 40 à 14 millions d’euros, et les démarches bloquent toujours
  5. 5600e de Taratata : ce que France 2 a rediffusé jeudi soir avait été tourné dix mois plus tôt600e de Taratata : ce que France 2 a rediffusé jeudi soir avait été tourné dix mois plus tôt

Nos dossiers

Recevez notre sélection dans votre boîte mail

Le meilleur d’Actu Alt Plus : décryptages, chiffres et panoramas. Désinscription en 1 clic, zéro spam.

Avatar illustré de Élise, voix éditoriale d'Actu Alt Plus
Elise

« Élise » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Nature, Science & Planète : le vivant, le climat et les découvertes scientifiques, expliqués simplement et sans jargon.

Articles: 405