Une table de cuisine avec des boites de médicaments, un formulaire de remboursement et une calculatrice

Dérembourser des soins : pour les ménages modestes, l’effort est deux fois plus lourd, calcule la DREES

On présente souvent le déremboursement comme un simple levier d'économies. Une étude officielle montre que la facture, rapportée au revenu, ne tombe pas au même endroit pour tout le monde.

Sommaire
  1. En bref
  2. Un effort deux fois plus lourd en bas de l'échelle
  3. Deux tuyaux, deux populations touchées
  4. Ce que ça coûte, scénario par scénario
  5. L'alternative que l'étude met sur la table
  6. Questions courantes

Vous entendez parler de franchises, de tickets modérateurs, de soins moins bien remboursés, et vous vous demandez qui paie vraiment au bout du compte. La réponse tient en un chiffre que peu de débats budgétaires mettent en avant : à effort égal pour les comptes publics, le coût d’un déremboursement, rapporté au revenu, est deux fois plus lourd pour les ménages modestes que pour les ménages aisés, selon l’étude de la DREES parue le 18 février 2026. Et ce, malgré la complémentaire santé solidaire censée protéger les plus fragiles. Voilà qui mérite qu’on regarde de près comment cette facture se répartit.

En bref

  • Quel que soit le scénario testé, l’effort demandé rapporté au revenu est deux fois plus élevé pour les 20 % de ménages les plus modestes que pour les 20 % les plus aisés.
  • Chaque mesure simulée vise 1 milliard d’euros d’économies et coûterait en moyenne 35 euros par an et par ménage.
  • Une hausse du ticket modérateur passe par les primes de mutuelle et touche surtout les retraités ; une hausse des franchises tombe direct sur les malades.
  • En comparaison, financer la même somme par l’impôt pèserait moins sur les ménages modestes, âgés et en mauvaise santé.

Un effort deux fois plus lourd en bas de l’échelle

Voilà le résultat qui change la lecture du débat. La DREES a simulé plusieurs façons de dérembourser des soins, toutes calibrées pour rapporter un milliard d’euros à l’assurance maladie. À chaque fois, le constat est le même : en euros, les ménages modestes paient moins, mais rapporté à ce qu’ils gagnent, leur effort double.

Le détail est parlant. Grâce à la complémentaire santé solidaire (la C2S, qui exonère de franchises et de tickets modérateurs), les 20 % de ménages les plus modestes verraient leur coût augmenter d’environ 20 euros par an, contre 40 euros pour les 20 % les plus aisés. La C2S joue donc son rôle d’amortisseur. Mais elle ne couvre pas tout le monde, à cause du non-recours ou de revenus juste au-dessus du seuil. Résultat : ces 20 euros pèsent bien plus lourd dans un petit budget que 40 euros dans un gros.

Deux piles de pièces de monnaie de hauteurs très différentes posées côte à côte
Même somme prélevée, effort très inégal selon le revenu.

C’est tout l’enjeu d’une mesure présentée comme indolore : un même milliard d’économies ne se répartit pas également, et la part la plus douloureuse glisse vers ceux qui ont le moins de marge.

Deux tuyaux, deux populations touchées

Tout dépend par où passe la facture, et c’est le point le plus utile à comprendre. Selon le levier choisi, le coût emprunte deux chemins très différents, qui ne touchent pas les mêmes personnes.

Première voie, la hausse du ticket modérateur, c’est-à-dire la part habituellement prise en charge par votre mutuelle. Pour garder l’équilibre, les complémentaires augmentent alors leurs cotisations. Le coût est mutualisé entre les assurés d’un même contrat, mais les retraités ayant des contrats distincts des actifs, ils encaissent des hausses de primes plus fortes, surtout sur les médicaments qu’ils consomment davantage.

Seconde voie, la hausse des participations forfaitaires et des franchises. Là, pas de mutualisation : la somme tombe directement sur le reste à charge de celui qui se soigne. Elle frappe donc en priorité les personnes en mauvaise santé, celles qui cumulent consultations, traitements et examens. La DREES note un détail technique lourd de conséquences : relever le plafond annuel des franchises coûte davantage aux ménages âgés ou malades qu’une simple hausse de leur montant unitaire, car seuls les gros consommateurs de soins atteignent ce plafond.

Pour une même hausse du ticket modérateur, l'effort rapporté au revenu est de 0,12 % pour les ménages les plus modestes contre 0,06 % pour les plus aisés, soit deux fois plus
Graphique Actu Alt Plus. Source : DREES, Dossier n°135, février 2026 (modèle Ines-Omar 2019).
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Pour un même objectif budgétaire, le choix n’est donc pas technique mais politique : viser les primes de mutuelle revient à solliciter les seniors, viser les franchises revient à solliciter les malades.

Ce que ça coûte, scénario par scénario

Mettre les chiffres côte à côte rend l’écart concret. La DREES exprime chaque mesure en euros et en part du revenu, ce qui permet de voir d’un coup d’œil où le bât blesse. Le tableau ci-dessous reprend les efforts mesurés par l’étude.

Effort demandé par une hausse du ticket modérateur sur les consultations, selon le profil de ménage. Source : DREES, Dossier n°135, février 2026 (modèle Ines-Omar 2019).
Profil de ménageCoût annuelPart du revenu
20 % les plus modestes23 euros0,12 %
Moins de 65 ans, très bon état de santé37 euros0,08 %
Moyenne tous ménagesenviron 35 euros0,10 % environ

On le voit, un montant plus faible en euros peut représenter un effort relatif plus élevé : 23 euros pèsent 0,12 % du revenu chez les plus modestes, contre 0,08 % pour des actifs en bonne santé qui paient pourtant davantage en valeur absolue.

L’alternative que l’étude met sur la table

Il existe une autre façon de trouver le même milliard, et elle change la donne. La DREES compare le déremboursement à une hausse générale des prélèvements qui financent l’assurance maladie, comme la CSG, les cotisations ou la TVA.

Le verdict est net : à recette égale, l’impôt pèserait moins sur les ménages modestes, âgés et en mauvaise santé que le déremboursement. En contrepartie, il toucherait davantage les actifs et pourrait peser sur l’emploi et les prix, des effets que l’étude ne chiffre pas. Le débat n’est donc pas faut-il économiser, mais qui doit porter l’économie.

L’étude pointe aussi un angle mort souvent oublié. En alourdissant les franchises, on risque de pousser certains ménages modestes à renoncer à des soins, à sauter une consultation ou à mal suivre un traitement. Un effet d’autant plus sournois que ces sommes sont prélevées a posteriori, en discrétion, et passent souvent inaperçues sur le moment.

Un comptoir de pharmacie avec un sachet d'ordonnance et un ticket de caisse
Le reste à charge, c’est la somme qui tombe au comptoir.

Ce n’est pas une question abstraite. Fin 2025, le gouvernement a justement renoncé au doublement des franchises médicales prévu dans le budget de la Sécurité sociale, une mesure qui visait environ 2,3 milliards d’euros et aurait pu ajouter jusqu’à 100 euros de reste à charge par an. La démonstration de la DREES éclaire ce recul : derrière une ligne budgétaire, il y a toujours un foyer qui paie, et pas toujours celui qu’on croit.

Questions courantes

Le déremboursement coûte-t-il plus cher aux ménages modestes ?
Oui, rapporté au revenu. En euros, ils paient moins (environ 20 euros par an contre 40 pour les plus aisés), mais l’effort représente une part deux fois plus grande de leur budget, selon la DREES.

Quelle différence entre une hausse du ticket modérateur et une hausse des franchises ?
La hausse du ticket modérateur passe par les primes de mutuelle et touche surtout les retraités. La hausse des franchises tombe directement sur le reste à charge des personnes qui se soignent le plus.

La complémentaire santé solidaire protège-t-elle vraiment ?
Elle amortit, car elle exonère de franchises et de tickets modérateurs. Mais elle ne couvre pas tous les ménages modestes, à cause du non-recours ou de revenus juste au-dessus du seuil d’éligibilité.

Pourquoi le doublement des franchises a-t-il été abandonné en 2026 ?
Fin 2025, le gouvernement y a renoncé dans le budget de la Sécurité sociale. La mesure visait environ 2,3 milliards d’euros et aurait alourdi le reste à charge jusqu’à 100 euros par an pour certains assurés.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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