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Massachusetts, milieu du XIXe siècle. Des collines pelées, des murets de pierre à perte de vue, des fermes accrochées à des sols caillouteux. En 1850, la Nouvelle-Angleterre avait perdu près de 80 % de ses forêts, jusqu’à 90 ou 100 % par endroits. Un siècle et demi plus tard, l’État le plus densément peuplé de la côte est de nouveau boisé à 60 %, et personne ne l’avait vraiment décidé.
Comment un territoire a-t-il pu perdre 80 % de ses arbres ?
À leur arrivée, les colons européens voient la forêt comme un obstacle. Il faut défricher pour bâtir des villages, ouvrir des champs, faire ressembler ce nouveau monde à l’Angleterre. Les grands pins blancs, eux, sont réservés aux mâts de la marine royale.
Puis vient l’industrialisation. Entre 1850 et 1900, les chemins de fer dévorent le bois, pour la vapeur des locomotives comme pour les traverses des voies. Des forêts entières de pruches sont abattues juste pour leur écorce, riche en tanin utile aux tanneries, et le reste part en fumée dans d’immenses feux. Le paysage se vide de ses arbres.
À ce rythme, le désastre est presque total. Là où poussaient des forêts anciennes, il ne reste par endroits que des collines à nu, quadrillées de murets et de pâtures, un paysage que les habitants d’alors croyaient définitif.

C’est cette trajectoire que raconte Bill Moomaw, professeur émérite à Tufts et scientifique au Woodwell Climate Research Center, dans un entretien diffusé début juillet.
Le grand retour, sans le moindre plan
Le basculement se joue autour de 1850. Les territoires de l’Ohio s’ouvrent, et les fermiers de Nouvelle-Angleterre y découvrent des terres sans cailloux. Ils abandonnent leurs champs de pierres et partent vers l’ouest. Les friches, laissées à elles-mêmes, se couvrent spontanément d’arbres.
Bill Moomaw parle de la plus grande reconquête forestière de l’histoire du monde, obtenue par ce qu’il appelle un abandon bienveillant. Pas de reboisement volontaire, pas de grand programme, seulement une nature qu’on a cessé de contrarier. Le Massachusetts, autrefois rasé à 80 ou 90 %, est repassé à 60 % de couvert forestier.
La limite que rappellent les scientifiques
Cette bonne nouvelle mérite une nuance. Là où la Nouvelle-Angleterre a retrouvé une forêt assez proche de sa forêt d’origine, d’autres régions américaines n’ont replanté que des plantations d’une seule espèce, des fermes à arbres plus que des forêts vivantes.
Et le temps ne se rattrape pas d’un claquement de doigts. Il aura fallu près d’un siècle pour que les friches redeviennent des bois matures, et une forêt jeune n’a ni la richesse ni la mémoire écologique d’une forêt ancienne. La reconquête est réelle, elle reste inachevée.

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Reste que le message tient debout : quand on lui en laisse le temps, la nature répare, comme le montrent aussi les arbres qui rafraîchissent nos villes ou des coraux qui résistent à la chaleur.
Et la France ? Notre forêt a doublé depuis 1850
Ce récit n’est pas si lointain de chez nous. Selon l’Inventaire forestier de l’IGN, la surface boisée de la France métropolitaine est passée d’environ 8,5 millions d’hectares en 1850 à près de 17,5 millions aujourd’hui. Elle a tout simplement doublé.
La forêt couvre désormais 31 % du territoire métropolitain et continue de progresser d’environ 88 000 hectares par an sur les trente dernières années. Comme en Nouvelle-Angleterre, ce retour doit beaucoup à l’exode rural et à l’abandon de terres agricoles trop difficiles à cultiver.
Résultat, la forêt française n’a sans doute jamais été aussi étendue depuis le début du XIXe siècle. Le pays qui manquait de bois au temps de Colbert compte aujourd’hui parmi les plus boisés d’Europe de l’Ouest, preuve qu’un déclin, même long, n’a rien d’irréversible.

Deux continents, une même leçon : le fatalisme n’a pas toujours raison. Une terre qu’on croyait perdue peut redevenir forêt, à condition de lui rendre ce qu’elle réclame d’abord, du temps et un peu de paix.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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