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À Buttes, un village du canton de Neuchâtel, une centaine de mètres de voie cache une bizarrerie discrète : 48 panneaux solaires couchés entre les rails, là où d’ordinaire il n’y a que du ballast et des traverses. En recoupant les chiffres du pilote, nous arrivons à un repère parlant : depuis avril 2025, plus de 11 000 trains sont passés au-dessus de cette installation sans incident, selon les premiers résultats publiés par swissinfo. C’est la première centrale solaire amovible posée sur une ligne ferroviaire en service au monde, et elle est suivie de près par la SNCF, premier consommateur d’électricité de France.
En bref
- Un an de fonctionnement, plus de 11 000 trains passés au-dessus des panneaux sans incident de sécurité, d’après l’exploitant suisse TransN.
- Le pilote aligne 48 modules de 380 W sur 100 mètres de voie, soit 18 kWc de puissance et environ 16 000 kWh produits en un an.
- Système réversible : un module de trois panneaux, long de 6 mètres, se retire en une dizaine de minutes pour la maintenance.
- La SNCF, partenaire technique du projet, vise à couvrir 15 à 20 % de ses besoins en électricité avec le solaire d’ici 2030.
Une idée simple : occuper l’espace que personne ne regarde
Le point de départ tient en une observation que tout voyageur a sous les yeux sans la voir. Entre deux rails, il y a un couloir vide, exposé au soleil, qui ne sert à rien. La startup Sun-Ways y a glissé des panneaux photovoltaïques montés sur les traverses, sur la ligne 221 exploitée par la compagnie régionale TransN.
L’installation est entrée en service le 24 avril 2025. Elle compte 48 modules de 380 watts chacun, pour une puissance totale de 18 kilowatts-crête et une production estimée à 16 000 kWh par an, l’équivalent de la consommation de trois à quatre foyers, comme le détaille le média spécialisé pv magazine. Le pilote court jusqu’en avril 2028.

L’intérêt n’est pas seulement de produire quelques kilowattheures. C’est de tester un principe : poser du solaire sur une emprise déjà artificialisée, sans grignoter une terre agricole ni un champ de plus.
Le gisement est loin d’être anecdotique. Sun-Ways estime que les quelque 5 320 kilomètres de voies suisses, hors tunnels et tronçons mal exposés, pourraient produire jusqu’à un milliard de kilowattheures par an. De quoi alimenter 300 000 foyers, soit environ 2 % de l’électricité du pays. Un chiffre théorique, mais qui donne la mesure de ce que représenterait un ruban photovoltaïque déroulé le long du rail.
Le vrai test, c’était la sécurité
Mettre des panneaux sur une voie circulée pose une question évidente : que se passe-t-il quand un train roule dessus ? La réponse, après un an, est rassurante. L’installation s’est révélée stable et sûre au passage des rames, et TransN, l’exploitant, dit n’avoir relevé aucun conflit avec le trafic, la maintenance ou l’infrastructure.
La crainte de l’éblouissement des conducteurs, souvent citée comme le défaut rédhibitoire de cette technologie, ne s’est pas confirmée non plus : aucun signalement côté personnel roulant. Sur cette portion, les trains atteignent 90 km/h.
Détail savoureux relevé par le fondateur de Sun-Ways : le nettoyage des panneaux, censé être un casse-tête, se règle tout seul. Chaque passage de train crée un souffle d’air qui balaie la poussière. La saleté, ennemie classique du rendement photovoltaïque, est chassée par les rames elles-mêmes.
Pourquoi la France regarde par-dessus l’épaule des Suisses
La SNCF n’est pas spectatrice. Le groupe a signé un accord de coopération technique avec Sun-Ways, qui lui donne accès aux données de production et au retour d’expérience du pilote. L’objectif affiché est d’évaluer si un dispositif amovible entre les rails pourrait, un jour, être déployé sur le réseau français.
Le calcul est facile à comprendre quand on regarde le poids énergétique de l’entreprise. Le groupe SNCF est le premier consommateur d’électricité du pays et le deuxième propriétaire foncier, avec plus de 100 000 hectares de terrains, rappelle la fiche officielle de SNCF Renouvelables. Il achète environ 9 térawattheures d’électricité par an pour faire rouler 15 000 trains et alimenter 3 000 gares. Avec près de 28 000 kilomètres de lignes et plus de 80 % de ses trains qui roulent déjà à l’électricité, la moindre source de courant produite sur place pèse dans la facture.

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D’où l’ambition de produire son propre courant. Via sa filiale SNCF Renouvelables, créée fin 2023, le groupe vise une première tranche de 200 à 300 MWc de panneaux d’ici 2030, avec un objectif de couvrir à terme 15 à 20 % de ses besoins. L’ambition initiale, annoncée en 2023, parlait de 1 000 MWc sur 1 000 hectares, le solaire entre les rails n’en étant qu’une piste parmi d’autres.
Un dispositif pensé pour s’effacer
La force du système suisse, c’est sa réversibilité. Quand il faut remplacer une traverse ou souder un rail, on ne casse rien : un module de trois panneaux, long de six mètres, se détache des voies et se déconnecte du réseau en une dizaine de minutes, grâce à des outils dédiés. L’électricité produite, elle, part dans le réseau local.
Cette logique séduit au-delà des Alpes. En Italie, le gestionnaire du réseau RFI étudie un pilote, et des projets similaires sont lancés en Corée du Sud, près de la gare d’Osong, ainsi qu’en Indonésie. La même question revient partout : comment produire de l’énergie sans dévorer du foncier.

Reste une limite que les chercheurs ne cachent pas : transporter le courant sur de longues distances le long des voies demande une architecture électrique particulière, encore à inventer pour les tronçons dépassant 500 mètres. Le pilote de Buttes a prouvé que des trains pouvaient rouler sur le soleil. La prochaine étape, plus prosaïque, consistera à savoir où envoyer tout ce courant.
Questions courantes
Où se trouve la première centrale solaire entre les rails ?
À Buttes, dans le canton de Neuchâtel en Suisse, sur 100 mètres de la ligne 221 exploitée par TransN. C’est la première installation amovible posée sur une ligne en service au monde.
Les trains ne risquent-ils pas d’abîmer les panneaux ?
Après un an, plus de 11 000 trains sont passés sans incident. L’exploitant n’a relevé aucun conflit avec le trafic ou la maintenance, et le souffle des rames nettoie même la poussière des panneaux.
La SNCF va-t-elle installer ce système en France ?
Pas encore. La SNCF est partenaire technique du pilote suisse pour récupérer des données. Elle vise par ailleurs 15 à 20 % de ses besoins en électricité couverts par le solaire d’ici 2030, surtout sur ses bâtiments et terrains.
Combien produit l’installation suisse ?
Environ 16 000 kWh sur un an avec 18 kWc de puissance, soit la consommation de trois à quatre foyers. À l’échelle du réseau suisse, le potentiel théorique avoisinerait 2 % de l’électricité du pays.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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